Leonard Cohen - Critiques
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Critiques

I'm your Fan
Tower Of Song

Field Commander Cohen
Chère Bruyère... Cher Leonard...

I'm your Fan - The songs of Leonard Cohen

par Albert Labbouz

Qui est le fan de qui?

En 1991, Christian Feuvret, Directeur de la rédaction des "Inrockuptibles" demandait à Leonard Cohen la permission de faire chanter ses chansons par des groupes ou des chanteurs les plus "new wave", les plus "in", les plus "young" du moment. On a du rire dans les studios d'enregistrement à l'idée de Christian Feuvret. Cohen le solitaire, l'austère, aux yeux du profane, suscitait-il de l'intéret pour cette nouvelle génération de musiciens? Etait-il un maître comme Dylan ou Springsteen pouvait l'être pour d'autres? Cohen visiblement séduit par cette proposition accepta. Mais tout comme il semblait impossible d'adapter Brassens, tant la rigueur d'écriture, ne permet pas de s'écarter des lignes mélodiques originales, il paraissait fou d'oublier l'original, en écoutant les "covers". Dès lors qu'on occulte l'envoutement, l'hypnotique, le phrasé inimitable de Cohen, que deviendrait une "Suzanne", un "Bird on the wire" pour ne citer que les plus connues?


Jusqu'alors, seul Graeme Allwright disciple et ami fidèle avait su le mieux aborder et faire entrevoir à un large public, les méandres du poète juif canadien. Il ne l'avait en rien dénaturé, bien au contraire, il s'était confondu en lui, comme en une osmose parfaite. Comme à son heure Hugues Auffray avait su le faire avec Bob Dylan ( avec l'aide de Pierre Delanoë, certes, mais Dylan est entré en France, un peu grâce à Auffray).
Cohen /Allwright avait été bien au delà. Deux frères de la miséricorde tendaient un espoir de comprendre l'univers aux communs des mortels.


Pour l'heure qu'allait donc faire cette nouvelle génération? Fallait voir... Bien sûr les inconditionnels de la première heure attendaient également d'une oreille curieuse, tout en sachant qu'une adaptation ne remplacerait jamais la voix de leur maître.
En juillet 91/92 sortait le mensuel n° 30 avec trois inédits intitulé: "Voulez vous chanter Cohen?"
France Inter associé aux inrockuptibles via Sony/ Columbia sortait pratiquement en même temps la fameuse compilation intitulée: "I'm your fan", the songs of Leonard Cohen.
A la première écoute, il semblait évident que certains n'avaient pris aucun risque dans les adaptations.
Quoi de neuf en effet dans la reprise de "Who by fire" par the House of Love ou "Bird on the wire" par the Lilac Time, il ne suffit pas d'une intro au synthétiseur pour faire nouveau, d'un violon rajouté par ci par là, pour se dire qu'on a transcendé Cohen.

I'm Your Fan

LES MUST DE L'EXPERIENCE


Ian Mac Culloch, muscle (basse batterie) le sublime "Hey, that's no way to say goodbye",

Pixies avec I can't forget sonnent comme Oasis bien avant l'heure.

Geoffrey Oryema mêle savamment ses couleurs exotiques à l'incontournable mélodie, la version instrumentale figurant sur le "more fans" est particulièrement convaincante, et meilleure encore la version longue.

Jean Louis Murat, avec Avalanche IV. Murat a su retrouver le mystère, l'inquiétant que suscite cette chanson, mais il aurait pu quand même préciser que Graeme Allwright l'avait adapté avant lui.

David Mac Comb et Adam Peter (Don't go home with your hard-on). Excellent, ils réussissent à nous faire oublier la catastrophique orchestration de Phil Spector.

Robert Forster (Tower of song). D'une chanson ironique presque sussurée par Cohen au synthétiseur, Robert Forster réussit à nous faire croire à ce qu'elle évoque en la transformant carrément Rock and Roll. Quelque années plus tard, elle n'est pas sans évoquer le beat de "Never any good" sur "More best of", la dernière compilation de Leonard Cohen.

Fatima Mansions (a singer must die). La voix étranglée, mais pourtant chaude de Cathal Coughlan amplifie le cynisme dispensée par cette chanson. "Un chanteur doit mourir pour le mensonge dans sa voix." En la chantant ainsi, Fatima Mansions donne une fois de plus raison à Leonard.

Les deux dernières chansons de l'album méritent à elles seules que l'on se procure ce CD spécial.
Nick Cave s'approprie Tower of Song et la transcende prouvant de manière différente deRobert Forster que Cohen peut-être aussi "destroy" (on le savait). Il nous offre une vision personnelle comme le fera plus tard Bono avec Halleluyah sur la compil des stars: "Tower of song" .

Hallelujah chantée par John Cale est digne de figurer au répertoire du Velvet Underground. Une voix comme une prière, un piano. Tout Cohen est là-dedans. Et il n'est pas étonnant de savoir que John Cale est ami et co-fondateur du Velvet avec Lou Reed qui en son temps (1967) défendit Leonard Cohen contre les lazzis de ses détracteurs.

"Lou Reed connaissait bien mon travail. Il avait lu Beautiful Losers et Flowers for Hitler.Il a été gentil avec moi, très accueillant. Un soir, j'étais avec lui à une table du Max's Kanssas City, quand on m'a insulté. Je ne m'en rendais pas compte, comme souvent. Lou Reed me l'a fait remarquer et m'a dit: " N'y prête pas attention, Leonard, tu es l'homme qui a écrit "Beautiful Losers..."

John Cale chante aussi The Queen and me sur le CD 4 titres intitulé More Fans et offert par la Fnac. Il suffit d'écouter. Inutile d'en dire plus. Cale est sur la même longueur d'onde que Leonard.

Fatima Mansions, Ah oublier Spector en écoutant cette version! On est très proche de Cohen, cynique, malheureux mais grandiose à la fois. Une très bonne adaptation.

LES FLOPS de "I'm your fan":

Ian Mc Culloch: "There is a war" (-). Bof... La chanson originale est suffisamment agressive, pouvait-on faire mieux?

Dead Famous People (-) "True love leaves no traces." Phil Spector n'aurait pas désavoué ce titre, tant il fait bluette sixty interprété par ce groupe.

Peter Astor (-) "Take this longing" cette chanson initialement écrite pour Nico (du velvet) ne mérite pas d'autre interprête que Nico elle même qui l'a chantée mais ne l'a jamais enregistrée.

Bill Pritchard (-)avec "I'm your man" se contente d'imiter l'original en rajoutant un accordéon et un arrangement piano

Loyd Cole (-) "Chelsea hôtel" Il fallait oser la reprendre celle-ci! Quand on connait l'histoire de cette chanson. La rencontre entre L.C et Janis Joplin et ce qu'elle lui faisait sur le lit après lui avoir dit qu'elle faisait une exception pour lui parce q'elle préférait les très beaux hommes. Il était difficile même pour un chanteur aussi admirable que Lloyd Cole d'y mettre les ambiguités et le cynisme nécessaires.

Ces jugements n'impliquent en aucune manière Leonard Cohen et ses fans du monde entier, ils ne sont que ma propre vision, mon propre sentiment.
Chacun voit Cohen à sa porte. Et lui, le nouvel ermitte d'un vieux livre à la mode regarde sûrement cela de sa lonely wooden Tower, heureux de l'intérêt qu'il suscite.

"Ce sont des visites très agréables, quand quelqu'un vient me dire qu'il aime mes chansons. Mes critères personnels, le jugement que je porte sur moi-même, sont très rigoureux. Ce que les autres pensent-bien sûr, je respecte leur opinion- mais au terme de l'analyse, mes critères personnels sont bien plus élevés. C'est pourquoi je les choisis.
Je suis content qu'il y ait des gens qui s'intéressent encore à mon travail.  Moi, je ne m'en lasse pas. Mais c'est si long d'achever une chanson, d'enregistrer un disque.
Depuis 5 ou 6 ans, il y a un regain d'intérêt, même chez de jeunes musiciens, c'est très gratifiant. Je suis toujours ravi d'entendre mes chansons dans un film, ou reprise par d'autres artistes. Je n'ai jamais eu un succès tel que mes chansons figurent dans un juke box ou soient jouées un peu partout. Alors, quand j'entends une de mes chansons dans un film, je perds mon sens critique et je suis sidéré de voir mon travail utilisé par d'autres. C'est un très bon test. S'ils ont été émus, si votre oeuvre a de sens pour une autre génération, l'effort prend toute sa valeur."
(Leonard Cohen, 1997).

En 95, Sting, Elton John, Suzanne Vega, Bono,Billy Joel, Don Henley, Peter Gabriel, Aaron Neville, Tori Amos, Willie Nelson, Trisha Yearwood,JannArden, Martin Gore feront aussi leur "I'm your fan", les moyens financiers n'étant pas les mêmes la production peut paraître meilleure. Mais si l'on compare les mythologies, qui est fan de qui: tous ces artistes de Leonard Cohen? ou Leonard de tous ces artistes?

Alors qui d'autre que Leonard Cohen lui même pouvait dire ce qu'il pense de tout cela?

Christian Feuvret lui a posé la question en 91:

Certains des groupes issus de la génération punk reprennent vos morceaux. Vous qui passez du temps à les finir, à les mettre au point, à les enregistrer,n'êtes vous aps ennuyé de voir vos chan sons vous échapper? Les jugez vous?

"Je suis ravi de les voir m'échapper! (rires)...  Rien ne pourrait me rendre plus heureux qu'un disque de mes propres chansons. Pourquoi les jugerais-je? C'est juste leur manière de voir mes chansons. Mes facultés critiques sont suspendues lorsque quelqu'un joue l'une de mes chansons. J'adore écouter la manière dont il la font quelle qu'elle soit."

Albert Labbouz , France, 1998.


Les Titres :
 
Août 1991
I'm Your Fan Columbia Record, LP 14-46903
CD: Warner Music 82349-2

R.E.M: First we take manhattan
Ian Mc Culloch: Hey, that's no way to say goodbye
Pixies: I can't forget
That Petrol Emotion: Stories of the street
The lilac Time: Bird on the wire
Geoffrey Oryema: Suzanne
James: So long Marianne
Jean Louis Murat: Avalanche IV
David Mc Comb et Adam Peters: Don't go home with your hard on
The house of love: Who by fire
Lloyd Cole: Chelsea Hotel
Robert Forster: Tower of song
Peter Astor: Take this longing
Dead famous People: True love leaves no traces
Bill Pritchard: I'm your man
Fatima Mansions: A singer must die
Nic Cave and the bad seeds. Tower of song
John Cale: Hallelujah

More fans: (interdit à la vente) Columbia 14-001546-14 SAMP CD 1546

John Cale The Queen and me
Ian Mc Culloch There is a war
Geoffrey Oryema: Suzanne (version instrumentale)
Fatima Mansions Paperthin Hotel.

Voulez vous chanter Cohen? ( offert avec le mensuel N° 30 des Inrockuptibles)
Bill Pritchard: I'm your man
Fatima Mansion: paper thin Hôtel
Peter astor Take this Longing
Suzanne (version longue) Geoffrey Oryema.

     

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