Leonard Cohen Forum
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Auteur Fil de discussion: Leonard Cohen et la Bible  (Lu 32567 fois)
Patrice
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If it be your will...


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« Répondre #15 le: 12 Février 2012, 22:40:26 »

Ah mais si, siiii !  Smiley

Je confirme en tous points !!! Cheesy
Et j'applaudis, émerveillé.

Bon, j'ai fait le déplacement indispensable mais vu l'ampleur du chantier, une autre migration n'est pas exclue.
Est-ce qu'un sujet par chanson serait plus facile?
A mon avis oui, car on va vite se retrouver avec un sujet de 40 pages que personne ne lira...
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Il est vrai que le clown est triste quand le rideau tombe enfin (Reinhard Mey)
deodatus
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« Répondre #16 le: 13 Février 2012, 10:09:42 »

Je ne pense pas qu'il soit nécessaire d'ouvrir un sujet par chanson. Il n'y aura pas toujours autant à dire que sur la seconde strophe de "Suzanne"...
La preuve : voici les autres références bibliques possibles (ou probables) relevées dans d'autres chansons de "Songs of Leonard Cohen" (1967

MASTER SONG :
"and now you come back to bring your prisoner WINE AND BREAD" :
le pain et le vin sont-ils une lointaine allusion au repas de la Cène ?
Voire au pain et au vin fournis par Melkisédeq, Roi de Salem, à Abraham en Genèse 14 v. 18 ? Peut-être sont-ils ici plus prosaïquement les symboles de l'accueil et de l'hospitalité...

THE STRANGER SONG :
"he was just same Joseph looking for a manger"= "il était juste comme Joseph à la recherche d'une mangeoire / crèche":
l'allusion au récit de la Nativité est ici évident. Joseph arrivant à Bethléhem est à la recherche d'un abri pour lui et Marie, sa fiancée enceinte (Luc 2 v. 4-7)

STORIES OF THE STREET :
"oh, take me to the slaughterhouse,
I will wait there with the lamb" : "O emmène-moi à l'abattoir, j'y attendrai comme l'agneau".
Léonard met-il un L majuscule à Lamb dans le texte original (comme dans "Amen" ?) Dans ce cas la référence biblique est évidente. Elle reste probable : Esaïe 53 v. 7 : "...il (le Serviteur du Seigneur) n'ouvre pas la bouche, comme l'agneau traîné à l'abattoir". Verset appliqué au Christ par la tradition chrétienne : Actes 8 v. 32-33

ONE OF US CANNOT BE WRONG :
"the duty of lovers is to tarnish THE GOLDEN RULE":
Juste pour info : la "Règle d'Or", commune à la majorité des religions et traditions spirituelles est habituellement formulée négativement : "ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu'ils te fassent". En Matthieu 7 v.12, Jésus la formule positivement, et par conséquent la radicalise et la rend plus exigeante : "tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux".

Une dernière problématique me taraude :
dans "SO LONG MARIANNE", Léonard chante :
"I forget to pray the angels..." : existe-t-il dans le judaïsme des courants spirituels qui prient les anges ? Dans la mystique juive ? La Cabbale ? Ca ne me semble pas impossible. Je vais mener mon enquête auprès d'un rabbin érudit... Ce thème de la prière aux anges revient, me semble-t-il dans plusieurs chansons de LC (mais je suis incapable de citer les titres de mémoire, sorry !). Il ne peut venir que du judaïsme, car pour le Nouveau Testament, la prière ou le culte des anges relève de l’idolâtrie, et par conséquent de l'hérésie : cf. Colossiens 2 v. 18


« Dernière édition: 13 Février 2012, 10:44:38 par deodatus » Journalisée
lesperluette
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« Répondre #17 le: 13 Février 2012, 14:44:32 »

Bravo ! J'en veux encore même s'il tout cela mérite d'être creusé. (aller/retours vers les textes cités)
Les anges n'ont-ils pas une grande place dans le mysticisme rosicrucien ? Ça a intéressé Cohen dans les années 70, non ?

Deodatus, quand tu en seras à Recent Songs, voudras-tu te pencher sur THE GIPSY'S WIFE ?

[…] she’s dancing on the threshing floor
Je la visualise sous les traits de Ruth, peinte par Chagall. Je suis bien incapable de resituer toute son histoire. Qu'en penses-tu ?
« Dernière édition: 13 Février 2012, 14:58:29 par lesperluette » Journalisée
deodatus
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« Répondre #18 le: 13 Février 2012, 18:17:07 »

Je ne suis pas spécialiste du rosicrucisme, qui est en fait une gnose, comme il en existait déjà aux temps apostoliques (c'est justement contre les gnostiques que l'apôtre Paul bataille dans plusieurs de ses épîtres, dont celle aux Colossiens d'où est tirée la référence citée plus haut). Il est tout à fait possible que les anges jouent un rôle important dans les doctrines gnostiques qu'on retrouve sous différentes formes dans la nébuleuse ésotérique du New Age.
En ce qui concerne "The gipsy's wife", je n'en suis pas encore là. Merci cependant de m'avoir rendu attentif dès à présent à ce "threshing floor" qui m'aurait peut-être échappé ! Dans la belle histoire de Ruth la Moabite (tu peux la relire en entier dans le court livre biblique qui porte son nom), il est effectivement beaucoup question de l'aire de battage du blé. Mais il n'est dit nulle part, si je ne m'abuse, que notre héroïne y ait dansé ! Il est toutefois possible que Léonard ait établi un lien entre Ruth et sa gitane. Pourquoi, sinon, l'avoir fait danser justement sur une aire de battage, et non autour d'un feu de camp par exemple ! Je n'y avais pas pensé. C'est intéressant. Merci !
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« Répondre #19 le: 13 Février 2012, 21:22:46 »

Il y a trente ans, j'ai eu un professeur de peinture dont l'empreinte est encore active. Il "croyait" aux anges. (il en voyait mais n'a jamais été interné, à ma connaissance Cheesy). Il avait lui même suivi l'enseignement d'André Lhote et vouait un immense respect à Yves Klein. Deux grands artistes du XXe dont les liens avec les Rose-Croix sont certains.
Je suis d'accord pour limiter le chantier à la Bible et suivre la chronologie des albums, c'est un bon début de méthode.
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« Répondre #20 le: 13 Février 2012, 22:15:40 »

Léonard semble prier les anges, ou du moins compter sur leur intercession.
Je vous avais promis une petite enquête à ce sujet (cf. "So long Marianne")
Voici la réponse très érudite et détaillée d'un ami rabbin qui vient de me parvenir que je vous reproduis telle qu'elle :

"On prie les anges dans tous les courants du judaïsme. Cela commence avec la prière du soir que récitent les enfants (ou qu'ils devraient réciter): C'est la bénédiction de Yaakov sur ses enfants:
הַמַּלְאָךְ הַגֹּאֵל אֹתִי מִכָּל רָע יְבָרֵךְ אֶת הַנְּעָרִים וְיִקָּרֵא בָהֶם שְׁמִי וְשֵׁם אֲבֹתַי אַבְרָהָם וְיִצְחָק וְיִדְגּוּ לָרֹב בְּקֶרֶב הָאָרֶץ
L'ange qui m'a racheté de tout mal, bénira tous les enfants et que mon nom soit rattaché à eux et au nom de mes pères Avraham et Its'hak,et qu'ils grandissent dans la multitude au milieu de la terre.
(Genèse 49:16)

Pour le reste, les anges sont associés dans les prières comme intercesseurs auprès du Père.
Dans la Kabbale, notamment dans le Zohar- Exode 43 (le livre de la splendeur) les anges sont très présents, mais toujours comme intercesseurs. Certains sont plus importants que les autres.Les Erelim sont les plus hauts avec Michaël à leur tête.Viennent ensuite  les Ishim avec Tsefania et les Bnei Elohim avec Ofniel.
Ce que l'on désigne communément comme "ange" en hébreu (Malakh) sont en quatrième position sous la conduite d'Uriel. Viennent ensuite les Hasmalim avec Hashmal, les Tarshishim avec Tarshish, Les Shinanim avec Zadkiel,les Cheroubim avec Cheroub, les Ophanim avec Raphaël et les Seraphim avec Leohel.

Pour être à peu près complet sur la question, il faut savoir que dans un autre ouvrage kabbalistique "Masseret Atzilout" on propose un ordre différents avec 10 catégories d'anges.Les Shinanim viennent en 4° position avec Gabriel. Et pour compléter la sauce et rajouter à la discussion, Maïmonide propose une liste différente de 10 catégories d'anges parmi lesquels il met en premier les Hayot, êtres de sainteté dirigés par l'archange Métatron.
Il faudrait deux bonnes heures de cours pour aborder le sujet tant il est vaste. Mais j'ai essayé de faire au plus court (ce qui pour un rabbin est toujours un challenge...)". Rabbin Yonathan Levi (Israël)
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Bernardt
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If I forget Thee


« Répondre #21 le: 14 Février 2012, 13:31:42 »

"from his lonely wooden tower" : allusion possible à la croix (en bois), du haut de laquelle le Christ contemple les humains...
Bonjour,

Cela semble bien être le bois, expression employée dans le Deutéronome (Dt 21/23), et citée dans l'épître aux Galates (Gal 3:13). Le bois est celui de la pendaison, et, plus tard, de la crucifixion (supplice romain comme chacun sait).

"until the sea shall free them" :
dans la Bible, la mer a une valeur symbolique. Elle représente le repère des forces démoniaques hostiles à Dieu, qui essayent sans cesse de menacer l'ordre de la Création établit par Dieu (qui a mis "une limite à la mer", donc qui a endigué la puissance des forces démoniaques).
La mer peut aussi être assimilée au séjour des morts. Elle est citée à côté de ce dernier dans Apocalypse 20 v. 13 : "...et la mer rendit ses morts"...
L'allusion à ce verset est lumineuse.

"but himself was broken" :
le pain eucharistique que le Christ a rompu et partagé avec ses disciples la veille de sa mort, représente son corps ROMPU sur la croix. (Luc 22 v. 19). Le Christ donne sa vie, pour que le séjour des morts puisse "recracher" ses prisonniers.
La mer n'a pas  pour le Judaïsme (mais également pour d'autres civilisations) une connotation positive (nous sommes pas dans l’image des lagons bleus propre aux dépliants touristiques). Je vois également dans cette allusion l'histoire de Jonas, qui "se" sacrifie pour sauver les marins de la tempête: préfiguration de Jésus pour les Chrétiens.

On sait que le baptême représente cette nécessaire mort, par la plongée dans l'eau (certaines églises pratiquent encore aujourd'hui le baptême par immersion), passage indispensable pour renaître.


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Cordialement,

Bernard
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« Répondre #22 le: 14 Février 2012, 14:00:38 »

Merci pour ces commentaires complémentaires.
J'avais aussi pensé à Jonas, en ce sens qu'il est, lui aussi, "libéré", rejeté sur le rivage, mais non par la mer, mais par le grand poisson qui l'avait avalé. C'est pourquoi j'ai choisi de renoncer à cette hypothèse. Ce n'est pas la mer qui "rend" Jonas, mais le poisson !
J'avais aussi pensé à la symbolique du baptême, en particulier à 1 Pierre 3 v. 20-21 où il est question de Noé et des siens qui furent sauvées par ou "à travers l'eau". Et l'apôtre commente : "c'était l'image du baptême qui vous sauve maintenant"... Mais je pense très sincèrement que là nous nous éloignons très loin du sens que LC a voulu mettre dans ses vers...!
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« Répondre #23 le: 14 Février 2012, 15:35:36 »

du sens que LC a voulu mettre dans ses vers...!

Nous n'en saurons rien, ce qui n'empêche pas de donner à tous des clefs pour ouvrir les placcards. Leonard Cohen a dit lui même qu'il voulait que les gens entrent dans ses chansons et s'y promènent comme ils l'entendent mais que si un seul avait la curiosité d'ouvrir une porte pour aller plus loin, il travaillait dur pour qu'il ne puisse pas être déçu.

J'ai cherché les occurences du mot Ange dans les chansons. Il y en a beaucoup moins que je ne le pensais :

So Long Marianne, dont tu as parlé
I forget to pray the angels...

The law
[…] I fell with my angel
Down the chain of command


Paper Thin Hotel
[…]You are The Naked Angel In My Heart

The Window
[…]Oh darling of angels, demons and saints

Closing Time
[…]And my very sweet companion
she’s the Angel of Compassion


Ain’t No Cure For Love
[…]There ain’t no drink no drug
(Ah tell them, angels)
There’s nothing pure enough to be a cure for love


Tower Of Song
[…]And twenty-seven angels from the Great Beyond
They tied me to this table right here, In the Tower of Song


Amen
[…]Try me again when the angels are panting
And scratching at the door to come in
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deodatus
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« Répondre #24 le: 14 Février 2012, 17:53:31 »

Merci, Lesperluette, pour les résultats de cette recherche !
Je me rends compte que j'avais surtout en mémoire les occurrences intervenant dans "So long Marianne", "Tower of song" et "Amen". Ce sont les seules où les "anges" sont de "vrais anges" susceptibles de nous intéresser pour notre sujet...
Tu as raison, il y en a beaucoup moins que je m'imaginais ! Je viens de me renseigner à l'instant auprès de mon ami rabbin à propos des "27 anges du Grand Au-delà" de "Tower of song".
A sa connaissance ce chiffre de 27 ne correspond à aucun texte connu (de lui). Il est question de 7 anges dans le Livre de Daniel, mais comme il dit, "il en manque encore 20 " ;-) Donc ces 27 anges ont probablement une simple fonction poétique à cet endroit. Je n'aurai plus besoin de revenir sur la question le moment venu.
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« Répondre #25 le: 17 Février 2012, 18:40:57 »

Songs from a room (1969)

"Story of Isaac" :
cette chanson évoque l'histoire du sacrifice d'Isaac, racontée dans la Bible dans Genèse 22 v. 1-19.
Dieu demande à Abraham de lui sacrifier son fils, Isaac, pour mettre à l'épreuve sa foi.
Ce récit est parfois appelé "la ligature d'Isaac" puisqu'en fin de compte l'enfant n'est pas sacrifié : un ange retient le bras d'Abraham et lui demande de substituer un bélier à son fils.
Dans la chanson de LC, l'épisode est narré par l'enfant auquel Léonard donne 9 ans, alors que la Bible ne précise par l'âge de l'enfant.
Les détails de la strophe 2 ("we stopped to drink some wine"...) sont également inventés par le poète.
Léonard Cohen a très bien saisi le sens principal de cette histoire : l'interdiction des sacrifices humains, des sacrifices d'enfants spécialement :
"you who build the altars now to sacrifice these childrens,
YOU MUST NOT DO IT ANYMORE"
Certain sémites de l'Ouest (cananéens) pratiquaient les sacrifices d'enfants à un dieu nommé MOLOK (de la racine MLK qui signifie "roi".  voir II Rois 23 v. 10).
Ils étaient immolés par le feu en l'honneur de cette divinité.
Certains rois d'Israël, malheureusement, ont adopté cette pratique (II Rois 16 v. 3; 21 v. 6) qui constitue une ABOMINATION aux yeux du Dieu d'Israël. Le récit de Genèse 22 a pour but de la condamner sans appel !
Les Pères de l’Église ont vu dans le sacrifice d'Isaac une préfiguration de celui de Jésus Christ.
Dieu a épargné Isaac, le fils d'Abraham, mais il a accepté le sacrifice libre et volontaire de son propre fils...
Le Coran fait allusion à cette scène sans nommer (intentionnellement !) le fils qu'Abraham doit immoler. Pour la tradition musulmane, il s'agit d'Ismaël (le fils qu'Abraham a eu avec Agar, sa servante égyptienne, mais qui n'est pas le fils de la Promesse. Voir Genèse 16 v. 4).
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« Répondre #26 le: 17 Février 2012, 20:54:36 »

"Songs from a room" (1969)

Il y a une seconde chanson sur cet album qui contient des thématiques bibliques, c'est "The Butcher"  !
Je comprends cette chanson comme une interrogation de l'auteur face au "scandale" du sacrifice du Christ sur la croix. (C'est en fait tout à fait cohérent avec "Story of Isaac" !!!)

"I came upon a butcher, HE WAS SLAUGHTERING A LAMB"!
Le "boucher" (G-d ?) est surpris entrain de mettre à mort un agneau (le Christ Jésus, présenté comme tel dans le Nouveau Testament. Jean 1 v. 29 par exemple).
"I accused him there with his tortured lamb"... LC exprime l'accusation fondamentale : pourquoi cet agneau doit-il souffrir ? Pourquoi cette torture ? Dieu est "un boucher". Accusation souvent reprise au sujet du "Dieu cruel qui sacrifie son propre fils" !
"He said, listen to me, child,
I am what i am and YOU, YOU ARE MY ONLY SON"
L'allusion au "fils unique" est troublante et limpide à la fois !
Le Christ Jésus est bien, dans les écrits néo-testamentaires, "le fils unique de Dieu" qui donne sa vie pour le salut du monde (Jean 3 v.16).
Ici, c'est l'agneau lui-même qui interroge le "boucher" sur le sens de son immolation ! Curieux...
Autre hypothèse : et si cet "agneau" était une "figure corporative" qui représente toute une catégorie ou un groupe de personnes.
Et s'il représentait le peuple juif ? (le boucher.... la Shoah !).
De telles personnalités corporatives existent dans la Bible. Par exemple dans Esaïe 53 où le "Serviteur souffrant du Seigneur" a parfois été interprété comme l'image du peuple d'Israël ...

"I saw some flowers growing up
where the lamb fell down..."
Je ne sais plus qui a dit que "le sang des martyrs est la semence de l'Eglise"... LC semble suggérer que le sang répandu de l'agneau porte du fruit : des fleurs poussent là où il tombe. Image de la résurrection ?
De la vie plus forte que la mort ?
Ou de la renaissance toujours nouvelle du peuple juif  dont aucun "boucher" ne peut venir à bout ?
 
"was i supposed to praise my Lord,
make some kind of joyful sound ?"
On retrouve l'interrogation perplexe de la première strophe : comment interpréter, comment comprendre tous ces signes : l'agneau mis à mort ? le sang versé qui fait jaillir la vie ?
Faut-il entonner un "cold and broken Halleluja"..... ?

"He said : listen,... to me now,
I go round and round, and you, you are my only child".
L'histoire n'est pas finie... à vrai dire elle commence seulement.
Dieu est un globe trotter qui parcourt le monde en long et en large.
Par l'Esprit du Ressuscité ? Par la parole de ses témoins par qui il est présent au monde ? Par le signe que représente le Peuple de l'Alliance toujours debout ? Mystère ?

Le sens de la dernière strophe me paraît encore plus hermétique, mais on y retrouve un vocabulaire à consonance biblique : "blood", "my son"...
Dieu semble brisé par ce qui est arrivé à son fils ou à son peuple :
"i'm broken down  from a recent fall" (la Passion du Fils unique ou la Shoah ?) Le "sang sur  mon corps" peut aussi bien s'appliquer aux plaies de la Passion, qu'aux souffrances endurées par le peuple juif dans les camps de la mort... Dans cette dernière hypothèse, Dieu s'identifierait à son peuple, et particulièrement à son peuple souffrant. Ce qui est très biblique (Deutéronome 32 v. 10; Matthieu 25 v. 40). La "glace sur mon âme" (ici upon my soul) me fait penser à la parole du Christ au jardin de Gethsémané, la veille de sa mort: "mon âme est pleine d'une tristesse de mort"... (Matthieu 26 v. 38)
Quant à la dernière phrase de la chanson :
"lead on, my son, it is your world" elle évoque pour moi la dernière parole du Christ dans l'évangile selon Matthieu : "voici je suis avec vous jusqu'à la fin du monde" (28 v. 20). Le Christ est le chemin (Jean 14 v.6), le Berger ("lead on" !) qui ouvre la route à ceux qui veulent le suivre... (Jean 10 v. 11, 27).



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« Répondre #27 le: 18 Février 2012, 14:48:43 »

Songs of love and hate (1971)

LAST YEAR'S MAN :
"Bethlehem the bridegroom" : pourquoi Bethléem, lieu de naissance du Christ selon les évangiles, est-elle assimilée à un "fiancé" ?
"Babylone the bride" : et voilà le pendant féminin, tout aussi étrange !
Dans la Bible "Babylone" est le symbole par excellence du pouvoir totalitaire hostile à Dieu.
Dans l'Ancien Testament : l'élite du peuple d'Israël fut déportée à Babylone après la destruction de Jérusalem, en 587 av. JC, par les armées du roi de Babylone, Nabuchodonosor. L'éxil dura jusqu'en 513, où un édit du roi perse, Cyrus, autorisa les exilés à retourner dans leur patrie.
Dans le Nouveau Testament : Babylone la grande "("Babylone the great was naked...) est aussi appelée la grande prostituée. Cf. Apocalypse chapitres 17 et 18). Dans le livre de l'Apocalyspe, Babylone est le nom codé désignant Rome, et l'empire romain en général, qui incarne une sorte de puissance anti-christique en raison des persécutions que subissent les chrétiens sous Domitien,vers la fin du 1er siècle.

"Some women wait for Jesus, and some women wait for Caïn" :
Jésus représente-t-il l'innocent, la victime, et Caïn son antithèse, la fratricide, le meurtrier, le coupable ?
Selon Genèse 4 v. 1-16, Caïn a tué son frère cadet Abel par jalousie.
Ce fratricide est présenté comme la première conséquence de la Chute : l'Homme, chassé du paradis terrestre, tue son frère...
LC semble jouer sur l'opposition entre Jésus et Caïn dont il fait deux "archétypes". Cette intuition est confirmée par un des vers suivants :
"Jesus was the honeymoon, and Caïn was just the man".  Huh

"So I hang upon my ALTAR and I hoist my AXE again" :
Réminiscence de "Story of Isaac" ? :
"and his AXE was made of gold",..."you who build the ALTARS now..."

"and we read from pleasant BIBLES..."
"and all the rain falls down. AMEN" :
"Amen" (cf. la chanson homonyme de "Old Ideas") signifie "c'est vrai, j'approuve, je suis d'accord, ainsi soit-il !"
Du mot hébreu "(A)èMouNah" dont la racine désigne "ce qui est solide, digne de confiance" et que l'on peut traduire par "Fidélité, loyauté".


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« Répondre #28 le: 22 Février 2012, 12:13:32 »

New skin for the old Ceremony  (1974)

IS THIS WHAT YOU WANTED

Deux allusions bibliques sans incidence particulière sur le sens de la chanson:
"You where JESUS CHRIST, my Lord"
(Tu étais Jésus-Christ, mon Seigneur")
"You where the whore and the beast of Babylone"
(Tu étais la prostituée et la Bête de Babylone) :
allusion à Apocalypse 17 et 18 où Rome (la Rome impériale !) est ainsi nommée cf. "Last years man"


LOVER, LOVER, LOVER :
je considère cette chanson comme la chanson spirituelle par excellence !
Elle est truffée de références bibliques pour quiconque sait la décrypter avec les lunettes adéquates...
J'y vois une véritable "confession des péchés" ou un homme implore le pardon et la grâce de Dieu.

Le titre (ou le refrain !) peut paraître trompeur. On pense que Léonard Cohen entonne la complainte d'une amante éconduite qui supplie son amant de revenir vers elle... Il n'en est rien.
Le "lover" dont il est question est très probablement Dieu.
En effet, c'est comme un époux et comme un amant trompé que Dieu se présente par exemple dans le livre du prophète Osée (2 v. 16, 21)

"father" : c'est ainsi que Jésus nomme Dieu : "Abba" (mot araméen signifiant "papa", "mon cher père") Ex : Marc 14 v. 36.
C'est ainsi que ses disciples sont invités à l'invoquer : Matth. 6 v.  9.
C'est un privilège pour les chrétiens, en tant qu'enfants de Dieu, de pouvoir appeler Dieu "Abba" : Romains 8 v. 14-17, Galates 4 v. 6)

"change my name" : dans la Bible, le nom désigne l'être profond d’une personne, et sa vocation. Changer de nom, c'est changer de destinée, de vocation... Ex : Abram devient Abraham (Genèse 17 v. 5); Saraï devient Sarah (Genèse 17 v. 15); Jacob devient Israël (Genèse 32 v. 29); Simon devient Pierre (Matthieu 16 v. 17-18).

"the one I'm using now is covered up with fear, and  filth, and cowardice, and shame" : "celui que je porte (= l'homme que je suis) est couvert de crainte, d’obscénité, de lâcheté et de honte" : peut-on imaginer confession des péchés plus explicite ?

REFRAIN : "Lover, lover...come back to me !"
le pécheur supplie Dieu de revenir vers lui.
Dans l'Ancien Testament, lorsque Dieu est "fâché", il se détourne de son peuple, il détourne de lui son visage, il se tait. L'absence ou le silence de Dieu sont considérés comme une grande malédiction.
Lorsque le peuple ou un homme a péché, il supplie Dieu de "revenir" vers lui : psaume 6 v. 5; 90 v. 13; Esaïe 63 v. 17 etc...)

Strophe 2 : "I locked you in this body... you can use it for a weapon, or to make a women smile".
Thème du libre arbitre. Chaque être humain a le choix d'user à sa guise des dons, talents, capacités, potentialités, que le Créateur a placés en lui.
Nous pouvons en faire bon ou mauvais usage...
(Thème du choix dans Deutéronome 30 v. 15; Romains 8 v.5-6; Matthieu 7 v. 13-14; 6 v. 24)

Strophe 3 : "please... then let me start again" : le pécheur qui revient vers Dieu a décidé de prendre un nouveau départ. Thème de la "nouvelle naissance" : Jean 3 v. 3; 2 Corinthiens 15 v. 17. Ce nouveau départ, parfois signifié par un changement de nom (voir ci-dessus), est comme une seconde naissance pour un être nouveau, entièrement recréé, renouvelé de l'intérieur par l'action de l'Esprit Saint jusque dans son caractère, sa mentalité (Romains 12 v. 2).
("I want a face that's fair this time. I want a spirit that is calm" !)

Strophe 4 : réponse de Dieu typiquement biblique :
"ce n'est pas Moi qui me suis éloigné, détourné de toi..." mais..."c'est TOI qui a construit le temple, c'est TOI qui a recouvert mon visage" !
("it was you who built the temple, it was you who covered up my face")
Dieu reproche à son interlocuteur d'avoir "construit le temple" !
Curieux. C'est le projet qu'avait fait le roi David. Mais Dieu lui a fait savoir par le prophète Nathan qu'il ne le souhaitait pas et que c'est à son  fils, Salomon, qu'il reviendrait de le réaliser.  (2 Samuel 7 v. 1-7, 12-13)
Léonard Cohen pointe par conséquent une désobéissance à la volonté de Dieu, comme si David avait malgré tout mis son projet à exécution !
Par sa désobéissance (qui constitue son péché), l'être humain "couvre" lui-même le visage de Dieu, alors qu'il pense que c'est Dieu qui s'est écarté de lui.

Strophe 5 : "may it be a SCHIELD for you":
le thème du "bouclier" est aussi répandu dans la Bible.
Ainsi Dieu est un "bouclier" pour le croyant, ou pour son peuple :
psaume 3 v. 4; 5 v. 13; 18 v. 3; 28 v. 7; 32 v. 20 etc... Proverbes 30 v. 5
Genèse 15 v. 1; Deutéronome 33 v. 29; 2 Samuel 22 v. 3...
La foi est un "bouclier" pour le croyant :  Ephésiens 6 v. 16


« Dernière édition: 22 Février 2012, 14:09:41 par deodatus » Journalisée
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« Répondre #29 le: 22 Février 2012, 14:01:10 »

Deodatus, je suis enchantée de la richesse de tes éclairages sur Lover Lover Lover.  Je n'ai jamais pensé que le Lover en question puisse être un(e) amant(e) éconduit(e) mais ces références ne doivent pas figer la compréhension des uns et des autres.

en 1974 : http://www.youtube.com/watch?v=NfqNb28z-Hk&feature=related
introduction et sous-titres en français

2010 - Tel Aviv Israel
http://www.youtube.com/watch?v=1yp33zVZRIo
« Dernière édition: 22 Février 2012, 14:03:06 par lesperluette » Journalisée
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