Chère Bruyère... Cher Leonard...
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Critiques

I'm your Fan
Tower Of Song
Field Commander Cohen
Chère Bruyère... Cher Leonard...

Chère Bruyère... Cher Leonard...

par Albert Labbouz

        Chère Bruyère...
        Cher Leonard, très cher Leonard…

Je n’ai plus à justifier l’amour et la fidélité que je vous porte. Je n’ai plus à vous dire l’importance que vous avez eu sur mon adolescence et ma vie de jeune adulte. Je n’ai plus à regarder en arrière pour répéter les bienfaits de ces chansons comme Famous bleue Raincoat, The Guests, Bird on the Wire, Hallelujah, There is a war, I’m your Man et les dizaines d’autres jusqu’à celles de Ten News Songs et de ces sombres rivières qui vous ont conduit jusqu’à ce retour dans Boogie street.
Certes sur cet avant dernier album j’avais regretté de ne pas y avoir entendu ni quelques notes égrenées de votre guitare classique, ni le oud de Maître Bilezijian, ni le violon langoureux de Raffi Hakopian. Mais vous nous reveniez et la profondeur de vos textes : In my secret life, By the rivers dark, Love itself, ou Alexandra leaving me rassurait et me prouvait qu’encore une fois vous saviez vous tenir fidèle et sombre à nos côtés.
Alors, quelle n’a pas été ma joie quand j’ai appris que moins de trois ans plus tard vous alliez nous offrir un nouvel opus !
J’ai apprécié contrairement à beaucoup le peu d’ informations qui me parvenait sur cet album. Le mystère parfois engendre après coup une joie plus grande quand il est levé et quand il fait place à la découverte proprement dite.
Comme un jeu de piste, un relevé d’indices après un meurtre, j’ai suivi les infos qui nous parvenaient via Internet par l’intermédiaire de Patrice Clos, la photo qui paraîtrait sur l’arrière de l’album. Vous y étiez les yeux dans le vague dans une atmosphère nocturne à tenir une tasse de café, une fameuse casquette sur la tête. Je me suis laissé à rêver au côté sombre et tortueux de ce prochain album. J’ai rêvé d’orchestration ou de guitare langoureuse et d’ironie pessimiste. J’avais hâte, mais je patientais. Et la photo de couverture de Dear Heather est arrivée et les premiers textes, des poètes que vous comptiez chanter. Vos maîtres… Que serait la musique que vous nous offririez pour chanter ces disparus ? Et puis To a Teacher que j’ai retrouvé dans Spice  Box of Earth nous est parvenu. Un vieux poème, certes rien n’est dû au hasard et aller chercher un poème de jeunesse ne signifiait-il pas une sorte d’impuissance créatrice ou de regret d’un passé forcément révolu ? Mais comme je savais que vos chansons ou vos poèmes sont faits pour durer comme des Volvo, je me disais que cet argument ne tenait pas la route. Nombre de vos poèmes issus de vos recueils seraient dignes de devenir des chansons et votre matériel créatif existant n’a pas, à mon sens, besoin de s’actualiser tant il est déjà riche et souvent méconnus des non "cohenistes". Alors pourquoi ne pas reprendre To a teacher ? Alors qu’allait être ce dear Heather ? Pourquoi tant d’hommage à des disparus ? Pourquoi de nouveau reprendre le symbole des cœurs unifiés qui figurait déjà sur le recueil Book of Mercy ? Exit le humming bird, les menottes ouvertes de The Future aussi…
Ah ! Ils ont planché les spécialistes de votre œuvre pour décoder ces tampons autour du dessin de cette belle énigmatique Heather !!!! Chercher encore et toujours ce que Cohen veut dire, ce qu’il veut nous transmettre… Lever le voile du mystère pour être plus près de vous, Leonard… Mais cette fois ci tout était plus opaque. A part peut être cette photo sous le portrait de votre père… Vous aussi, il vous fallait vous rapprocher au-delà du temps de celui qui est apparu quelque fois dans vos vers et dont la disparition trop tôt survenue vous a marqué à jamais. Comme nous qui cherchons albums après albums, nouvelles après nouvelles à nous rapprocher de vous…
Personnellement dès la lecture des textes, je n’ai pu m’empêcher d’y voir une sorte d’approche de la mort. On la sait toujours présente dans votre œuvre, mais jamais elle n’a eu autant d’ascendant sur la vie que dans Dear Heather.
Et puis, dans les textes qui évoquent les femmes ou l’amour que vous leur portez, excusez moi, Leonard mais j’y ai lu comme l’aveu de l’impuissance dû à l’âge. Il arrive un temps où on sait qu’on ne peut plus avoir les femmes désirées… Il nous reste que leur image et le regard attendri qu’elles peuvent poser sur nous. Mais c’est une interprétation toute personnelle. …
Alors…Oui, j’avais l’eau à la bouche devant tout ça, mais ce n’était pas un recueil de poèmes, le café bleu que j’attendais depuis longtemps, mais bel et bien un disque, un CD qui allait arriver.
Et il Nous arriva.


        Cher Heather
        Cher L.C


Qu’il est difficile de dire à un ami, à quelqu’un qu’on admire, qu’on aime comme son frère, son père ou son maître, qu’on est déçu ! Le lui dire de manière abrupte ne risquerait-on pas de nous le voir se détourner de nous ? Ne risquerions nous pas d’être rejetés hors de la communauté comme un renégat, un traître ( tiens un titre d’une de vos chansons.) ? Alors ? Que faire ? Que dire ? Jouer les hypocrites à chercher écoute après écoute ce qui peut nous retenir, trouver des justifications intellectuelles, artistiques, voire mystiques pour dire que cet album est beau ou plus sournoisement qu’il est l’aboutissement d’un parcours hors normes comme le dit la pub FNAC. On ne pouvait pas ici avoir la même réaction qu’à la sortie de Death Of Ladies’man car même si Phil Spector vous avait confisqué votre création, il n’en restait pas moins que le disque avait une cohérence et que derrière les arrangements Spectoriens vous restiez le capitaine à bord !!!
Quand quelqu’un qui nous est cher commet une erreur flagrante n’est ce pas de notre devoir de lui dire son égarement qu’il ne soit pas cloué au pilori ou ait à faire à des flagorneurs ? Doit-on le conforter dans son aveuglement ? Que les pères, les amis, les sœurs se souviennent d’avoir vu avec la distance nécessaires les évidentes fautes de leurs fils, de leurs amis, de leurs frères et qu’il se souviennent de la catastrophe engendré pour cause de silence. Certes la vérité n’appartient à personne, et nul ne peut se targuer de pouvoir ouvrir les yeux des aveugles, mais dire les choses de la manière vraie peut quelque fois aider ceux qu’on aime à ne pas se perdre dans les ténèbres.
Alors oui, je peux trouver dans les différents titres de Dear Heather des réminiscences de ce que j’aime chez vous Leonard, cette guimbarde par exemple (Jew's harp) dans On that day, pour ne citer qu’elle. Mais je reste sur mon attente déçue. Combien d’entre nous aurions voulu entendre une fois, rien qu’une fois, une forte et bonne chanson avec la guitare et les mélodies chaudes qui nous ont fait aimé Suzanne ou One of us cannot be wrong ? Combien d’entre nous aurions voulu entendre profondeur mystique et interrogations existentielles dans de nouveaux textes denses comme Last year's man ou If it be your will ? Au lieu de ça, avec la musique tout devient hermétique, peu lisible, pas du tout décodable. Comme des haïkus, chacun doit y puiser sa propre vérité au travers de l’ésotérisme de vos textes ou ceux de vos poètes.
Je ne peux m’empêchez de penser, peut-être ai je tort, que cet album vous a été commandé pour honorer un contrat chez Sony ou Columbia. Alors, je vous imagine sortant vos cartons où sont stockés vos manuscrits et ouvrant des tiroirs à la recherche de bouts de choses pour être tranquille auprès des majors. Fonds de tiroirs, vieilles notes, ( c’est d’ailleurs le titre premier que devait avoir l’album… old notes…) vieux poèmes de maîtres morts. Il vous faut faire vite, alors vous mettez tout ça sur maquettes avec des restes de Ten news songs. Vous ressortez la boîte à rythmes, et les synthés numérisés. Et voilà, le tour est joué. C’est comme si je vous entendais dire en souriant ironiquement :

"moi aussi, je peux sortir un album tous les deux ans comme Britney Spears."

Et, pied de nez final, vous mettez en bonus track, un vieux morceaux du bon vieux temps, quand tout cela avait une signification : Tennessee Waltz comme pour dire :
"Le vieux lion n’est pas mort, il a ça sous la patte, vous vous souvenez ?".

Tennessee Waltz c’est la récompense pour les anciens et pour ceux qui voudraient découvrir le Cohen, l’unique celui qui dansait jusqu’à la fin de l’amour.


        Dear Heather
        Dear Leonard…


Don’t pass me by...
Through the graves the wind is blowing…
Va dire à mes amis que je me souviens d’eux …
It seems so long ago…


Albert Labbouz, Desespoir production, Novembre 2004.
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