Leonard Cohen Forum

Discussion générale => Questions, suggestions et analyses => Discussion démarrée par: Julien le 14 Juin 2003, 23:28:03



Titre: famous blue raincoat
Posté par: Julien le 14 Juin 2003, 23:28:03
Tout d'abord, un grand bravo à ce site exeptionel. Je ne suis pas du genre faux-cul, donc je le dit sincerement! ;)

Je poste ce message pour savoir si quelqu'un pouvait m'éclairer sur le sens de la chanson 'Famous Blue Raincoat'...même en lisant les traductions, je ne comprend pas à qui il s'adresse, et qui est jane, est-ce une "vraie" lettre, est-ce que cela parle du suicide, etc.

voila, la question est posée :)

A+

Julien




Titre: Re:famous blue raincoat
Posté par: Crabere le 18 Juin 2003, 18:25:28
Julien, je ne suis pas exégète du monde intérieur de Leonard Cohen. Cette chanson est autobiographique, et nous parle de l'amour triangulaire, de ses joies et de ses difficultés.
j'ai toujours pensé que seul Leonard pouvait nous en apprendre plus sans nous tromper, c'est pourquoi personnellementje te renvoie à la page
http://perso.wanadoo.fr/pilgraeme/famous_blue.htm
Cordialement
Marc


Titre: Re:famous blue raincoat
Posté par: julien le 19 Juin 2003, 14:56:12
merci bcp, ta page m'éclaire sur cette chanson.


Titre: Re: Famous Blue Raincoat
Posté par: Céline le 20 Juin 2003, 03:51:44
Bonjour Julien, Bonjour Crabere, Bonjour à tous,

Pour ma part je crois que l'homme paradoxe dit et ne dit pas à la fois.  Alors oui, il y a ce qu'il dit, il y a ce qu'il dit de ce qu'il a dit.  Et il y a tout ce qu'il ne dira jamais à propos de tout ça.  A nous de découvrir.  Ou d'imaginer. Je crois que ses chansons sont bâties pour ça aussi, être un support pour l'imagination de chacun.  

Julien, je suppose que tu demandes si cette chanson parle de suicide à cause de ces paroles :

That night that you planned to go clear
Did you ever go clear?"

Traduites sur ce site par :

"cette nuit où tu as décidé de t'effacer. T'es-tu jamais effacé? la nuit où tu as décidé de disparaître.
es-tu jamais disparu ?la nuit où tu as décidé de t'en aller. As-tu réussi à t'en aller?Cette nuit où tu avais prévu de disparaître As-tu seulement disparu ?"

Source:
http://www.leonardcohensite.com/intro.htm

Ce passage de la chanson fait référence à la pratique de la Scientologie ("to go clear" ça veut dire je ne sais trop quoi dans leur jargon spécifique).  Cohen le mentionne dans une entrevue dont j'ai copié des extraits (le strict minimum) ci-dessous.


Kurzweil
(...)Is the line, "Did you ever go clear?" from Famous Blue Raincoat a Scientology reference?

Traduction libre par moi :
Est-ce que les mots "Did you ever go clear?" de Famous Blue Raincoat sont une allusion à la Scientologie?

Cohen
It was a Scientology reference. I looked into a lot of things. Scientology was one of them.

Traduction libre par moi :
C'était une allusion à la Scientologie.  J'ai examiné beaucoup de choses.  La Scientologie était l'une d'elles.

Source :
http://www.serve.com/cpage/LCohen/interview.html  (http://www.serve.com/cpage/LCohen/interview.html)



On a dit de Famous Blue Raincoat que ce pouvait être un condensé de Beautiful Losers, car Cohen y reprend le thème du triangle amoureux.   Pourtant ce thème revient souvent dans l'oeuvre de Cohen, il est présent dans plusieurs chansons et poèmes, en plus de ses romans.

Il reste que Famous Blue Raincoat exprime des sentiments extraordinaires de paix et d'amour et de vie, et ce, malgré la douleur évidente, et non pas des sentiments de colère de ressentiment et de mort, et dans ce sens, elle est unique dans le lot du même thème dans l'oeuvre de Cohen.
 
C'est là peut être que mon imagination entre en action, mais il me semble que c'est assez rare qu'on en arrive à ce niveau de spiritualité dans l'expérience du triangle amoureux.

Amitié,

C.


Titre: Re:famous blue raincoat
Posté par: Julien le 10 Octobre 2003, 13:14:53
merci pour tes explications :)
Cette chanson est magnifique. Mais c'est vrai que, pour ma part, j'interprete bcp et donc "je me fais des films" comme on dit. Je crois, apres reflexion,  que le texte est tel qu'il est et que chacun est libre de s'approprier le texte et c'est qu'une chanson qu'une chanson qui nous indifférenciait, suite à un évenement, peut prendre une tout autre dimension.
Bien sur ce n'est que mon avis ;)
C'est le cas pour moi avec Dance me to the end of love.

Amicalement,
Julien


Titre: Re:famous blue raincoat
Posté par: cristina le 10 Octobre 2003, 14:51:00
... tu as raison, pour moi aussi "Dance me to the end of love" prend une signification peut être plus grave que les paroles elles mêmes.... tout depend du moment, du comment ... et du pourquoi.... et chantée par Graeme c'est aussi beau, si  ce n'es encore plus... et pour les filsms.... je suis en première ligne....

amicalement


Titre: Re:famous blue raincoat
Posté par: Céline le 10 Octobre 2003, 16:19:45
Bonjour Julien, Cristina,

J'ai lu quelque part - je ne me souviens plus où - que personne n'aimait rester seul avec ses émotions et qu'en conséquence on recherchait les situations et les êtres qui les exprimaient pour les partager.

S'il est quelque chose qu'on peut tenir pour certain c'est que LC et GA ont un don réel pour exprimer des émotions très profondes et nous toucher.  Le reste... Je partage aussi votre avis qu'on entend les chansons sous différentes couleurs, différentes teintes, différents tons, selon ce qu'on vit et que ça évolue toujours.

Concernant Dance me to the end of Love, tiens, j'allais justement en parler dans ma réponse à Mike dans une autre discussion.  Hasard, hasard, quand tu nous tiens!

Amitié,

Céline


Titre: Re:famous blue raincoat
Posté par: Patrice le 14 Octobre 2003, 00:22:47
Cette chanson est magnifique. Mais c'est vrai que, pour ma part, j'interprete bcp et donc "je me fais des films" comme on dit. Je crois, apres reflexion,  que le texte est tel qu'il est et que chacun est libre de s'approprier le texte et c'est qu'une chanson qu'une chanson qui nous indifférenciait, suite à un évenement, peut prendre une tout autre dimension.
Bien sur ce n'est que mon avis ;)
C'est le cas pour moi avec Dance me to the end of love.

"Famous Blue Raincoat" reste quand même une histoire "de tous les jours", tristement banale, en fin de comptes. Le mari, la femme, l'amant. Sauf qu'ici, on ne sait plus très bien qui est le perdant.

En écho à tes mots, Julien, la réponse est donnée par Graeme Allwright lui-même:

"A mon sens, dans la chanson, comme dans toute forme d'expression artistique, l'important c'est ce que l'autre entend.

Parfois, en écoutant ces chansons enregistrées, je deviens l'autre et non sans douleur, je ne cesse de comprendre et d'entendre d'autres choses que ce que je croyais y mettre au départ."


Amicalement,
Patrice.


Titre: Danz mi
Posté par: Céline le 19 Octobre 2003, 18:54:37
Merci Patrice pour la réponse au sujet de Matisse-Cohen dans l'autre discussion.

Ci-dessous une adaptation de Dance me to the end of Love que je n'ai pas entendue mais qui me semble tzigane en diable à lire ceci :


"(...)le nouveau disque de la famille Hummel, les parents et leurs trois enfants, déménage.

Il faut dire que les musiciens ont visé haut pour les textes: de Georges Brassens, ils ont adapté en alsacien la Mauvaise Réputation («D'r Schlecht Ruëf ) et c'est désopilant. De Léonard Cohen, ils ont habillé «Dance me to the end of love», qui devient «Danz mi, le titre qui a donné le nom à l'album, et c'est superbe."

http://www.faculty.umb.edu/brian_thompson/hammhummel.manivelle.htm#Danz


Titre: Re:famous blue raincoat
Posté par: Patrice le 19 Octobre 2003, 19:12:45
Merci, Céline !. :)

Dommage qu'il n'y ait pas de real-audio pour se faire une idée... mais je crois bien que c'est la première adapatation de Cohen en Alsacien.

"Ambiance d'Europe centrale, à la Goran Bregovic, avec fanfare tonitruante et voix de femme et d'enfants excités, ambiance des îles avec une buguine qui balance, ambiance alsacienne aussi" ;D

.... ça promet !!!!.... 8)

Amicalement,
Patrice.


Titre: Danz mi
Posté par: Céline le 19 Octobre 2003, 19:30:01
"De Hans Arp, ils chantent des textes d'inspiration surréaliste, en allemand et en français. De Georg Büchner, ils ont choisi un extrait de Léonce et Léna, qui leur permet une escapade en Italie. Ils mettent en musique l'étrange salade de mots de Kenndidi.

Sans compter les fruits de l'imagination de Jean-Marie, qui fait rimer «Marinette» avec «Internet», évoque les petits bals du samedi soir et le riche vocabulaire bilingue franco-alsacien sur les effets possibles de l'alcool («De Blöy Blues»)."

Bon bin, si on parle du CD au complet, autant citer ceci aussi.  Oui, ça a l'air assez riche de pleins de promesses.

Et c'est "notre" LC qui couronne le tout!  Le nomade on dirait qu'il est bien reçu partout.

Je serais très curieuse d'entendre ce Danz mi, moi.

Amitié, et A+

Céline


Titre: Re:famous blue raincoat
Posté par: sylvain le 24 Octobre 2003, 13:35:28
Peut être s'agit il de son double ? On trouve cette idée du double au moins par deux fois à ma connaissance dans l'oeuvre : dans un poème qui commence en gros par "j'ai entendu parler d'un homme qui avait une voix si belle" (cet homme c lui bien sur, sa part poète, capable de cette magie tant recherchée et redoutée. Ce thème de l'écrivain double ennemi de l'homme est par exemple traité dans The dark half de Stephen King ). On retrouve surtout une ligne explicite dans I cant forget qui dit en somme "je ne me suis pas reconnu dans l e mirroir, ce doit être mon double".

Pour Famous, je ne suis pas sur, mais je me pose la question, notamment par rapport a la ligne : "my brother my killer".

Dans le poème précité, c'est ce double qui lui piquait sa femme. Là c ce qui se passe : l'autre s'est tapé sa gonzesse.

A partir de là, on pourrait suggérer que la signature finale serait une sorte de signature de journal intime, Cohen s'écrivant à lui même, à son Hyde / Jekyll.

Sylvain


Titre: Re:famous blue raincoat
Posté par: Céline le 24 Octobre 2003, 23:52:57
Tout un cinéma, Sylvain!  Il y a eu pas mal de choses d'écrites ici sur Famous Blue Raincoat je ne vais pas répéter.

Bizarrement, l'idée que tu as à propos de FBR, moi, c'est The Master Song qui me l'a inspirée.  Le fait que lui c'était lui au complet et le maître seulement son aspect de célébrité.    Tu sais, cette peur qu'on souvent les gens d'être aimés pour autre chose qu'eux-même.  (Un aspect d'eux-même, désirable pour l'amant que ce dernier s'approprie à travers l'autre et non pas un véritable amour qui tient véritablement compte de l'autre - avais-je besoin de le dire?  Je ne sais pas mais c'est fait, maintenant, je le laisse).


La chanson du maître

Je crois que tu as entendu chanter ton maître
Quand j'étais cloué au lit
Je crois qu'il t'a tout raconté
Ce que je garde dans la tête
Ton maître t'a emmenée en voyage
Au moins c'est ce que tu as dit
Et maintenant reviens-tu apporter
du vin et du pain à ton prisonnier ?

Tu l'as rencontré dans un temple
Où l'on prend vos vêtements à la porte
il n'étais qu'un parmi d'autres sur une chaise
qui rentrait juste de la guerre
Et tu enveloppes son visage fatigué dans tes cheveux
et il te tend un trognon de pomme
Puis il touche tes lèvres, brusquement si nues
de tous les baisers que nous y avions déposés

Et il t'a donné un berger allemand pour te promener
avec un collier de cuir et de clous
et pas une fois il ne t'a fait expliquer
ou commenter tous les petits détails
comme de savoir qui avait un ver et qui un rocher
et qui t'avait eu par les mailles
Ton amour est un secret dans tout le quartier
jamais il ne s'arrête même quand ton maître est absent

Et il t'a emmenée dans son aéroplane
qu'il pilotait sans équipage
vous avez survolé les rubans de la pluie
qui chassaient la foule des tribunes
Puis il a tué les lumières d'une ruelle solitaire
où un singe aux glandes d'ange
a effacé les dernières traînées de douleur
avec une musique de fanfares élastiques

Et maintenant j'entends ton maître chanter
Tu t'agenouilles pour qu'il vienne
Son corps est une corde d'or
A laquelle ton corps est pendu
Son corps est une corde d'or
Mon corps s'est engourdi
Maintenant tu entends ton maître chanter
Ta chemise est toute défaite

T'agenouilleras-tu à côté de ce lit
que nous avons ciré il y a si longtemps
Avant que ton maître ait choisi
d'y faire mon lit de neige
Tes yeux sont fous tes articulations rouges
et tu parles beaucoup trop bas
Non, je n'ai pas compris ce que ton maître a dit
avant de te renvoyer

Je pense que tu joues trop durement
pour une dame qui est allée sur la lune
J'ai couché trop longtemps près de la fenêtre
On s'habitue à une chambre vide
Ton amour une poussière sur la manchette d'un vieillard
qui bat la mesure du pied
tes cuisses sont des ruines et tu en veux trop
disons que tu es revenue trop tôt

J'ai aimé ton maître à la perfection
Je lui ai appris tout ce qu'il savait
Il mourait de faim dans un mystère
Comme un homme sûr de la vérité
Je t'ai envoyée près de lui avec l'assurance
que je lui apprendrais quelque chose de nouveau
et je lui ai appris que tu t'ennuierais de moi
quoi qu'il dise et quoi que tu fasses

Je crois que tu as entendu ton maître chanter
quand j'étais cloué au lit
je crois qu'il t'a tout raconté
ce que je garde dans la tête
Ton maître t'a emmenée en voyage
(au moins c'est ce que tu as dit)
Et maintenant reviens-tu apporter
du vin et du pain à ton prisonnier ?

http://www.leonardcohensite.com/intro.htm


Mais ça c'est dans la salle numéro 1.  Dans la salle numéro 2, 3, 4 etc. les scénarios sont différents.  Parce que maintenant, j'y vois juste une autre histoire de triangle amoureux.

Les poètes utilisent beaucoup leur faculté intuitive, et en faisant ça, ils dévoilent souvent des méchanisme de la pensée humaine, on sait tous, qu'on a même si ce n'est pas pathologique (enfin parfois oui, mais pas toujours, plusieurs aspect différents et souvent contradictoires dans notre caractère).

Lui a trouvé une bonne technique à partir de ça :

http://www.lipsos.com/dossier/at.html

Amitié,

Céline


Titre: Re:famous blue raincoat
Posté par: Patrice le 25 Octobre 2003, 00:43:04
Sans remettre en cause ce que nos émiments et brillants savants (sic!) ont pu dire sur "Famous Blue Raincoat", il faut bien avouer que la théorie de Sylvain est assez séduisante.
Nous savons tous à quel point Cohen cultive la double personnalité, la façon qu'il a de parler de lui à la troisième personne, parlant à "un autre", celui du miroir.
Il aime les miroirs pour y voir un autre.
Si cette technique a surtout été utilisée dans les poèmes, il y a une chanson où cet aspect est flagrant, il s'agit de "Last Year's Man".
L'écrivain Philippe Djian a dit "c'est en écoutant 'Famous Blue Raincoat' que j'ai su comment vivre avec une femme". En étant mari et amant à la fois.

Amicalement,
Patrice.


Titre: Re:famous blue raincoat
Posté par: Céline le 25 Octobre 2003, 14:53:02
Citation
Sans remettre en cause ce que nos émiments et brillants savants (sic!)

C'est moi maintenant qui aurait tendence à penser que du mépris à été codé, ic.  Si c'est effectivement le cas, c'est agréable comme tout.  (Ironie codée intentionnellement, si vous ne l'aviez pas décodée, prière de le faire à l'instant).


Titre: Re:famous blue raincoat
Posté par: Patrice le 25 Octobre 2003, 17:11:05
Citation
Sans remettre en cause ce que nos émiments et brillants savants (sic!)

C'est moi maintenant qui aurait tendence à penser que du mépris à été codé, ic.  Si c'est effectivement le cas, c'est agréable comme tout.  (Ironie codée intentionnellement, si vous ne l'aviez pas décodée, prière de le faire à l'instant).

Chère Céline,

As-tu publié un livre ou seulement un article sur Leonard Cohen et cette chanson en particulier?.
Non, on le saurait.
Donc mes mots n'avaient pas le moindre rapport avec toi et ta réaction n'a pas lieu d'être -- du moins sous cette forme.

Si on ne peut plus discuter sur un forum sans avoir systématiquement un procès d'intention, un forum n'en est plus un.
Et je n'ai fait qu'exprimer un sentiment strictement personnel.

Patrice.


Titre: Re:famous blue raincoat
Posté par: Céline le 25 Octobre 2003, 23:09:58
Cinéma Intérieur
Salle 6 -  La Bisbille

Montez l'escalier, suivez le couloir à votre gauche, c'est la dernière salle complètement au fond. ;)


Titre: Re:famous blue raincoat
Posté par: Céline le 26 Octobre 2003, 00:33:11

Oui, le double ou les doubles de Cohen est quelque chose qui revient fréquemment chez ses observateurs (d'oiseau?) (rare?) au même titre que le triangle amoureux.

Dans 37,2 le matin, de Philippe Djian, je me souviens, en effet, de la douceur inhérente et très caractéristique à Famous Blue Raincoat dans la relation amoureuse.  Ne connaissant pas Leonard Cohen à l'époque de la lecture de ce roman, j'avais juste fait le parallèle entre cette road story (si je puis dire) et celle de Jack Kerouac (On the road/Sur la route).  Maintenant, je vois qu'il y a manifestement l'influence de Cohen aussi.
 
Amitié à tous,

Céline

P.S. :  Pour le mari et l'amant, on pourrait ouvrir plusieurs autres salles de cinéma.  Mari et amant, la même personne, de la même personne, de quelle façon, de quelles façons, mari et amant de plusieurs personnes, moins romantique, plus réaliste, mais je laisse à d'autres le soin d'imaginer et d'écrire les scénarii


Titre: Re:famous blue raincoat
Posté par: Patrice le 26 Octobre 2003, 01:08:35
Citation
Dans 37,2 le matin, de Philippe Djian, je me souviens, en effet, de la douceur inhérente et très caractéristique à Famous Blue Raincoat dans la relation amoureuse.  Ne connaissant pas Leonard Cohen à l'époque de la lecture de ce roman, j'avais juste fait le parallèle entre cette road story (si je puis dire) et celle de Jack Kerouac (On the road/Sur la route).  Maintenant, je vois qu'il y a manifestement l'influence de Cohen aussi.

Je confirme !.
Et oui, c'est exactement ce que j'ai voulu dire. ;)

Citation
P.S. :  Pour le mari et l'amant, on pourrait ouvrir plusieurs autres salles de cinéma.  Mari et amant, la même personne, de la même personne, de quelle façon, de quelles façons, mari et amant de plusieurs personnes, moins romantique, plus réaliste, mais je laisse à d'autres le soin d'imaginer et d'écrire les scénarii

En vérité, peu importe si le mari et l'amant sont deux personnes distinctes ou bien la même personne vue sous deux angles différents par l'auteur. Le résultat restera toujours un amour triangulaire. Mais nettement plus intéressant si l'un est le double (le reflet du miroir) de l'autre.

Il n'est absolument pas question de quelque chose comme Hyde & Jekyll ou le "bon et le méchant".
C'est simplement comme dans "Stranger Song", où Cohen est lui-même cet étranger dont il nous parle et à qui il parle.

Dans un autre ordre d'idée puisqu'il ne s'agit pas de lui-même, "The Window" est une chanson assez significative aussi. Cohen n'aime pas que les miroirs, il aime aussi les fenêtres -- dans les deux, il peut y voir son double (ou celui qu'il aimerait être).
Pour notre plus grand bonheur puisque c'est à nous de déchiffrer le message.

"L'important est ce que l'autre entend"...

Amicalement,
Patrice.


Titre: Re:famous blue raincoat-fenêtre, miroir, psyché, autres réflexions et ouvertures
Posté par: Céline le 26 Octobre 2003, 02:47:58
Dans Stranger Song, il me semble plus évident qu'il parle de lui-même, comme pour mieux expliquer qui il était à un moment donné.  He was just some Joseph looking for a manger.  Résume bien la chanson d'après l'idée que je m'en fais.  Ce qui est intéressant aussi c'est ce passage :

It's you my love, you who are the stranger
It is you my love, you who are the stranger.


Mais cette chanson, je l'aime tellement que je pourrais revenir encore et encore sur toutes les lignes, tous les passages.  Passons, donc, je ferai ça une autre fois, peut-être.

Patrice, tu me fais réaliser que le thème de la fenêtre revient dans plusieurs chansons aussi, dont celle-là :

"Un jour, penché à ta fenêtre,
Il te dira qu'il veut renaître,
Au monde que ta tendresse lui cache.
Et, sortant de son portefeuille
Un vieil horaire de train,
Il dit "Je t'avais prévenu, je suis étranger".
"Je t'avais prévenu, je suis étranger"."

Une autre de mes chansons préférées parle aussi de fenêtre et de conversations par la fenêtre :

I'm standing by the window where the light is strong
Ah they don't let a woman kill you
Not in the Tower of Song



Now I bid you farewell, I don't know when I'll be back
There moving us tomorrow to that tower down the track
But you'll be hearing from me baby, long after I'm gone
I'll be speaking to you sweetly
From a window in the Tower of Song


Dans So long Marianne

"Come over to the window, my little darling,
I'd like to try to read you palm
I used to think I was some kind of gypsy boy
Before I let you take me home."


Dans The Windows:

Why do you stand by the window
Abandoned to beauty and pride

 
C'est comme si la fenêtre, point de jonction entre le monde intérieur et le monde extérieur sert exactement à ça dans la vie émotive aussi : Etre à l'intérieur c'est en quelque sorte être enfermé. Étant à l'extérieur, on peut parler par la fenêtre sans danger de se faire enfermer.  Si on se sent enfermé ou qu'on l'est vraiment, on va vers la fenêtre, vers ce qui ressemble le plus à la liberté, et quand on est séparé, de quelque façon que ce soit, c'est aussi la fenêtre qui sert de point de liaison.

Intéressant.

Amitié,

Céline


Titre: Re:famous blue raincoat
Posté par: eric le 28 Octobre 2003, 13:57:26
Citation
Cohen n'aime pas que les miroirs, il aime aussi les fenêtres

bof...: "les fenêtres sont petites, sur les murs il n'y a rien"....
peu de lumière extérieure, tous dans les yeux ici ("et je vois dans tes yeux"...)...mais bien sur les yeux sont le miroir...


eric


Titre: famous blue raincoat - fenêtre, miroir, psyché, autres réflexions et ouvertures
Posté par: Céline le 28 Octobre 2003, 23:28:17
Tonight will be fine

"I choose the rooms that I live in with care,
the windows are small and the walls almost bare,
there's only one bed and there's only one prayer;
I listen all night for your step on the stair.

But I know from your eyes
and I know from your smile
that tonight will be fine,
will be fine, will be fine, will be fine
for a while."


 
Demain sera bien

Je choisis les chambres où je vis avec soin,
Les fenêtres sont petites, sur les murs il n'y a rien.
Il n'y a qu'un seul lit, et une seule prière,
Et j'attends toutes les nuits que tu m'apporte la lumière.

Mais je vois dans tes yeux, et je vois ton sourire,
Et je sais que demain, que demain, que demain, que demain sera bien.

Ah! une autre! Bon, je sais on peut voir (ou y mettre ce qu'on veut, plein de choses) mais pour moi ça parle encore d'intériorité, d'espace intime.  Quelque chose qui arrive parfois quand les barrières se referment après une période d'amour fusionnel.

Les petites fenêtres qui ne laissent pas entrer grand chose de dehors, le lit et la prière à occupation simple, tout ça.

C'est comme si elle portait (la filles aux yeux) tout le poids de la relation alors que lui se retire en lui-même.

Patrice et Eric, vos cinémas je les trouve plus romantiques que les miens dans toutes ces histoires, les images plus douces que celles qui me viennent en tête spontanément.  Mais bon, c'est comme ça.

Étrange que Cohen ait écrit tonight  "ce soir" ou "cette nuit", et Allwright lui, dans son cinéma, c'est devenu "demain".

"Demain" ça fait image (pour moi) d'une continuité qu'il n'y a pas avec le moment présent de "cette nuit" je vois le message comme disant "pour l'instant c'est ok mais je ne peux pas penser pour plus que pour l'instant présent"(et le "for a while" parle aussi dans ce sens).

Alors qu'avec Allwright l'avenir est introduit avec "demain" et "toutes les nuits".  Pour Cohen elle ne peut rien pour lui, version Allwright elle représente du bonheur dans son avenir.  Plus doux, encore, ici.

C'est pour des choses comme ça entre autres que je vois Cohen comme une énergie de la lune et allwright comme une énergie du soleil.  Tiens, ils corroborrent même ces images, lui avec son "tonight" et l'autre sont "demain", tiens!!

De toute façon, ils s'entendent sur le fond. Ce sera bien.

Amitié,

Céline


Titre: demain sera bien, cohenyin et yangallwright
Posté par: eric le 30 Octobre 2003, 17:38:08
Citation
"cette nuit" je vois le message comme disant "pour l'instant c'est ok mais je ne peux pas penser pour plus que pour l'instant présent"(et le "for a while" parle aussi dans ce sens).
Alors qu'avec Allwright l'avenir est introduit avec "demain" et "toutes les nuits".  Pour Cohen elle ne peut rien pour lui, version Allwright elle représente du bonheur dans son avenir.

Tout à fait d'accord, Miss
"Tonight", c'est sans doute ce que GA appelle le côté "un peu pessimiste" de Cohen.
Et "demain", c'est sans doute ce qui en GA nous fait tous tant vibrer, espérer.

Alors, tu les vois en cohenyin et yangallwright ?

a plus,

eric

ps: ça veut dire quoi, ce "for a while" qui est si beau musicalement ?
(j'espere que ça reste aussi attirant en français... fait un effort !)


Titre: Re:famous blue raincoat
Posté par: Céline le 31 Octobre 2003, 22:31:03
Ouais, si on veut... de ce que je connais superficiellement du ying et du yan, du yin et du yang, pardon, et au risque de me répéter, pour moi LC c'est tout le monde intérieur, et GA, extérieur.

Pourquoi ça m'épate à chaque fois comme si c'était la première, c'est une autre histoire que je ne tente même pas d'essayer de comprendre, encore moins d'expliquer.

Parce que je sais qu'il y a pleins de trucs rationnels qui seraient fastidieux à exposer.  Mais surtout, surtout, tout un pan irrationnel.

D'où exclamations.

Sur exclamation.

Comme si à chaque fois, c'était la première fois.

Ouais.  Cohen un peu pessimiste?  C'est dit avec beaucoup d'optimisme, ça.

Citation
ps: ça veut dire quoi, ce "for a while" qui est si beau musicalement ?

Ah! là, la balle est dans ton camp.

Amitié et A+

Céline
[/color]


Titre: Re:famous blue raincoat
Posté par: Patrice le 31 Octobre 2003, 23:22:25

Citation
ps: ça veut dire quoi, ce "for a while" qui est si beau musicalement ?

Ah! là, la balle est dans ton camp.
[/color]

C'est tout simplement la touche de pessimisme (moi, je dirais de réalisme) dans une chanson relativement optimiste... :)

Quand au tonight qui est devenu demain, et au risque de me rabâcher, les adaptations par Graeme ne sont pas des traductions, mais justement des... adaptations. Il fallait que la rime corresponde, il fallait que ça puisse être chanté, il fallait surtout que ça colle à la propre sensibililité de Graeme.

A noter aussi que la notion d'éphémère ("for a while") est résolument absente dans la version française. Et puis aussi, "demain", ça permettait une certaine constance, une durée dans le temps, et donc d'éliminer ce vers hautement symbolique de Cohen.

Anecdote. Pézenas, 19 avril 2003.
Graeme Allwright commence l'introduction habituelle de la chanson:
- Graeme: "Une autre chanson de Leonard Cohen" (applaudissements), "mais pour une fois, c'est une chanson optimiste".
Rires dans le public, puis Christophe Allwright s'approche de son micro et dit:
- Christophe: "Il devait être malade, ce jour-là".
Rires discrets du public, Graeme fait mine de ne pas avoir entendu la phrase de son fils et il se met à chanter seul: "Il m'arrive quelquefois de rêver au passé..."

Amicalement,
Patrice.


Titre: ching chang ying yang in gang big bang etc. etc. etc.
Posté par: Céline le 05 Novembre 2003, 22:54:14
Le for a while devient même "toutes les nuits", d'après ce que je peux voir.  Quand il jure "éternelle fidélité", il n'y a pas place au paradoxe, donc.

Quand au Yin et au Yang, bon, il fallait, naturellement, étant donné ma nature, que j'aille fouiller sur le net un peu pour approfondir mon impression et bon.  C'est pas ça du tout au fond :

http://chroniquestaoistes.free.fr/html/yin_yang001.html

Pas ça du tout.

Cohen-Lune
Allwright-Soleil

C'est plus ça.

Enfin pour moi.

Amitié,

Céline


Titre: Re:famous blue raincoat
Posté par: Martinlac le 16 Mars 2004, 12:39:10
 
"It is not a better reading of the song to suggest that Cohen is writing to himself or, more precisely, to a apast self? If so, the the accusation [...] is directed to himslef. The song can now be seen as Cohen's shouldering of his own responsibility for the failure of his relationship(s). The 'thin gypsy thief' is a self-portrait and the hope that 'you're keeping some kind of record' is realised in the very song that expressed it."
Source: Maurice Ratcliff's "The Complete Guide to the Music of Leonard Cohen", 1999, p. 37-38
Aussi dans: http://www.leonardcohenfiles.com vous pouvez trouver des interpretations sur cette chanson. Vous devez aller au "Forum/Message Board"


Titre: Re:famous blue raincoat
Posté par: Céline le 16 Mars 2004, 14:16:23
Merci Martinlac et bienvenue sur le forum.  :)

Chouettes ajouts à la discussion. Je te renvois l'ascenseur : :)

Il y a aussi ce lien qui est une collection de ce que Leonard Cohen a dit de ses propres chansons :
 
http://perso.wanadoo.fr/pilgraeme/

Sur ce site même, il y a des interviews qui sont assez parlantes aussi.

Et sur le Leonard Cohen webring tu trouveras d'autres info objectives.




Je crois qu'au fond les débats sur ce que veulent exactement dire les paroles seraient stériles si je ne les abordait pas avec l'état d'esprit que c'est un exercice subjectif, que chacun observe les chansons sous la lentille de sa réalité, et que les opinions, bien que discutables sont toutes à respecter dès qu'elle restent dans le champ de la subjectivité, ne se prennent pas pour LA vérité, ma seulement SA vérité.

Et bien j'aime bien lire la couleur des autres, comment ils vivent la chanson, la perçoivent.

Pour une raison X il semble que les chansons de Cohen touchent profondément les gens, à un niveau émotif comme peu le font.  Peut-être parce qu'il décrit des états d'âmes humains tels qu'ils sont, sans fard, et sans artifice.

Je ne sais pas.

En tout cas.

Pour moi, vois-tu ce que Maurice Ratcliff, ça me va, assez, saur en ce qui concerne "l'échec de ses relations":

Bien, premièrement, la relation dure à ce que je sache, "Jane came by"   :) durant qu'il écrit - qui connait des relations sans faille jamais? En tout cas ces deux là pourront écouter "Les Vieux Amants" (Brel) en se berçant, un jour, je crois   :) .

Et puis, il renoue les liens.


Pour le reste, je crois que le narrateur se sent responsable en ce sens qu'il dit "merci d'avoir enlever le tourment  dans ses yeux, je croyais qu'il était là pour toujours, alors je n'avais jamais essayé".

"Yes, and thanks for the trouble you took from her eyes
I thought it was there for good so I never tried."

Parce que s'il l'apelle "my brother, my killer" c'est certainement pas parce que tout ça lui a été indifférent sur le coup.  ("Si tu vois un jour que je m'économise, si j'ai peur d'avoir froid, quand je donne ma chemise, tue moi. Tu me tueras si tu t'en vas, simplement, si tu t'en vas" (Bigras) Et là je parle de Jane pas du 3e larron)

Et pour le reste, de ce qu'il dit, ça colle aussi avec ce que je pense,

A plus tard,

Amitiés,


Céline

P.S. :  J'édite parce que j'ai mal lu là....la première fois et j'ai écrit une bêtise.
:-[  Désolée  ;D
 


Titre: Re:famous blue raincoat
Posté par: Patrice le 17 Mars 2004, 01:34:44
Bonjour,

D'abord, bienvenue à toi, Martinlac !. :)

Citation
Il y a aussi ce lien qui est une collection de ce que Leonard Cohen a dit de ses propres chansons :

http://perso.wanadoo.fr/pilgraeme/

Sur ce site même, il y a des interviews qui sont assez parlantes aussi.

Tout à fait, Céline !.
Cohen par Cohen, c'est la meilleure des analyses (quelqu'un nous a reproché ce mot, un jour, sur un ancien forum), je pense.
Et le site de Marc (en cours de rénovation) est fait justement pour ça, pour que Leonard et uniquement lui, parle de son oeuvre.

Autrement, sur le site, il y a quelques articles, des archives, des interviews, une rubrique justement nommée "analyses" qui ouvre tout grand ses portes pour des articles complets, avis aux éventuels rédacteurs... :)

Amicalement,
Patrice.


Titre: Re:famous blue raincoat
Posté par: Céline le 17 Mars 2004, 13:49:09
Hello!

Je ne suis pas intéressée à entrer dans des guerres d'analyses.  Ou des guerres d'analyses ou de non analyses.  :)

Je crois qu'il est plus riche de respecter les différentes facettes de cette mosaïque que sont tout ce qu'ont à dire tous les fans selon leur angle respectif du moment et leur différentes personnalités.

Je pense que c'est parfaitement possible d'exprimer des différences et même des désaccord dans le respect de l'autre.

Ceci dit.
 
Tiens, tant qu'à y être, j'apporte ici directement le lien sur Famous Blue Raincoat des prologues de Marc Gaffié :

http://perso.wanadoo.fr/pilgraeme/famous_blue.htm

J'aime particulièrement cette phrase de Cohen, et qui me conforte dans mon opinion qu'il est réellement un homme qui aime les femmes  :

"But you know it's true when they say that there won't be free men until there are free women."

Mais vous savez, c'est vrai quand ils disent qu'il n'y aura pas d'hommes libres tant qu'il n'y aura pas de femmes libres.

On a souvent taxé Cohen d'anti-féministe, alors que pour moi, il était surtout avant-gardiste, capable de voir dans quel cul-de-sac certaines revendications mèneraient les femmes.  Maintenant, le mouvement féministe s'en rend compte des années plus tard.  

Bof... certains on bien dit du pauvre Brassens qu'il était misogyne, alors qu'à mon avis il était seulement un observateur critique qui préférait rire que pleurer des travers des ses contemporains, surtout de ceux qui restreignaient leur liberté en tant qu'humains.  Bien sûr les chansons qui rigolent sur les travers des hommes ne sont pas ses plus populaires.  :) Il était trop avant-gardiste lui aussi, ou trop conscient, plutôt.

Pour revenir à ton site, Patrice,  les portes ouvertes aux analyses, c'est sympa.  Me connaissant, tu sais que je serais ravie d'y lire le plus de trucs possibles. :)

J'espère qu'il y aura des intéressé(e)s.

Amitiés,

Céline
 


Titre: Re:famous blue raincoat
Posté par: lgransec le 18 Mars 2004, 22:41:49
Citation
chacun observe les chansons sous la lentille de sa réalité, et que les opinions, bien que discutables sont toutes à respecter dès qu'elle restent dans le champ de la subjectivité, ne se prennent pas pour LA vérité, ma seulement SA vérité.

"La mission du poète est de reconnaître la vérité
comme vérité et en même temps comme erreur,
et de vivre les contraires sans les accepter,
de tout sentir de toutes les manières,
et en fin de compte, de n'être rien,
sinon l'intelligence de tout"  

                                                            fernando pessoa


Titre: Re:famous blue raincoat
Posté par: Strawberry le 17 Avril 2004, 21:26:38
Ahhh cette chanson. C'est curieux que je tombe sur ce topic ce soir.
Cet après-midi même, alors que faisais mes devoirs, et que je me sentait très bien, j'ai écouté "Song of love and hate" (pour la énième fois). Je suis une nouvelle fois resté envouté en écoutant "Famous blue raincoat" (je crois que l'on ne dirait pas de bêtises si l'on déclarait que c'est peut-être la plus belle chansons jamais écrite par Cohen). Et je me suis mis à chercher la traduction que j'avais un jour imprimé à partir de ce site sans jamais la lire. J'ai donc lu, en français, à mesure que la chanson progressé. Et bien tout d'un coup, je me suis littéralement senti les larmes aux yeux ! Alors que, je le répète, je ne déprime pas du tout en ce moment...
J'ai donc constaté, une fois de plus, à quel point Leonard Cohen est un géni incommensurable : comment une chanson, que j'ai entendu des dizaines de fois en anglais, pouvait-elle me mener au bord du sanglot en lisant les paroles... dont je n'avais pas vraiment compris le sens au début ! (à ce titre, ce topic m'a énormément aidé)...
Je ne sais pas si c'est volontaire, mais j'ai découvert au fil de ma lecture une progression magique : les éléments s'assemblent au fur et à mesure et mille choses nous passent par la tête.
Au début, j'ai pensé qu'il écrivait à une femme... Partie vivre loin, "build a little house in the desert" -> on subodore la banale déchirure amoureuse.
Et puis le fameux vers évoqué par Julien : "as-tu vraiment disparu ?" -> on pense alors au suicide de son amour...
Le coup du "blue raincoat" avec l'épaule déchirée, c'est peut-être idiot, m'a au début fait penser que cette femme avait été agressée, ou violée...
Et puis l'on comprend qu'il s'agit d'un homme. Pourquoi diable une telle lettre à un homme (sans aller jusqu'à penser à l'homosexualité, on se pose des questions : amitié fusionnelle ?)
Puis l'on comprend qu'il s'agit de l'amant de sa femme...
Mais nouveau retournement de situation : on s'imagine que Cohen (car c'est donc bien lui qui écrit) a gagné la partie : mais non : "ma femme est désormais libre" lui dit-il...

Et là, on comprend seulement à quel point la situation et les sentiments évoqués dans cette chansons/lettre sont boulversants et complexes...

Bref, un chef-d'oeuvre merveilleux.


Titre: Re:famous blue raincoat
Posté par: Céline le 18 Avril 2004, 16:24:05
Hello Strawberry,

Si je peux me permettre une réflexion toute très personnelle sur ton message :

Etre triste n'est pas la même chose qu'être déprimé.

La tristesse fait partie inhérente de notre paysage émotif, elle porte souvent le masque de la colère, et bien d'autres masques encore.  Et sous tous les différents masques quand on touche à la tristesse on touche à la véritée toute nue.

Voilà pour la déprime et la tristesse.  Aux larmes maintenant.

Elles ne coulent pas seulement quand on est triste.  Elle coule quand on entre de plein pied dans une émotion-vérité toute nue, la tristesse ou autre.

Moi, ce qui me touche dans cette chanson, c'est la façon dont Cohen aborde cette histoire de triangle amoureux,  qui,  souvent, réelle ou imaginaire, finit dans la violence verbale et/ou physique (et parfois en première page des journaux, par mort d'homme et/ou de femme) en ayant réussi à voir sous tous les masques, finalement.

Et à accepter la réalité telle qu'elle était.

Donc à faire un avec la réalité, avec la vie. Pour moi, c'est très élevé, au niveau spirituel, au niveau de laisser l'ego de côté (tous les méchanismes de défenses qui finissent par se retourner contre nous, lorsqu'ils sont désuets, mais tout de même entretenus, sans bons sens) pour entrer vraiment dans plus de conscience.

Simple, mais si difficile que parfois, souvent impossible.

Ca, ça me laisse.... sans mots.

Je suis bien d'accord avec toi, c'est une des plus belles chansons de Cohen, une des plus belles chansons tout court, en ce qui me concerne, même. Et oui, moi aussi les larmes me sont parfois montées aux yeux en l'écoutant, terriblement touchée, et je ne savais pas très bien pourquoi, mais j'ai plus de difficulté que lui à enlever les masques.  D'où mon indéfectible fascination qu'on connait.  :)

Quand à ta notion de chef-d'oeuvre, d'un point de vue froidement technique, oui, quand une chanson atteint sa cible au niveau émotif, en parfait accord avec les paroles qu'elle transmet, et cela même sans que les paroles soient interprétées par la logique, c'est une chanson parfaitement réussie.

Il réussit ça souvent Cohen.

Tu vois, par exemple, quand j'écoute Suzanne, par exemple, c'est le sentiment de transformation du plomb en or des alchimistes qui m'envahit : à chaque fois, c'est la Beauté pure.

Amitié, A+

Céline


Titre: Extase musicale
Posté par: Jean-François le 18 Avril 2004, 18:26:16
L'extase musicale est un retour à l'identité, à l'originel, aux premières racines de l'existence. Il n'y a plus en elle que le rythme pur de l'existence, le courant immanent et organique de la vie. J'entends la vie. De là, naissent toutes les révélations.

(E.M. CIORAN, Le Livre des Leurres)


Titre: Re:famous blue raincoat
Posté par: Céline le 24 Avril 2004, 16:09:51
Bonjour Jean-François,

Ce forum est une mine de diamants pour la curieuse que je suis.  'Connaissais pas lui.  Je le découvre.

Et pour ceux qui sont aussi curieux que moi, voir là, un lien sur Cioran :

http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Emile_Cioran


Après lecture, Jean-François, je vois une cohérence avec ton goût pour Cohen, et je ne crois pas me tromper cette fois.   :)

Amitié,

Céline

P.S. : suite logique et subjective à ma lecture de cet article sur Cioran, figure typique du trickster (ou fripon divin) que Cohen rejoint parfois (et pas seulement lui, ici, hein?) un lien qui m'amène à ça)désolée pour la pub, mais bon, j'en trouve pas d'autres plus explicite) :

http://www.cgjung.net/oeuvre/le_fripon_divin.htm

http://www.crystalinks.com/trickster.html

 


Titre: Re: famous blue raincoat
Posté par: marcus wilby le 21 Mars 2005, 13:31:02
Je voulais s'impliquer rajouter un élément qui suggère que Léonard écrit à son double....

Le fameux manteau bleu, selon la chanson, appartient à l'interlocuteur à qui s'adresse L.Cohen. Or, il semble que ce menteau refère en fait au manteau bleu de Léonard Cohen lui-même. À la première page de la pochette de son premier "Best of", Cohen écrit:

"I had a good raincoat then, a Burberry I got in London in 1959. Elizabeth thought I looked like a spider in it. That was probably why she wouldn't go to Greece with me. It hung more heroically when I took out the lining, and achieved glory when the frayed sleeves were repaired with a little leather. Things were clear. I knew how to dress in those days. It was stolen from Marianne's loft in New York sometime during the early seventies."

Petite remarque: s'il est vrai qu'un poème évoque à chaque lecteur un sentiment particulier, une image propre à lui, n'est-il pas intéressant de se demander EN PLUS quelle réalité l'auteur a voulu nous révéler...


Titre: Re: famous blue raincoat
Posté par: FURUIKE le 21 Mars 2005, 15:43:07
Yes I remember this interview and the mention of the coat ;D

>>>So why not?


Titre: Re: famous blue raincoat
Posté par: walpurgis le 17 Juin 2005, 08:07:53
bonjour
je suis nouveau sur le forum
j'ai l'intention d'écrire un article sur les premiers albums
savez-vous si l'on trouve des traducs précises de stranger song, etc?
CORDIALEMENT
WALPURGIS


Titre: Re: famous blue raincoat
Posté par: Patrice le 17 Juin 2005, 12:59:35
savez-vous si l'on trouve des traducs précises de stranger song, etc?

Bonjour et bienvenue à toi !. :)

Il y a une traduction française pour toutes les chansons (ou presque) dans la rubrique "chansons" du site.
http://www.leonardcohensite.com/songs/

La plupart proviennent de "Musique d'ailleurs", ouvrage qui est la traduction de "Stranger Music", traductions par Jean Guiloineau. Sauf pour les deux derniers albums en date (l'un n'est pas listé sur cette page), toutes les traductions de "Ten New Songs" et "Dear Heather" sont faites par Graeme Allwright en exclu pour le site (avec autorisation de diffusion donné à Sony-France pour TNS).

Amicalement,
Patrice.


Titre: Re: famous blue raincoat
Posté par: walpurgis le 17 Juin 2005, 15:46:41
merci de ta réponse, très sympa

j'aimerais bien faire une approche "littéraire" des deux premiers albums, et tenter des rapprochements avec Dylan, oser des rapprochements

après tout ce sont des gens de la même génération, des poètes dans les deux cas, et leurs racines sont les mêmes, ethniques et culturelles

je connais assez mal l'oeuvre de Cohen, mais Dylan, je le connais à fond (douce illusion !), disons que je crois bien le connaître

très cordialement
walpurgis


Titre: Re: famous blue raincoat
Posté par: Patrice le 17 Juin 2005, 19:04:29
Citation
après tout ce sont des gens de la même génération, des poètes dans les deux cas, et leurs racines sont les mêmes, ethniques et culturelles

Plus ou moins.... Leonard Cohen est un citoyen Canadien... Bob Dylan s'est converti au catholicisme tandis que Cohen s'est initié au Zen tout en restant Juif pratiquant.

Ton idée est séduisante, il y avait eu une étude assez ancienne mais en langue anglaise, rien en français.
Tu peux copier les traductions pour ton usage perso, si tu les publies sur le Net, il faut mentionner la source plus l'auteur, car tout n'est pas de Guiloineau... ;D

Amicalement,
Patrice


Titre: Re: famous blue raincoat
Posté par: walpurgis le 18 Juin 2005, 08:18:01
Ne t'en fais pas, Patrice. Si j'ai recours à des traductions que je n'ai pas faites, j'en indiquerai l'auteur. La probité intellectuelle est une valeur essentielle à mes yeux. Moi-même je me suis fait plagier sur le Net, et, crois-moi, ça ne m'a pas fait plaisir

la religion de Bob Dylan, c'est un vaste problème
les allusions bibliques y sont particulièrement nombreuses, mais bien assimilées
il a eu une période catho, il y a longtemps, puis il semble s'en être éloigné

qu'en est-il à l'heure actuelle ?

Dans ses "chroniques" (volume 1) il affirme sa foi. Il est bien plus mystique que son air, sa physionomie inquiétante et son regard pénétrant, incisif pourraient le laisser penser

amitiés

w


Titre: Re: famous blue raincoat
Posté par: Patrice le 18 Juin 2005, 13:25:03
OK !.
Le plagiat, je connais ça surtout sur le site officiel de Graeme Allwright... je retrouve presque chaque jour et au hasard du Net, des articles (principalement des photos et des textes inédits) qui ont été publiés ailleurs sans la moindre mention de la source et, le plus grave, sans la moindre demande d'autorisation...  :o

Concernant Dylan, et puisque tu es un spécialiste, tes mots sont hautement instructifs.
Je peux seulement ajouter que plusieurs artistes, fans de Dylan, m'ont clairement dit qu'il serait revenu au judaïsme, mais qu'ils n'en sont pas certains, ils se basent surtout sur les textes les plus récents de Dylan.

Franchement, je ne saurais trop t'encourager à faire cette étude qui devrait être passionnante, aussi bien pour ceux qui aiment Cohen que pour ceux qui aiment Dylan (ce sont souvent les mêmes, mais pas toujours). ;)

Patrice.


Titre: Re: famous blue raincoat
Posté par: Maldoror le 25 Juin 2005, 12:39:13
Bonjour !

Depuis que je l'ai découverte, j'écoute en boucle la chanson "famous blue raincoat".
Ayant le sentiment que son inspiration puise directement dans la vie de Léonard Cohen, j'aimerai connaitre les circonstances de sa création afin peut-être de mieux saisir certaines paroles.
D'avance merci
 :)


Titre: Re: famous blue raincoat
Posté par: walpurgis le 25 Juin 2005, 16:58:25
Bonjour Maldoror,

va voir les traductions, il en existe quatre différentes

c'est un texte très mystérieux, volontairement crypté
il s'agit d'une confidence mais on n'en connaît ni les tenants ni les aboutissants
c'est un texte autobiographique et épistolaire
une lettre à un personnage énigmatique qui a décidé de s'effacer du monde, pour vivre en ermite, en reclus (?)
le rat qui s'est retiré du monde... en quelque sorte.

ça me rappelle un ami perdu de vue, quand j'étais étudiant, il y a bien longtemps. Il avait une
parka, bleu foncé. C'était un peu son signe distinctif, son vêtement fétiche. On lui disait :"C'est donc ça, ton famous blue raincoat ?!"
Il possédait Songs of love and hate, et l'écoutait toute la journée.


Titre: Re: famous blue raincoat
Posté par: Patrice le 25 Juin 2005, 19:40:13
Bonjour à tous,

Oui, un amour triangulaire, c'est ça. Plein de détails, plein de mystère.
Reste à savoir si Cohen n'est pas lui-même "l'autre".
Voici ce que j'ai écrit en page 2:

"Nous savons tous à quel point Cohen cultive la double personnalité, la façon qu'il a de parler de lui à la troisième personne, parlant à "un autre", celui du miroir.
Il aime les miroirs pour y voir un autre.
Si cette technique a surtout été utilisée dans les poèmes, il y a une chanson où cet aspect est flagrant, il s'agit de "Last Year's Man".
L'écrivain Philippe Djian a dit "c'est en écoutant 'Famous Blue Raincoat' que j'ai su comment vivre avec une femme". En étant mari et amant à la fois."

Mais surtout, voici ce que dit LC lui-même en 1994 :

"The trouble with that song is that I've forgotten the actual triangle. Whether it was my own...of course.I always felt that there was an invisible male seducing the woman I was with, now whether this one was incarnate or merely imaginary I don't remember, I've always had the sense that either I've been that figure in relation to another couple or there'd been a figure like that in relation to my marriage. I don't quite remember but I did have this feeling that there was always a third party, sometimes me, sometimes another man, sometimes another woman. It was a song I've never been satisfied with. It's not that I've resisted an impressionistic approach to songwriting, but I've never felt that this one, that I really nailed the lyric. I'm ready to concede something to the mystery, but secretly I've always felt that there was something about the song that was unclear. So I've been very happy with some of the imagery, but a lot of the imagery...   The tune I think is good, I remember my mother approving of it, I remember playing the tune for her, in her kitchen, and her perking up her ears while she was doing something else and saying 'that's a nice tune'."  

Source : http://perso.wanadoo.fr/pilgraeme/famous_blue.htm
(où l'on trouve d'autres mots de Cohen sur cette chanson)

Amicalement,
Patrice.


Titre: Re: famous blue raincoat - "go clear"
Posté par: Christina B le 13 Septembre 2005, 21:36:30
Bonjour

famous blue raincoat est plein de mysteres, mais je me permets de rajouter une information apres avoir lu toutes les traductions.
"That night that you planned to go clear
Did you ever go clear?"
est traduit par, "tu as décidé de t'effacer", "tu as décidé/prévu de disparaître", "tu as décidé de t'en aller".

En anglais, l'expression "go clear" veut dire d'arreter une drogue - je ne connais pas l'expression francaise. Kick a drug habit. Normalement, c'est qu'on arrete de prendre l'heroine. En 71 je presume que d'utiliser l'heroine etait toujours "acceptable", mais le danger etait tres connu (deces de janis Joplin en 70, etc..)

J'espere que l'explication aide a comprendre mieux cette ligne.. interessant de la voir ainsi dans le contexte de la reflexion "deux hommes ou un homme"..

Quant a la reference a Scientology, autant que je sache ils n'utilisent pas l'expression (mais "clearing").

bien a vous, (et veuiller excuser quelques expressions etranges..)
C.


Titre: Re: famous blue raincoat/go clear
Posté par: Christina B le 14 Septembre 2005, 00:25:40
Je corrige moi-meme. Ce que j'ai ecrit refere a "go CLEAN". "go clear" est vraiment une phrase que Scientology utilise. Choquant (pour moi).. "go clear" est le procedure qu'on utilise pour atteindre l'etat "clear" - un Clear est sans emotions negatives.
Je dois dire que je prefere une interpretation sans Scientology..

Bien a vous,
C.


Titre: Re: famous blue raincoat
Posté par: walpurgis le 22 Septembre 2005, 05:05:58
j'ai fini mon article sur Cohen (et Dylan). Je l'ai envoyé à 'Crossroads', magazine dans lequel j'écris mes petites chroniques (je suis dans l'ours). Je vous préviendrai s'ils le publient. Je peux vous l'envoyer à titre privé si vous le souhaitez, je vous fais confiance, mais je ne peux pas le mettre en ligne, puisque je l'ai promis à une revue papier
J'y parle surtout des deux premiers albums

cordialement

walpur


Titre: Re: famous blue raincoat
Posté par: Patrice le 26 Septembre 2005, 18:01:43
Si tu veux, tu peux me l'envoyer par MP ou par mail...

 :D

Amicalement,
Patrice.


Titre: Re: famous blue raincoat
Posté par: walpurgis le 03 Octobre 2005, 18:48:52
Je viens de te l'envoyer
mes excuses pour le retard
jerome


Titre: famous blue raincoat
Posté par: FURUIKE le 17 Août 2006, 08:49:41
Oui, peut-être, mais c'est là le problème avec tout ce qu'on appelle sectes ou analogues.

Ce n'est pas parce que ce genre de personnes détournent des expressions issues de la vie de tous les jours (et la langue anglaise vit très bien avec des poncifs !!) que l'expression en elle-même est douteuse ou condamnable. Il faut savoir faire la différence ! Et je ne pense pas que Cohen, avec sa culture, ait jamais été intéressé par ce mouvement...

D'ailleurs, dans Dress Rehearsal Rag, il fait une allusion directe aux Rosicruciens. Je n'en ai jamais déduit quoi que ce soit.
Sauf peut-être que tous ces mouvements intellectualisants étaient "trop" pour Cohen, dans le sens où ils ne pouvaient rien lui apporter... et qu'il souffrait peut-être de voir des proches s'y intéresser ou s'y engager.