Accueil Articles  |  Notes  |  News  |  Photos  |  Chansons Crédits 

Dear Heather - 2004

  Retour au site  |  Retour au forum    |     www.dearheather.com

    Retour aux articles

DEAR HEATHER : Quand l’oeuvre dépasse le Maître...
par Pierre-Henri Paulet

        Un nouvel album de Leonard Cohen sera toujours une oeuvre à savourer avec lenteur, à décortiquer sans précipitation, à apprécier pleinement dans la modération. « Dear Heather », disponible trois ans seulement après « Ten New Songs », est construit autour d’un paradoxe incroyable, puisque ayant à la fois tout et rien d’un disque de Cohen. Œuvre hétéroclite, parfois surprenante de simplicité (pour ne pas dire de dépouillement textuel), « Dear Heather » ne ressemble à aucun autre album du Maître. Bâclé pour certain, épuré pour d’autres, il sera à n’en point douter l’objet de bien des controverses. Et pourtant, à bien y regarder, tout est là pour rappeler, souvent avec subtilité, les moindres aspects de l’œuvre musicale du poète de Montréal. Les chœurs, le rythme, les arrangements de « Go No More A-Roving » s’alignent parfaitement sur le style de l’opus précédent, tandis que la guimbarde, utilisée sur cette allusion convenue mais réussie aux attentats du 11 Septembre 2001 intitulée « On The Day », remémore aux plus nostalgiques « Songs from a Room ». À ce petit jeu, l’on pourrait encore citer les violons de « The Faith », clin d’œil peut-être involontaire au chaleureux « Recent Songs » de 1979 tandis qu’une ultime piste, enregistrement public issu d’une tournée effectuée en 1985, ressemble bien à un adieu artificiel à la Scène, sur laquelle Cohen semble ne plus vouloir monter…

        Et pourtant, un élément de « Dear Heather » frappe l’auditeur par-dessus tout : la magie qui émane de Cohen lui-même. Sur certains titres, sa voix n’est plus qu’un souffle, spectral, derrière le chant envoûtant de Sharon Robinson et Anjani Thomas, des choristes qui n’en sont plus réellement… C’est le cas sur « Undertow » ou « Morning Glory » et de façon plus impressionnante encore sur « The Faith » où le Maître s’efface peu à peu. Et pourtant, il semble ne jamais avoir été aussi présent sur une chanson ; l’œuvre dépasse le Maître, et sa griffe suffit à nous faire vibrer. Dès lors, qu’importe la banalité de « Morning Glory », le texte un peu idiot et superflu de la chanson éponyme « Dear Heather » ; tout finit par s’écouler en douceur. Après quelques écoutes, l’auditeur mature sera apte à faire la part des choses et reconnaître comme il se doit le génie, incarné par « On That Day », « The Letters » ou encore « Nightingale ». Les textes s’apparentent indéniablement à des poèmes ; dès lors il n’est nullement surprenant d’entendre leur auteur fredonner, réciter, laissant un temps de côté le chant proprement dit. Tout cela pour évoquer quels aspects de la vie ? Sans doute les fragments intimes les plus anodins : « The Letters » et « Because Of » en sont un exemple limpide. Cohen, dont le fond des écrits appela souvent à une réflexion quasi-métaphysique, médite ici sur un quotidien banal ; ultime bouleversement de l’ouvrage, ultime pied de nez.

        Enfin, la question qu’il se pose est celle de l’intérêt d’un tel album pour le grand public… Sans doute n’y en a-t-il aucun, mais après tout, Leonard se soucie-t-il du grand public ? « Dear Heather », tel un petit supplément pour inconditionnels, fera le bonheur des exégètes et contribuera à alimenter pour longtemps la polémique que les critiques les plus obtus ne manqueront pas de formuler à son égard…

Mais place à la musique, et pour l’éternité : merci pour tout, dear Leonard.

Pierre-Henri Paulet
Contact  | Réagir sur le forum

 

Cette section est réalisée par l'équipe du site www.leonardcohensite.com ainsi qu'une collaboration avec le sites listés dans la page des crédits.

Production et Management : Patrice Clos et Marc Gaffié

 

Membre du site commun www.dearheather.com

 

Home  Home