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Auteur Fil de discussion: Old Ideas : Revue de presse  (Lu 63396 fois)
lesperluette
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« le: 19 Janvier 2012, 15:47:33 »

http://www.guardian.co.uk/music/2012/jan/19/leonard-cohen-old-ideas-new-album

Avec le lancement de son nouvel album, Leonard Cohen fait un pied de nez au destin !
Par l'auteur de Old Ideas, son premier album depuis 8 ans : Cet album vous invite à vous laisser emporter, même si c'est vous qui l'avez écrit.

Ses détracteurs l'appellent ironiquement Len Le Rieur mais mercredi soir, Leonard Cohen a captivé une salle bondée de journalistes pour le lancement de son premier album depuis huit ans.

« C'est comment d'écouter votre propre disque ? » a demandé Jarvis Cocker après l'audition de l'album, Old Ideas.
« Je n'écoutais pas », a déclaré Cohen. Il a continué en disant qu'il avait juste été attentif pour savoir s'il avait atteint « le degré d'excellence nécessaire. Plus encore, je me demandais si je m'étais senti transporté. Ce disque en particulier vous invite à vous laisser emporté par lui, même s'il se trouve que vous l'avez écrit vous-même. »

Le timbre de Cohen est devenu encore plus sépulcral avec l'âge. « Parlons de la voix - elle parait encore plus grave », a déclaré Cocker. « Pensez-vous qu'il y a une limite jusqu'où elle peut descendre ? »
« C'est ce qui arrive quand vous abandonnez la cigarette, contrairement à l'avis général. J'ai pensé que ça anéantirait ma position et que ma voix grimperait au soprano. » Il a plaisanté en disant qu'il aimerait recommencer à fumer à 80 ans. Ainsi, si la tournée reprend, « je pourrais fumer sur la route ».

Old Ideas prouve que les préoccupations récurrentes de Cohen sur le sexe, la mort et le salut perdurent. La couverture intérieure de l’album présente un dessin de Cohen, un nu féminin et un crâne. Âgé de 77 ans, Cohen dit qu' avoir été un auteur-compositeur apprécié par le public féminin « c'était agréable, avoir une sorte de réputation ou une sorte de liste de références qui vous dispense de recommencer à zéro avec chaque femme que vous rencontrez. Maintenant d'une façon ou d'une autre, ça n'a plus d'importance. »
Cocker dit qu'il avait toujours été impressionné par le caractère « intime » du travail de Cohen.
« Vous savez, vous travaillez avec ce que vous avez », dit Cohen après une pause. « J'ai toujours eu l'impression de racler les fonds de tiroirs pour essayer de trouver de quoi faire une chanson. Je n'ai jamais eu le sentiment d'être debout devant un buffet avec une multitude de choix. Je fonctionnais mieux dans ce que Yeats appelait « l'antre de chiffonnier qu'est le coeur ». *

Il a découragé toutes les tentatives de Jarvis Cocker pour décoder les paroles des chansons en l'avertissant : « Nous devons être prudents dans l'analyse de ces mécanismes sacrés parce que si quelqu'un met des bâtons dedans, aucun de nous n'écrira plus jamais une ligne. »
Il dit que l'écriture de chansons implique « persévérance, transpiration, mais aussi un certain type de grâce et d'illumination. »

Cocker a demandé si c'est Cohen qui avait toujours eu l'intention d'appeler son album Old Ideas ?
« Vous savez, je n'ai pas tant d'idées que ça" a répliqué Cohen.

« Dans une autre chanson, Come Healing, il y a une ligne « the penitential hymn » qui m’a frappé par le fait que cela pourrait fonctionner pour beaucoup de vos chansons ».
« Je ne suis pas sûr de savoir ce que cela veut dire, pour être honnête", a réagi Cohen, provoquant  des rires dans l'auditoire. « Est-ce que c'est la pénitence appropriée pour Dieu ou pour l'homme ? Qui est à blâmer dans cette catastrophe ? Je n'ai jamais compris cela. »

Cocker a également posé des questions sur Banjo, une chanson qui utilise l'image d'un instrument flottant dans la mer. « Le banjo peut être un instrument marrant », a t-il dit. Après une pause éloquente, un Cohen impassible continue : « C'est hilarant, si c'était un Stradivarius, ça ne serait pas si intéressant. »
« La mer serait pleine de marchands d'art plongeant pour le sauver », a-t-il conclu.
Cocker a répondu en demandant à Cohen s'il savait qu'en argot des Sheffield, banjo  est un mot pour dire sandwich, parce que la personne qui en mange fait le geste d'en jouer en se débarrassant des miettes.

Le chanteur de Pulp a terminé en demandant comment Cohen avait reçu le Prix  PEN New England Award pour l'excellence littéraire de son travail.
« Ce que j'ai le plus aimé de cette récompense, c'est de la partager avec Chuck Berry, » a déclaré Cohen. « Roll over Beethoven and tell Tchaikovsky the news » - J'aurais bien voulu écrire ça. "

Quand la salle a pu poser des questions, Cohen a révélé qu'il est possible d'envisager une tournée après la sortie de l'album, malgré l'évanouissement sur la scène après un épisode d'intoxication alimentaire en Espagne il y a deux ans. Le chanteur a déclaré qu'il avait été « revigoré et illuminé » par sa dernière tournée. Les 247 spectacles offerts pendant les deux années ont  recueilli un vaste public et des critiques extraordinaires.

Avant de commencer cette tournée, M. Cohen avait déclaré: « Je n'avais rien fait pendant 15 ans, un peu comme Ronald Reagan dans ses années de déclin. Il se souvenait qu'il avait eu un bon rôle -.. Il a joué le président dans un film - Je me souvenais vaguement que j'avais été chanteur. Être de retour sur la route m'a vraiment rétabli comme travailleur dans le monde et c'était très satisfaisant. »

La tournée avait été rendue nécessaire par la situation financière de Cohen. Le chanteur a poursuivi son ancien manager pour avoir détourné 2,8 millions de £ de son fonds de pension alors qu'il était en retraite dans un monastère bouddhiste zen. Toutefois, Cohen a dit: « Quand j'ai fini la tournée, je n'avais pas envie de m'arrêter, j'ai donc écrit le disque. » Il a ajouté qu'un nouvel album et une tournée sont probables.

Lorsqu'on lui a demandé si le fait d'avoir deux petits-enfants lui fait penser à son héritage artistique, Cohen a déclaré: « Je ne peux pas associer ces petits êtres avec n'importe quel idée plus large, comme un héritage. C'est juste une joie d'être dans la présence de cette expression étonnante du destin de la famille.. »
En février dernier, Lorca, la fille de Cohen a eu un bébé avec Rufus Wainwright. Cohen a nié qu'un duo avec Wainwright était prévu. « […]. »

Le premier album de Cohen a été publié en 1968. J. Cocker dit à L. Cohen qu'il avait trouvé le caractère rudimentaire de son jeu à la guitare « émouvant », en dépit des commentaires plein d'auto-dérision de Cohen à ce sujet. Le chanteur dit qu'en Angleterre, les critiques « avaient d'abord déclaré que je connaissais trois accords alors que j'en savais cinq ».
Il a également révélé qu'il n'aurait jamais écrit son premier roman, The Favourite Game, en 1959, sans sa logeuse d'Hampstead, à Londres, qui menaçait de le jeter dehors s'il n'écrivait pas trois pages par jour.

Lorsqu'on lui a demandé comment correspond la nouvelle chanson, Darkness, avec les vers si célèbres d'Anthem, écrit en 1992, « there is a crack in everything, that's how the light gets in, » Cohen a répondu: « Là, vous me laissez bouche bée ! »

Après quelques interventions de Cocker, il a finalement divulgué: « C'est juste la chanson qui permet à la lumière d'entrer. C'est la position de l'homme debout face à quelque chose d'irrévocable et d'inflexible, chantant sur ça. C'est la position de Zorba le Grec : lorsque les choses tournent vraiment mal, vous pouvez juste lever votre verre, taper vos pieds et danser une petite gigue. Et c'est tout ce que vous pouvez faire ».



Cette interview de Leonard Cohen par Jarvis Cocker a eu lieu le 18 janvier à Londres. Je pensais que Leonard Cohen avait prévu une seule conférence, je me réjouis de savoir qu'il est en forme et qu'il va se donner l'occasion de rencontrer la presse plus longuement.
* (rag and bone shop of the heart) Merci à Polyphrène pour l'aide à la traduction de Yeats, toutes les autres corrections sont bienvenues.


« Dernière édition: 06 Février 2012, 08:56:13 par lesperluette » Journalisée
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« Répondre #1 le: 19 Janvier 2012, 16:46:23 »

Merci, Lesperluette, pour ce gros et ardu travail de traduction !
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« Répondre #2 le: 19 Janvier 2012, 18:05:35 »

Je n'ai que deux mots à dire : bra-vo !  Wink

Et un immense merci...
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Il est vrai que le clown est triste quand le rideau tombe enfin (Reinhard Mey)
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« Répondre #3 le: 19 Janvier 2012, 23:05:24 »

Sur la même soirée, l'article du Telegraph :
http://www.telegraph.co.uk/culture/music/rockandpopmusic/9025547/Leonard-Cohens-Old-Ideas-album-new-gems-from-an-old-master.html

L'album Old Ideas de Leonard Cohen : nouveaux joyaux d'un vieux maître
Le nouvel album de Leonard Cohen, Old Ideas nous offre un ravissement inattendu, dit Bernadette McNulty.


PAr Bernadette McNulty
4:03PM GMT 19 Jan 2012


Être invité par une maison de disque à écouter un nouvel album en exclusivité est généralement un cadeau empoisonné, surtout si le musicien est présent en personne. Lorsque vous êtes assis dans une pièce sans fenêtre, assailli par des chansons inconnues hurlant dans vos oreilles avec un volume insupportable, la moindre des politesses vous oblige à effacer de votre visage toute autre expression que le ravissement, sous l'œil attentif de la star et de son entourage.
Il n'y avait pas besoin de tels efforts hier soir quand Leonard Cohen est arrivé à Londres pour dévoiler son dernier album Old Ideas. Pénétrant dans l'hôtel Mayfair, habillé comme un gangster distingué, avec son beau costume croisé anthracite et siglé, il a poliment ôté son chapeau devant l'auditoire. « Ne vous inquiétez pas », a-t-il dit avec un sourire espiègle avant que la musique ne commence,  « je ne vais pas m'asseoir en face de vous ».
Cela a donné le ton parfaitement approprié de l'album, rempli de classiques de Cohen : textes poétiques, philosophiques et drôles, combinés à d'exquises mélodies sinueuses et à des harmonies délicates. L'effet des huit nouvelles chansons était quasiment magique et hypnotique. S'adressant à l'ancien chanteur de Pulp, Jarvis Cocker, Cohen a dit ensuite : « Je pense que cet album vous invite notamment à vous laisser emporter ».
Aujourd'hui, le chanteur-compositeur canadien, surnommé affectueusement  Len Le Rieur, est surtout connu pour son légendaire et solennel Hallelujah, repris des centaines de fois.  Old Ideas croise dans ces mêmes eaux de l'allégorie religieuse et de l'aspect spirituel inhérent aux représentations les plus intimes des relations amoureuses. Cependant on perçoit davantage les thèmes liés au vieillissement, teintés par un humour qui n'appartient qu'à lui. La chanson d'ouverture, Going Home présente une forme d'autoportrait d'une grande acuité, où Cohen, se définit  traîtreusement comme  «  un sportif et un berger,  un sale type paresseux qui vit dans un costume  » S'il fallait réduire l'album à un seul adage, ce serait :  « Fais-les rire, fais-les pleurer ».
Néanmoins, ce serait bien injuste de définir Cohen de sale type paresseux ! Alors que l'album arrive huit ans après son dernier grand CD, Dear Heather, Cohen a expliqué qu'il n'a jamais cessé d'écrire, qu'il travaille lentement à cause de son perfectionnisme douloureux, caractère qui l'a amené à écrire jusqu'à 80 vers pour Hallelujah. « Mon problème, c'est qu'avant de pouvoir jeter un seul vers, il me faut finir de polir le premier. Ça prend beaucoup de temps ».  Il a ajouté : « Je n'ai jamais l'impression d'avoir fini de travailler. Pour le marché, on pourrait croire qu'il ne se passe rien, mais l'atelier ne s'est jamais arrêté. »

« Dernière édition: 19 Janvier 2012, 23:07:14 par lesperluette » Journalisée
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« Répondre #4 le: 20 Janvier 2012, 08:08:45 »

On continue avec l'article de Sylvain Cormier, de "DEVOIR.COM" (Québec) :

http://www.ledevoir.com/culture/musique/340678/le-retour-de-leonard-cohen-les-vieilles-idees-sont-les-mieux-habillees

ATTENTION : le titre "BANJO" est en écoute à la fin de l'article !
Je n'ai pas le temps d'approfondir, et ni eu le temps de bien écouter non plus, mais je tenais à poster avant de filer !  Smiley
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« Répondre #5 le: 22 Janvier 2012, 23:41:09 »

Leonard Cohen's listening session in London

Extraits :

Overall, the album is a classic LC, with songs that talk about love and life and are "dressed" with simple music, Cohen's deep voice, and female backing vocals. An intimate record, just like we're used to with LC. With LC's words, it's an album that "invites one to be swept along with it".
 
1. Going Home – 3.50, Patrick Leonard/Leonard Cohen
An amazing song. LC talks about himself in the third-person, in a not very flattering way. This song is streamed on the New Yorker website, something that has never been done before.
 
2. Amen – 7.39, Leonard Cohen
A rather long song but not boring at all with a violin.
 
3. Show Me The Place – 4.08, Patrick Leonard/Leonard Cohen
Musically, if there were no background female vocals, this could be a Tom Waits song. LC sings with a piano and a very deep voice. The lyrics though follow Leonard's classic style, intimate and honest.
 
4. The Darkness – 4.30 Leonard Cohen
Accompanied by the Webb Sisters and keyboards, LC sings about darkness and the end in a black-humorous way.
 
5. Anyhow – 3.09, Patrick Leonard/Leonard Cohen
A dark but rather humorous song.
 
6. Crazy To Love You – 3.08, Anjani Thomas/Leonard Cohen
LC plays the guitar and sings a song written with his friend Anjani Thomas. The song was originally in Anjani's album "Blue Alert".
 
7. Come Healing – 2.53, Patrick Thomas/Leonard Cohen
Leonard mixes spiritual and carnal once again.
 
8. Banjo – 3.26, Leonard Cohen
Beautiful song, with an interesting jolly melody, and interesting pictures.
 
9. Lullaby – 4.48, Leonard Cohen
Ethereal song with harmonica and a repetitive melody.
 
10. Different Sides – 4.10, Leonard Cohen
Along with a piano, LC sings about two different sides in a relationship.
 
Read more: http://www.hit-channel.com/sinenteuxeis/xenoi-kallitexnes/english-version/item/5837-leonard-cohens-listening-session-in-london#ixzz1kEIIpkjY
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Il est vrai que le clown est triste quand le rideau tombe enfin (Reinhard Mey)
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Waiting for the miracle


« Répondre #6 le: 23 Janvier 2012, 04:34:02 »

Lorsqu'on lui a demandé comment correspond la nouvelle chanson, Darkness, avec les vers si célèbres d'Anthem, écrit en 1992, « there is a crack in everything, that's how the light gets in, » Cohen a répondu: « Là, vous me laissez bouche bée ! »

Hahahahaha, j'en ai pour une semaine à la digérer celle-là.  Grin
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michel
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« Répondre #7 le: 25 Janvier 2012, 18:40:25 »

Paru dans le supplément culturel hebdomadaire "MAD" du quotidien "Le Soir" (Belgique) de ce mercredi 25 janvier - ainsi que sur Le Soir "on line ":
http://blog.lesoir.be/frontstage/2012/01/24/%C2%AB-le-tofu-de-nos-emotions-%C2%BB/
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« Répondre #8 le: 26 Janvier 2012, 11:47:55 »

Paru dans le quotidien "La Libre Belgique" de ce jeudi 26 janvier :

http://www.lalibre.be/culture/musique/article/715520/icone-cohen.html
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lesperluette
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« Répondre #9 le: 27 Janvier 2012, 09:31:48 »

Sur L'hebdo, suisse, écrit dans l'éblouissement par Christophe Passer !

http://www.hebdo.ch/comment_il_est_devenu_dieu_142875_.html
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« Répondre #10 le: 27 Janvier 2012, 09:54:04 »

Un autre long article du Guardian britannique, décidément très attentif à Leonard Cohen.

http://www.guardian.co.uk/music/2012/jan/19/leonard-cohen?intcmp=239
par Dorian Lynskey
guardian.co.uk, le jeudi 19 Janvier 2012 19.59 GMT


Leonard Cohen : « Mes chansons ne sont nourries que de ma propre expérience. »
Triste prophète, blagueur corrosif, cador repentant, Leonard Cohen, encore plus spirituel et sage, revient avec un grand album, Old Ideas.


Dans le documentaire Bird on The Wire, tourné en 1972 pendant une tournée mondiale particulièrement harassante, Tony Palmer a demandé à Leonard Cohen de définir la réussite. Cohen, alors âgé de 37 ans, connaissait à cette époque un échec relatif et le genre d'éloges qui ne paie pas les factures. Il a froncé les sourcils et répondu : « Le succès, c’est la survie. »

À ce compte-là, M. Cohen a eu beaucoup plus de succès qu’il n’aurait su le prédire. 40 ans plus tard, bien qu’il ait connu des revers de fortune, il peut entrer dans un salon d’apparat du célèbre Hôtel Crillon de Paris, pour recevoir une chaleureuse ovation. Habillé comme un gangster, il ôte son chapeau et sourit aimablement. Tout comme il le faisait chaque soir de la tournée 2008-10, celle qui a marqué sa miraculeuse renaissance artistique. Sa personnalité d’écorché vif dépressif, perceptible dans le documentaire Bird on a Wire, a évolué vers une certaine sérénité et, comme il le dit fréquemment, vers de la gratitude.

Aujourd’hui, Cohen n’accepte plus d’entretiens en tête-à-tête qu’avec la plus grande parcimonie, préférant une conférence de presse pour promouvoir son 12e album, Old Ideas, réflexion intime sur l’amour, la mort, la souffrance et le pardon. Après l’audition, il répond aux questions. Il a toujours été beaucoup plus drôle que ne le laissait présager sa réputation ; Il maîtrise son impassibilité à un niveau tel que chaque nouvelle question le met en valeur dans ce double rôle. Ainsi quand Claudia, du Portugal, lui demande de s’exprimer sur sa réputation d’homme à femmes : « Eh bien, au point où j’en suis, me définir comme un homme à femmes demande une bonne dose d'humour », répond-il. Steve, du Danemark, lui demande comment il s’imagine dans sa prochaine vie. « Je ne suis pas sûr de comprendre ce qu’on appelle la réincarnation, mais si cela existe, j’aimerais bien m’incarner en chien de ma fille. » Erik, également en provenance du Danemark, lui demande s'il est venu à accepter la mort. « Bien à contrecœur, j’en suis venu à la conclusion que j’allais mourir. », répond-il. « Alors, naturellement ces questions donnent à réfléchir. Mais, voyez-vous, je tiens à le faire en rythme. »

Cohen entre dans la catégorie des légendes sous-estimées. Pour ses fans et de nombreux auteurs-compositeurs, il est au meilleur niveau qui puisse exister. Cependant, il n'a jamais obtenu d’album de platine en dehors de son pays natal, le Canada, et, pour une raison ou une autre, la Norvège. Il dit qu’une certaine image de lui a été « saisie dans le logiciel », celle d’un poète coureur de jupons qui chante des chansons de « mélancoliques et désespérées » appréciées par ceux qui voudraient (ou pourraient) en écrire aussi. Ces temps-ci, le moteur de recherche dit qu'il a écrit Hallelujah, une chanson dédaignée sur un album qui n’a pas eu de succès, devenue une sorte d'hymne moderne par une alliance improbable de Jeff Buckley, Shrek et The X Factor.

Son auteur est né à Montréal le 21 Septembre 1934, trois mois avant Elvis Presley. Quand il a sorti ses premières chansons à New York, (Songs of Leonard Cohen, 1967), les agents lui ont demandé : « N'êtes-vous pas un peu vieux pour ce genre-là ? ». Il avait perdu son père dans son enfance, rencontré Jack Kerouac, il vivait une idylle bohème sur l'île grecque d'Hydra, il avait visité Cuba pendant la crise de la Baie des Cochons, et avait déjà été applaudi pour la publication de deux romans et quatre recueils de poésie. En bref, il avait déjà vécu, et cela donnait à ses chansons raffinées et mystérieuses une autorité morale. Les jeunes ont senti qu'il était initié à des secrets qu'ils ne pouvaient percer. Il n'était pas le meilleur chanteur, ni le meilleur musicien, ni l'homme à la plus belle apparence, mais il avait pour lui le charisme et les mots, et une pensée érotisée. Il a toujours été plus apprécié en Europe qu'en Amérique du Nord, peut être parce que son style était plus proche des chansonniers français et des chanteurs juifs que du folk américain.. Un article dans le journal folk Sing Out ! notait qu’ « aucune comparaison ne peut être établie entre Leonard Cohen et quoique que ce soit d’autre. »

Sous le feu des questions, il pourrait révéler certaines anecdotes sur ses chansons, comme celle de l'épouse de son ami, Suzanne Vaillancourt qui lui a vraiment servi « du thé et des oranges ». En réalité, elle servait un thé aromatisé au zeste d'orange. Ou bien, dire si Janis Joplin lui a jamais offert « une pipe sur le lit défait » de l'Hôtel Chelsea (oui, il regrettera plus tard sa franchise inélégante). Il ne dira jamais rien d’autre de leur signification.

Il résiste encore à les expliquer et son implacable autodérision pince-sans-rire fonctionne comme un très bouclier très efficace, très réjouissant aussi. Deux jours après Paris, Cohen apparaît à Londres pour une autre audition, organisée par Jarvis Cocker. Fan depuis l'adolescence, Cocker se heurte constamment à la réticence de Cohen qui ne veut pas s’aventurer dans la « mécanique sacrée » de la chanson, de peur qu'elle cesse d’agir. Les chansons lui viennent difficilement et quand il a une bonne idée, il persévère longtemps : Il lui a fallu deux ans et 80 versets potentiels pour venir à bout de Hallelujah. Pendant l’audition, un écran affiche les pages de ses carnets, noircies par les ratures et les versets abandonnés. « Il y a des gens qui composent dans la profusion », dit-il. « J'adorerais être l'un d'eux, mais ce n’est pas le cas. Vous ne pouvez faire qu’avec ce que vous êtes. »

La petite notoriété de Cohen a pâli en 1977 avec la sortie de Death of a Ladies' Man. Dans le studio d'enregistrement, un Phil Spector complètement fou a braqué un pistolet sur lui et mixé les chansons approximativement. En 1984, le magnat de Columbia, Walter Yetnikoff ne voulait même pas sortir Various Positions, l’album qui contient Hallelujah, en expliquant : « Voyez-vous, Léonard, nous savons que vous êtes exceptionnel, mais nous ne savons pas si vous êtes bon. » Cependant, l’album suivant, I'm Your Man, paré de synthétiseurs, d’un esprit acerbe et d’une voix semblable à une secousse sismique, lui a permis de recevoir une avalanche de louanges de la part de jeunes admirateurs dont Nick Cave et les Pixies. Sur des chansons comme First We Take Manhattan, Everybody Knows et The Future, sa dépression a pris des proportions quasiment géopolitiques. Il a dit à Mikal Gilmore, le journaliste : « Il est inutile de tenter de prévenir l'apocalypse. La bombe est déjà larguée. ». À Paris, quand l’un d’entre nous lui demande ce qu'il pense de la crise économique actuelle, il répond simplement : « Everybody Knows ».

En 1993, Cohen n’est pas oublié de son public, mais il traverse une passe difficile. Cohen se retire six ans dans un monastère du mont Baldy, en Californie, auprès de son vieil ami et maître zen Kyozan Joshu Sasaki, qu'il appelle Roshi et qui a aujourd’hui104 ans. « Ce vieux professeur ne parlait jamais de religion » dit Cohen à l'auditoire de Paris. « Il n'y a pas de dogme, il n'y a pas de culte ou de prière adressée à une divinité. Seulement la volonté de vivre dans une communauté. »

Quand il a quitté le Mont Baldy, sa dépression chronique a finalement disparu. « Quand je parle de dépression », dit-il sérieusement, « je parle d'une dépression clinique qui plombe votre vie entière à cause de l'angoisse et l'anxiété, le sentiment que rien ne va, que le plaisir ne vous est pas accessible et que tous vos efforts sont voués à l'effondrement. Je suis heureux d'annoncer que, par étapes imperceptibles, grâce à de bons enseignants et un peu de chance, cette dépression s’est lentement évanouie et n'a plus reparu avec la même férocité qui avait prévalu pendant la plus grande partie de ma vie. » Il pense que c'est peut-être un effet de son âge avancé. « J'ai lu quelque part qu’en vieillissant, les cellules de votre cerveau qui meurent les premières sont celles qui sont responsables de l'anxiété. Dans ce cas, peu importe la manière dont vous vous soumettez à diverses disciplines. Vous allez commencer à vous sentir beaucoup mieux ou bien pire selon le l'état de vos neurones. »

Est-ce vraiment si simple ? La tonalité caractéristique de ses chansons peut-elle vraiment être expliquée par la biochimie d’un cerveau malheureux ? Récemment, il a déclaré à sa biographe, Sylvie Simmons, que dans tout ce qu'il a fait, il a « seulement essayé de se battre contre ses démons. Juste essayé de les maîtriser." Il a brièvement flirté avec la scientologie, comme avec le judaïsme et le bouddhisme zen. S’il ne s'est jamais marié, il a eu plusieurs liaisons importantes, notamment avec Joni Mitchell, l’actrice Rebecca De Mornay et la femme qui lui a donné deux enfants dans le début des années 70, Suzanne Elrod (pas La Suzanne de la chanson). Il était un sacré buveur et fumeur, il a aussi essayé divers produits. Pendant la tournée de1972, celle du documentaire Bird on a Wire, il avait baptisé son groupe The Army et lui, il était surnommé le Capitaine Mandrax à cause de son sédatif préféré.

Dans ce film, il apparaît amer et épuisé : un « rossignol rompu » s'adressant au public avec un humour grinçant. Pourtant, lors de sa dernière tournée, il a exprimé sa profonde reconnaissance pour tous les encouragements et les applaudissements. « J'ai été touché par l'accueil, c’est vrai. » dit-il. « Je me souviens qu’en Irlande, l’accueil était si chaleureux que les larmes me montèrent aux yeux et j'ai pensé que je ne pouvais pas être vu pleurant comme ça, je me suis retourné et j'ai vu les larmes des musiciens."

Cette dernière tournée a été déclenchée en partie par nécessité financière, après que son agent ait détourné la quasi-totalité de ses économies. Était-il réticent à retrouver la route ? « Je ne sais pas si réticence est le mot exact, plutôt appréhension ou nervosité. Nous avons répété vraiment longtemps, plus que ce qui était nécessaire, mais on n'est jamais vraiment certain… ». Il espère qu’il y aura d’autres concerts et un autre album dans un an ou deux. Il est déjà plus vieux que Johnny Cash l’était quand il a sorti son dernier album. Bientôt sa longévité artistique aura dépassé celle de Frank Sinatra. Sur le dos d'un de ses carnets, il a écrit : « à garder pour la fin du livre, pas pour tout de suite. »
À Paris, après la conférence de presse, je me suis discrètement introduit dans une arrière-salle pour un rare tête-à-tête avec Cohen. De près, il a une présence apaisante, la courtoisie du vieux monde se mêlant avec le Zen, et sa voix teintée au noir de fumée est aussi rassurante qu’une berceuse. Je lui ai demandé si le long et douloureux processus d'écriture de ses chansons venait plus facilement.

« Eh bien, vous savez, nous parlons d’un monde où des gens descendent dans les mines, mâchant de la coca et dépensant chaque jour dans un travail éreintant. Nous sommes dans un monde où la famine règne, où des gens esquivent des balles et ont leurs ongles arrachés dans des prisons. De sorte qu’il est vraiment difficile pour moi de replacer le travail que je fais pour écrire sur une échelle de valeur. Ouais, je travaille dur, mais comparé à quoi ? »

A-t-il appris quelque chose en les écrivant ? A-t-il résolu quelques idées de cette manière ?

"Je pense que vous élaborez quelque chose. Je ne dirais pas des idées. Je pense que les idées sont ce que dont vous voulez vous débarrasser. Je n'aime pas vraiment les chansons avec des idées. Elles peuvent résonner comme des slogans. Elles ont tendance à être dans l’orthodoxie des choses : l’écologie ou le végétarisme ou le pacifisme. Ce sont là des idées merveilleuses, mais je tiens à travailler sur une chanson jusqu'à ce que ces slogans, aussi formidables qu’ils puissent être, et aussi salutaires que puissent être les idées qu'ils promeuvent, se dissolvent dans les convictions les plus profondes du cœur. Je n'ai jamais cherché à écrire une chanson didactique. C'est juste mon expérience. Tout ce que je dois mettre dans une chanson, c'est ma propre expérience. "

Dans Going Home, la chanson d’ouverture d’Old Ideas, une ligne mentionne « un manuel pour vivre avec la défaite ». Est-ce qu'un auditeur peut en apprendre davantage sur sa vie en écoutant ses chansons ?

« Une chanson agit à plusieurs niveaux. Elle agit au niveau dont vous venez de parler, où elle répond au cœur aux prises avec les épreuves et les défaites, mais elle peut aussi faire la vaisselle et le ménage. Elle peut aussi servir à faire la part des choses ».


Est-ce qu’une nouvelle reprise de Hallelujah est un hommage qu'il s'est lassé de recevoir?

« Il est arrivé que des gens demandent : pourrions-nous avoir un moratoire sur Hallelujah, s'il-vous-plaît ? En-avons nous un pour chaque événement et chaque idole ? Une ou deux fois, j’ai senti que j'aurais peut-être du la faire taire, mais à bien y penser, non, je suis très heureux qu’elle soit chantée. »

Dirait-il encore que le succès, c’est la survie. ?

« Ouais », sourit-il. « C'est bien assez pour moi. »
« Dernière édition: 27 Janvier 2012, 11:03:10 par lesperluette » Journalisée
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« Répondre #11 le: 27 Janvier 2012, 16:11:06 »

http://www.linternaute.com/musique/pop-rock/old-ideas-de-leonard-cohen.shtml
par Jérôme MORLON

Old Ideas : pourquoi Leonard Cohen est toujours au sommet
Alors que sort son premier disque depuis 8 ans, une réussite totale, retour sur quelques éléments de la longue carrière de Leonard Cohen, le poète-chanteur-canadien immensément respecté.
« Dernière édition: 27 Janvier 2012, 18:50:23 par lesperluette » Journalisée
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« Répondre #12 le: 27 Janvier 2012, 16:17:36 »

http://www.lemonde.fr/m/article/2012/01/27/impeccable-leonard-cohen_1634792_1575563.html
Le Monde
Y. P.


OLD IDEAS : Impeccable Leonard Cohen
    
Alléluia ! L'homme au chapeau, celui qui dansait une valse lente en costume noir sur la fin de l'amour, avec Suzanne ou Marianne, est de retour. Huit années qu'il ne nous avait pas donné de nouvelles chansons. Après ses ennuis avec sa manageuse partie avec la caisse et ses économies, il dut entamer pour se renflouer une longue tournée, qui l'empêcha d'écrire quoi que ce fût. Autant dire que les vieilles idées d'Old Ideas, on les attendait avec impatience. Le résultat est à la hauteur. Elégant. Sobre. D'une impeccable distance. Avec cette inimitable voix rauque, qui psalmodie des mélodies pleines de tact, où il est juste question de ces petites interro-gations ordinaires et quotidiennes communes à tous. Le premier morceau, Going home est une splendeur. Le reste, très bluesy, pour une fois, est à la hauteur. Bref, l'album événement du début d'année.
« Dernière édition: 27 Janvier 2012, 18:54:01 par lesperluette » Journalisée
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« Répondre #13 le: 27 Janvier 2012, 18:47:10 »

Bel article sur le site des Echos.
Bon, la soirée au Crillon et les rares paroles de Leonard, vous les connaissez déjà par cœur, mais réjouissons-nous de l'hommage  unanime de la presse, d'autant que l'esprit et l'humour de notre homme semblent contagieux. On se sent tous intelligents et drôles.

http://www.lesechos.fr/journal20120127/lec1_les_echos_week_end/0201857824498-leonard-et-la-maniere-280736.php
Les Echos 27/01 | 07:00 | mis à jour à 07:51
par Thierry Gandillot


Leonard et la manière
Jeune homme de soixante-dix-sept ans, Leonard Cohen est venu présenter à Paris son nouvel album, « Old Ideas ». L'occasion de prouver qu'il est toujours l'homme des idées neuves.

« Dernière édition: 27 Janvier 2012, 18:55:43 par lesperluette » Journalisée
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« Répondre #14 le: 28 Janvier 2012, 17:46:59 »

Bien sûr, les articles continuent avec la même tonalité mais voir les gros médias faire la fête à Léonard Cohen, …
Il y a aussi un article  dans la version papier de l'hebdomadaire, page 14.

http://www.parismatch.com/Culture-Match/Musique/Actu/Leonard-Cohen-a-de-la-suite-dans-les-idees-373367/
Paris Match
culture-match | samedi 28 janvier 2012
Par Benjamin Locoge

Leonard Cohen a de la suite dans les idées
Après le succès de sa tournée mondiale, le chanteur publie enfin un nouvel album « Old Ideas ». Il le présentait à Paris à la presse européenne. Récit.

 
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