Pourquoi j’ai laissé un homme attendre, par Jean Azarel;
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Analyses

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Pourquoi j’ai laissé un homme attendre

Par Jean Azarel

Je viens de finir de lire les deux « articles » ( ?) d’Albert Labbouz sur le site où ma chambre est toujours un bateau en attente de prendre la mer. C’est un choix semi délibéré et demi contraint. Mon livre du désir, d’un certain désir, n’est pas vraiment achevé. Il manque des ingrédients, des souvenirs encore, des rencontres, et un rapport personnel à L.C encore bien insuffisant dans son expression pour mériter que l’ensemble soit de sortie (sic) 
 

Je passerai vite sur les remarques, appréciées, soucieuses de l’objectivité, concernant « Rolling Stone » le retour. Comme quoi on peut s’appeler Tordjmann et dire aussi des bêtises. Heureusement A.L est bien informé. Sa critique du critique mériterait, dans l’esprit, de figurer dans « les égéries sixties » de Fabrice Gaignault… (compliment)

Passons au plus important « last year’s man » et au fait prévisible qu’Albert ne se soit pas fourvoyé à Fourvières. Qu’importe, le ressenti est honnête et humainement gracieux.

Pour moi comme pour lui, L.C est bien plus qu’un chanteur, auteur compositeur, poète. Albert dit de lui un guide, un maître. Sans doute mais reprendre cela pourrait paraître étrange dans ma bouche, celle d’un homme en construction (qui sait qu’il n’a aucune chance que l’édifice soit achevé avant sa mort) qui a toujours vécu avec quelques rares vérités dont l’une est de n’avoir ni dieu ni maître. Bien sûr il faut savoir donner au mot de maître un tout autre sens que celui attribué par Léo Ferré dans sa chanson.  Bien sûr l’amour est à la fois dieu et maître. Bien sûr je ne suis pas toujours en accord avec mes principes dans ma vie de tous les jours faite de compromis. 
 

Je dois faire à ce stade une constatation terrifiante. Je ne me considère pas comme un amateur de L.C. Léonard est le double parfait de mon être imparfait, celui que j’aurais voulu être et que je ne serais jamais : un inspirateur grandiose pour l’écrivain laborieux que je suis, un frère des sens, un amant rêvé, un héros du sens, mon sang et mon âme. Il symbolise pour moi l’égrégore de l’esprit et de la matière, le miracle de l’union universelle et éternelle de la pensée et de la chair, c’est sûrement très con à lire. Et j’ai choisi, par peur, par coquetterie, par défi, par liberté, par superstition, par jalousie (???), de ne pas saisir l’occasion unique d’aller entendre l’homme qui m’est le plus cher au monde depuis la mort de mon père. Il est possible que j’aie eu tort. Il est probable que si j’avais eu le courage de vous proposer A.L de vous retrouver quelque part à Lyon et que vous m’ayez dit oui, je serai venu.

Je suis pourtant allé écouter les artistes les plus chéris, qui comme pour vous A.L ont contribué à me maintenir en vie : Nico (honteusement sifflée par les zélateurs grossiers du rock allemand de Can dans les arènes d’Arles en 1974, qu’elle repose en paix), Marianne Faithfull, Peter Hammill et Van Der Graf Generator, Magma… Je ne peux vivre sans voir régulièrement des films de Philippe Garrel, ni lire des autobiographies, chroniques, récits divers sur tous ces gens inouïs qui ont fait de notre jeunesse jusqu’à nos vieux jours approchant un chemin pavé de pierres précieuses que seuls les imbéciles, les adorateurs des modes, les aigris qui n’ont rien compris à l’héritage des années 60 (en le rétrécissant notamment à mai 68) voient recouverts de poussière. 
 

Alors pourquoi pas L.C. Il y a là quelque chose qui ressort de l’intime donc de l’indicible. Ne m’en veuillez pas mais je ne pourrai jamais l’appeler « le maître » autrement qu’en secret.  Tout le bla bla bla fait autour de cette tournée, les rumeurs, la désinformation, le star system, je m’en suis foutu et ça n’a pas pesé dans ma décision. Ne l’ayant jamais vu en concert, pouvais- je être déçu ? Je ne crois pas : lorsque le présent ne se mesure pas à l’aune du passé, que risque t on ? Ce que vous dîtes et décrivez A.L me paraît juste : ne pas se voir vieillir dans l’autre puisqu’il ressurgit tel le phénix, forever young chantait Dylan. Boire encore à la source et trouver l’eau infiniment douce dans le soir. Retrouver la magie intacte dans la vieille cérémonie recommencée…

Pourtant vous évoquez quelque chose d’absent ce soir là, un manque étrange qui semble vous poursuivre encore. Me croirez vous si j’émets l’hypothèse que vous vous êtes longtemps consumé dans l’attente et que ce soir là à Lyon parce qu’il était là il ne l’était plus ?

Voilà, grâce à vous et je vous en remercie A.L, en même temps que j’écris ces lignes, je découvre pourquoi je suis resté chez moi. Il a pu m’arriver de faire du mal aux autres, de tricher, de manquer d’humilité, de chercher le sensationnel, la réussite, voire la gloire. J’ai trompé mais je me suis trompé. Pauvre homme éteint, pauvre pécheur sans terre ni ciel ! Depuis 7 ans désormais, j’espère être travail, volonté de m’améliorer. Bien que non croyant, je pense être devenu un être de foi et fidèle à sa foi.

Ma foi en L.C n’est pas dans un concert mais elle aurait pu l’être aussi, ce n’est pas essentiel. Nous n’avons aucun droit pour juger autrui.

Je crois en notre rencontre un jour. Je le rencontre souvent en son absence. La rencontre réelle, il me semble l’avoir sollicitée par l’entregent d’A.L. Je comprends son refus, celui de Patrice Clos. Ils ne savent rien de moi. Il y a tant d’emmerdeurs, de groupies, de fous sans doute qui ambitionnent de rencontrer L.C pour pouvoir s’en gausser ensuite. J’ai imaginé ce moment dans l’extrait qui est sur le site, l’imaginaire fait du bien mais il ne remplace pas le vécu. Je crois mais je ne suis sûr de rien. J’ai eu 54 ans il y a peu. Il en a 73. Je vis avec cette attente divine, ce besoin patient, cette blessure ouverte qui ne fait pas souffrir car ce qui coule... « The sun pours down like honey »  
 
 © Jean Azarel / 26 octobre 2008

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