
Avant que l'on ponde bon nombre de commentaires sur le dernier Cohen, je m 'empresse
modestement d'y apporter le mien.
Titre du Rock et Folk, lorsque "Death Of A Ladies' Man" est paru : "Cohen Rocker ?".
Un dénommé Ducray laissait choir pas mal d'inepties dans un article intitulé:
"L'adieu aux larmes". Funny isn't ?. Pour mémoire, François Ducray osait
écrire "Songs Of Love And Hate" et même certains titres de "Songs From A
Room" appelaient le souffle d'un géant, la poigne d'un dément !". Comme si
Leonard Cohen n'avait été qu'un poète aveugle dans l'attente d'un messie nommé Phil
Spector !. François Ducray voulait sûrement rire. Vassal aurait écrit tout autre chose,
sans doute, sur ce disque... Cohen est entier et la collaboration Spector- Cohen, outre
une affaire de fric, ne devait être qu'un amusement pour Cohen, un divertissement, comme
pour nous dire : "De quoi ? De quoi' ?. On dit que j'ai une voix qui ne sait pas
chanter fort des orchestrations qui endorment; vous allez voir ce que vous allez voir
!". Car en regardant du près et avec le recul du temps, que valent les textes de
"Death Of A Ladies' Man" ?... Comparés à ceux des précédents disques, pas
grand-chose, mise à part, bien sur, la seule chanson qui pue le Cohen à plein nez celle
qui donne son titre à l'album.
Vous l'avez sans doute deviné, je suis de ceux qui vivent Cohen et qui pensent que
l'atmosphère de ses Chansons-sons n'a besoin ni de flonflons ni du London Philarmonic
Orchestra électrifié.
Juste sa voix pesante, tralnarde, butant sur les syllabes qui le gênent, celles qui sont
le plus chargées de son inconscient refoulé : " punishment",
"shame", "there's no time", "where where where is my Gypsy wife
tonight ?", "no one knows", "I need you, need you, i need you",
"mud", "beauty", "pride", "soul"... Ma liste n'est
pas exhaustive. Il y aurait aussi "GOLD", mais, de toute évidence, il est
absent de cet album, et pour cause...
Atteindre l'Or, c'est retourner à l'Eden, c'est atteindre la perfection divine. Un héros
solitaire d'une de ses chansons disait qu'il voulait raconter son histoire parce qu'il se
sentait retourner à l'Or.
Personnellement je pense que si l'Or est absent de ce disque, c'est parce que, justement,
la mort plane insidieusement. Et je le prouve !.
Dédicace finale: "To my mother Masha Cohen who reminded me, shortly before she died
of the kind of music she liked". Vous savez ce que peut représenter 1a mort d'une
mère pour un Juif ?. Sûrement pas un état proche de l'Or !. Mais au contraire toutes
sortes de maux et mots comme ceux contenus dans "The Window":
"Angels, demons, saints, nerves, sickness, Jérusalem, ghosts"...
La mort plane, disais-je: ces trompettes- mexicaines en sont aussi le re-flet. Nul
n'ignore ce culte de la mort existant au Mexique.
Et puis tous ces invités arrivant un par un : pour quelle funeste nouvelle cérémonie?
Certains dansent, d'autres se mettent à pleurer...
Et ce violon magnifiquement pleurnichard, pourquoi s'obstine-t-il à vouloir à tout prix
nous bercer, nous envoûter ?.
Et puis couronnant le tout, symbole évident, le cygne qui flotte sur cette ri-rivière
anglaise. qui vient-il chercher ?. Que dites vous ?... Dix chansons sur ce disque?.
Non
non, je ne crois pas... Une longue plainte, une constante lamentation, un
bourdonnement fredonnant, une blessure qui ne parvient pas à se fermer, une solitude
interminable, comme si l'étranger était loin de ses rives, de ses foyers.
Ce Canadien errant, je jurerais bien qu'il est le frère de cet oiseau seul sur son fil et
de ce partisan qui s'apercevait qu'il ne peut pas faire appel à ses amis.
Un S.O.S. qui ne demanderait pas de secours.
Un Cohen grandiose de douleurs et d'inquiétudes.
Albert L.
Rock And Folk N° 154. 11/1979.
January 26, 1978
http://members.aol.com/megan2c2b/rs012678.htm
Leonard Cohen Obscured...A Haunting by Spector
by Stephen Holden
Rolling Stone