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Field Commander Cohen, par Albert Labbouz

LE COHEN NOUVEAU EST ARRIVÉ ? ? ? ?
UN NON-EVENEMENT…

Qui attendait le nouveau Cohen, Field Commander Cohen ?
1) La jeune génération qui a entendu leurs parents fredonner Suzanne ?
2) Les médias ?
3) La grande distribution ?
4) les afficionados rivalisant de trouvailles compétitives sur Internet ?
5) Les Cohenist purs et durs guettant le moindre détritus laissé par le maître ? "The crumbs that he left behind."

Réponse : sûrement pas les deux premiers de la liste.
La jeune génération a d'autres musiques a se mettre dans l'oreille, et ignore que R.E.M avait repris First we take manhatan. La jeune génération écoute P.J Harvey, Radio Head, Sonic Youth, M.C Solaar, Daft Punk, Rachid Taha, De Palmas… J'écoute aussi et je retrouve souvent L.C au détour d'une ballade, d'une mélodie ou d'un texte. … Ils lui doivent, ils le disent parfois, mais qui s'en soucie ? Beaucoup d'artistes doivent à Dylan ou à Brassens, ou à Ferré ou à Gainsbourg ou à Elvis ou à Lennon, ou à Jagger… so what ? C'est la musique qui va et évolue. On ne va pas se prosterner devant les dieux sous prétextes qu'ils nous maintiennent en vie. On aime les dinosaures, mais leur disparition ne nous attriste pas tant que ça. On a les photos, les reconstitutions, les simulations et les crocodiles qui leur ressemblent farouchement. Ça suffit parfois…

2) Les médias.
Entre Trenet qui se casse sur sa nationale 7 paradisiaque et Gainsbourg qu'on tente de faire croire qu'il est encore sous tente à oxygène, quelle place les médias pouvaient donner à un album enregistré en 1979 et véhiculant l'éternel Stranger song et le cynique Field Commander Cohen… Rien de neuf sous le soleil, même si la pureté de l'ensemble laisse sur le cul celui qui s'est toujours laissé envoûté par L.C ?
Pourtant… Il y a moins de deux ans, Columbia sortait un double CD de Bob Dylan live in, 1966. Et les médias spécialisées criaient au génie, (et non pas cryogénie même si cela conserve.) Couverture de Rock N Folk. Jeu concours sur les ondes. Et comme une traînée de poudre se répandait l'idée que Dylan avait inventé l'électricité folkeuse. Alors ? Pourquoi les médias boude Cohen (hormis les deux articles de libération et des inrockuptibles) ? ou posons nous la question : pourquoi Sony Music balance t elle ce live avec tromperie sur la marchandise ? : la photo de LC en pochette n'est pas le visage de LC à l'heure actuelle. Columbia avec Dylan avait eu l'honnêteté de faire le distingo entre le Dylan de 66 et celui de 98. Il ne s'agissait pas du même homme. Et le titre générique de l'album était Bootleg série. Pour le CD de L.C c' est raccoleur, même si je pense que la photo est parfaite.
Mais Bref, Pourquoi ce CD ? Pour faire patienter jusqu'au vrai nouveau ? Pour honorer un contrat entre Sony Music et LC ? Le dernier CD more best of datait de 1997.
Quand on connaît le perfectionnisme de Cohen, on peut frémir à l'idée que le prochain album ne pourrait venir QUE dans 4 ans. Je vous laisse calculer quel âge aurait Jikan ?

3) La grande distribution
La grande distribution ( Carrefour, Auchan, Cora etc…) ne l'a pas mis dans ses rayons, continuant à brader à moins de 50FF les autres albums. Cohen ce n'est pas les dix commandements, Roméo et Juliette, Céline Dion, Mylène Farmer , Isabelle Boulay, Garou, Linda Lemay (canadiens eux aussi… pardon Québecquois).

4) et 5) Les afficionados, les Cohenists et les détritrus.
Pour qui traine un peu sur le web, il sait que toutes les chansons de l'albums peuvent se retrouver sur certains bootlegs compilés ici ou là par de fins limiers avides de fins de mois à arrondir largement, en maintenant l'illusion de leur désintéressement envers le mythe Cohen.
Ainsi sur un Live in Germany du 31 Octobre 1979 enregistré au ZDF studios UNTERFÔRING, on retrouve The guests, So long Marianne, The window, Memories, The guests, Bird on the wire, dans des versions très similaires.

J'ai assisté à ces concerts de 79 en France, le 22 octobre au pavillons de pantin pour être précis. Et c'est vrai, pour l'avoir vécu que si je n'avais voulu posséder qu'un seul concert c'était celui-là. Cohen y était REAL for Love. En blouson de cuir aviateur, mal rasé, heureux et malheureux. Ne perdons pas de vue que cette tournée se déroulait peu de temps après la mort de Masha Cohen la mère du poête. Le oud John Bilezikjan et le violon de Raffi Hakopian conféraient à ces concerts une réelle intense ferveur religieuse. Le public communiait avec Leonard. Ce soir là ils se passaient quelque chose d'étrange que jamais je n'ai oublié et que j'ai voulu retrouver dans tous les concerts où je me suis rendu. Seul Bruce Springsteen sur scène et à un autre niveau Stephan Eicher m'a fait approché ces émotions et cette unité entre un chanteur qui ne craint pas de se montrer tel qu'en lui-même et ceux qui l'aiment.
Je me souviens de Cohen délaissant sa guitare et se singeant en chanteur crooner pour définitivement se débarasser de Spector , chantant Mémories.
Et je me souviens de Cohen disant au public qui allumait leurs briquets :
" Merci mes amis… vos petites flammes brillleront pour longtemps dans mon cœur… "

Alors où se trouve donc la réponse de la nécessité de ce disque ?
Bien malin qui saura le dire… Il me reste à penser que c'est juste un cadeau de LC ( à 150FF) pour ceux qui l'aiment. Et ceux qui l'aiment ça leur est égal de constater que la grande distribution, les médias, les Cohenists purs et durs, la jeune génération boudent le plaisir, la poésie et le recueillement de la golden voice… Alors, un cadeau pour la mémoire. Why not ? Oui, un cadeau pour quelques happy few et pour nous dire que l'oiseau est toujours sur son fil et qu'il est à la maison hard-on… du moins on l'espère… et que les flammes sont toujours à la même place.

ALBERT LABBOUZ
Février 2001

(c) Albert Labbouz, Désespoir Prod., France, 2001.
Posté avec permission. All rights reserved.

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