Leonard Cohen Forum
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Auteur Fil de discussion: - DIAZ MUCHACHAS EN BABYLONE - Cohen transFGL (1)  (Lu 22647 fois)
lgransec
Invité
« le: 08 Janvier 2003, 20:29:53 »

- DIAZ MUCHACHAS EN BABYLONE -
Cohen trans-FGL
(part 1)

Federico Garcia Lorca inspirateur de Leonard Cohen, ai-je appris sur ce forum. Thanks, internautes cohéniens. Je me suis baigné dans FGL et voici en retour –ça sert à ça, un site, au retour, non ?- quelques notes de lecture de « Poésies III », et tout particuliérement de « Poète à New-York », traduit de l’espagnol chez Poésie/Gallimard.

Des points communs à tous les poètes, oui, la poésie comme anti-histoire, la poésie comme exorcisme de l’angoisse de mort. Mais il y a aussi dans ces deux poésies-là quelques remarquables Passages communs, peut-être:

 « Mais avant tout je chante une pensée commune qui nous unit aux moments sombres ou dorés. Le jour qui éblouit nos yeux, ce n’est point l’Art. C’est avant tout l’amour, l’amitié ou l’escrime ».  
(toutes les citations sont de FGL sauf mention contraire)

Mais il y a aussi des nuances certaines entre FGL et Cohen dans la manière par laquelle « (... ) la cendre neutre [du] vers suscite l’argile et le jour d’un été souverain » : qui nous gagnera-t-il à la Lumière ?  Terre-mère ou Enfant ?  Pretty women ou Muchachas ?


J’m’explique un peu.



L’AMOUR

Dans « Take this Waltz» de Cohen, Diaz Muchachas (jeunes filles) sont devenues ten « Pretty » Women (attirantes jeunes femmes): Cohen a glissé, surfé de la clairvoyance de l’enfance à la complexité adulte du mystère, il a pris en apparence un chemin plus détourné vers l’origine. FGL n’éclipse pas pour autant le thème de la femme-origine: « Te voir nue, c’est se rappeler la terre » mais chez lui, l’enfant-victime est un leitmotiv supplémentaire, une lumière attaquée, en péril. Cohen vient plus tard que FGL dans le temps des hommes, 40 ans plus tard, et la toile du profit matériel que FGL a découverte dans la frénésie envahissante de New-York s’est maillée à toute l’écorce de la planète, nous sommes nés embabylonés de toute part, l’enfant a étouffé. Et seule la Femme peut maintenant nous rendre la lumière. Et  dans « Petite valse viennoise », toujours, « seul existe au grenier un petit berceau qui se rappelle de toutes les choses » de FGL devient « il y a un grenier où jouent les enfants, où je suis vite allé m’allonger avec toi » chez Cohen. Plus d’évidence de Lumière, le clair mystère de l’enfance est trop loin. La renaissance selon Cohen passe par une plongée dans le chaos du monde adulte, et par l’alchimie de l’amour.

La femme déesse-nostalgie, terre-mère à l’origine du monde d’aujourd’hui et aussi de l’espoir de demain, existe aussi chez FGL mais sans y avoir la même exclusivité que chez Cohen :

« Une aube de jacinthe illumine ma main
quand j’écris ton nom d’encre et de cheveux d’ébène
et voudrait dans la cendre neutre de mon vers
susciter l’argile et le jour d’un été souverain .
(...)
Dans ce duel à mort pour la plus pure poésie,
(...) tes dons sont des soleils d’ancienne joie qui brillent.
O brune jeune fille à la fine ceinture ! »

Féminine nature du tout possible. L’homme, lui, même jeune, même très jeune, est déjà trop calculateur, embabyloné :

« Amour en chambre close et baisers limités,
dans la constante peur de la lampe finale. »

Origine et femme.
« La licorne voulait ce que la rose oublie ».



L’ESCRIME (OU L’UNION DES CONTRAIRES)

Yin et Yang. Projet-méthode taoïste repris dans le bouddhisme. Assemblage et cohabitation des contraires. Vers une juxtaposition spontanée des antagonismes. FGL propose lui aussi cette voie :
« Deux moitiés opposées (...) s’emmèlent en chantant.
Monde, voici un terme à ta désespérance »

et pose ainsi le germe de ce qui sera développé dans la gnose cohénienne. André Belamich le résume superbement, dans sa préface à Poésies III: « Amour orgiaque de la vie, d’un côté ; aspiration éperdue, de l’autre, à remonter au néant ». Remontée par le « lumineux orient de la main qui caresse ». Union des contraires que l’on retrouvera partout chez Cohen, qui nous surprendra souvent quand nous chercherons une clef dans ses textes, lui qui « aurait voulu garder le souvenir des pistes indiennes sur la 5ème avenue » (Les Perdants Magnifiques). Et chez FGL aussi parfois, la femme comme chemin pour réconcilier ces contraires :

« J’ai vu deux aigles tout de neige
et une fille toute nue.
L’ un était l’autre
et la fille n’était personne. »

La subtile escrime taoïste en pensée commune, mais pas de clef, pas de clef, une vibration à suivre, et un perpétuel recommencement de la quête :

« Tu ne trouveras auberge dans mes secrètes pupilles que l’amour laisse orphelines à mon coeur déjà défait ; mais je cherche le jardin où se repose ton style.


DANSE DE LA MORT
(in Le Poète à New-York)


Assemblage des contraires ... cependant chez FGL la critique du modèle de société occidental, tel qu’il l’a découvert à New-York, ce monde en voie de mondialisation mercantiliste, est beaucoup plus nette que chez Cohen. Parce que la société mercantile a une victime principale, l’enfant, et que l’enfant est le diamant de FGL :

« Du sphinx au coffre-fort il y a un fil tendu qui traverse le coeur de tous les enfants pauvres »

On croirait du Cocagnac. On croirait de l’Allwright. Une veine de FGL bien proche du protest-song...

« ... ce sont les hommes froids (...) qui boivent à la banque des larmes d’enfant morte ... » (oui, encore une Muchacha)

« L’aurore vient et nul ne la reçoit dans sa bouche parce qu’il n’y a là ni matin ni possible espérance. Parfois les pièces de monnaie en essaims furieux percent et dévorent des enfants abandonnés ».

De ce regard sur l’enfant victime, « dernier poète (abandonné) de ce monde qui veut devenir grand »  (J. Brel), émerge un regard de compassion, un regard intense du poète sur le malheur, l’angoisse, le combat de notre monde au quotidien :

« ... et il y a des bateaux qui veulent qu’on les regarde pour pouvoir sombrer tranquilles ».



Il y a aussi, enfin peut-être, pour que demain naisse un autre assemblage nouveau, pour mettre un terme aux larmes de douleurs, pour libérer pendant qu’il en est temps encore l’origine emprisonnée, il y a une vision messianique du monde, une prémonition de la destruction de cette société mondiale mercantile, une folie-fureur de 11 septembre, et Cohen y retrouve encore FGL :

FGL
« Car les cobras siffleront aux plus hauts étages, et les orties feront frémir cours et terrasses, et la Bourse sera une pyramide de mousse, et viendront des lianes après les fusils, bientôt, oui, bientôt, bientôt. Ah ! Wall Street ! Le masque noir ! Voyez le masque noir ! Comme il crache un poison de forêt sur l’angoisse imparfaite de New-York ! »

LC
« Ils m'ont condamné à vingt ans d'ennui pour avoir tenté de changer
le système de l'intérieur. Me voici, me voici pour les récompenser.
D'abord, nous prenons Manhattan (...).
Je suis guidé par un signe du ciel. »

Masque noir des Ancêtres, des hommes chassés de leurs terres, de l’Origine, des Exploités, des Cultures perdues, des cultures écrasées. Angoisse devant l’imparfait assemblage des contraires, à recommencer, à retenter, à survivre.

(suite dans message suivant...)
Journalisée
lgransec
Invité
« Répondre #1 le: 08 Janvier 2003, 20:32:42 »

(Diaz Muchachas en Babylone, suite)

L'AMOUR

L’ESCRIME (OU L’UNION DES CONTRAIRES)

DANSE DE LA MORT

JE M’ENVOLERAI MELE A L’AMOUR ET AUX SABLES

Le désespoir à son comble de FGL contemplant la croissance de New-York :

« Agonie, agonie, rêve, ferment et rêve.
Tel est le monde, ami, agonie, agonie.
Les morts se décomposent sous l’horloge des villes,
la guerre passe en pleurant avec un million de rats gris,
les riches donnent à leur maîtresses
de petits moribonds illuminés,
et la vie n’est pas noble, ni bonne, ni sacrée.
L’homme peut, s’il le veut, conduire son désir
par la veine du corail ou par un nu céleste. »

Cohen s’est arrêté à ce niveau de désespoir là. Juste après, juste après dans le recueil de poèmes de FGL, c’est Petite Valse Viennoise, c’est l’échappée, la fuite hors de New-York. Et Cohen a chanté dans « Take this Waltz » ce retour à la civilisation, valse, exorcisme par la femme, exorcisme de la misère de l’enfant-homme écartelé.

« A Vienne il y a dix jeunes filles (... )
Il y a de fraîches guirlandes de pleurs.
Prends cette valse qui se meurt dans mes bras.
(...)
Je veux, mon amour, mon amour, laisser,
violon et sépulcre, les rubans de la valse.»

Fraîcheur et joie de la ville à échelle humaine, de la maison familiale où les enfants ont leur place et où on s’aime, fraîcheur de l’âme et de la folie et des fêtes et de l’appétit d’une ville à part entière, pas le paradis, pas l’enfer, une culture, des hommes, des histoires en rencontres. C’est l’envol vers l’amour, la remontée hors de l’abîme. « Love calls you by your name », dira un jour Cohen.


Pour FGL la quête reste inachevée dans cette existence matérielle, il n’y aura pas de solution ici-bas, il l’a toujours su - ou toujours craint -:

« Je ne pourrai me plaindre si je n’ai pas trouvé ce que je cherchais ; mais j’irai vers le premier paysage d’humidités et de battements pour comprendre que ce que je cherche aura son but d’allégresse, quand je m’envolerai mélé à l’amour et aux sables »

L’amour qui tire vers le haut : « duel du soleil avec les créatures de chair vive », femme et lumière ; les sables qui retiennent notre corps grossier : « pierres sans suc ». Un grand classique des mystiques, des bardes, des passeurs, quoi.

« Seules celles qui meurent en couches savent à l’heure suprême que toute rumeur sera pierre et toute trace battement ».


Mais c’est vraiment au travers de l’enfant et pour l’enfant que FGL cherche, désespérément sans doute, mais cherche sa Terre:

« Je reste avec l’enfant nu que piétinent les ivrognes de Brooklyn (...)
C’est la terre si joyeuse, l’imperturbable nageuse,
que je trouve dans l’enfant et dans les petits êtres (...)
O Diane, Diane, Diane vide ! (...)
C’est la terre, mon Dieu ! La terre que je cherche,
Chemin plus exigeant mais quête désespérée ici bas ... »

tandis que Cohen tente, par l’assemblage accepté des opposés, une renaissance offerte par la femme. Vision millénariste d’un monde qui s’écroule mais renaît, Demeter, nouvelle Terre-mère qu’il faudra aimer encore. Mais si les hommes aiment, seul Dieu seul engrosse et fait rejaillir le mystère, l’enfant, et Cohen le kabbaliste le sait bien.
Journalisée
Céline
Invité
« Répondre #2 le: 09 Janvier 2003, 02:13:26 »

lgransec,

Superbe exposé.

(Quel dommage que l'hôte-ogre ait dévoré les archives du forum P2 où était stocké le lien sur Take This Waltz)

"tandis que Cohen tente, par l’assemblage accepté des opposés, une renaissance offerte par la femme. Vision millénariste d’un monde qui s’écroule mais renaît, Demeter, nouvelle Terre-mère qu’il faudra aimer encore. Mais si les hommes aiment, Dieu seul engrosse et fait rejaillir le mystère, l’enfant, et Cohen le kabbaliste le sait bien."

Est-ce que tu me permets de rajouter ma vision personnelle de cette perpétuelle obsession de la femme chez Cohen? - d'ailleurs c'est toi qui me l'avait fait remarquer.  Puisque j'ai découvert LC avec TNS,  ça ne me semblait pas si évident, mais pourtant ce l'est.

Ca me semble royalement illustré - le rêve étant la voie royale vers l'inconscient, et la poésie n'est-elle pas une sorte de rêve? -  la philosophie de la psychologie des profondeurs de Carl Gustav Jung.

Chaque humain possède en lui son contraire, le yin et le yang, oui, si on veut.

Pour lui, la femme, pour se relier avec le divin, doit s'unir avec son animus (son côté masculin) et l'homme avec son anima son côté féminin.  C'est donc l"Homme" ou la "Femme" idéale souvent recherché(e) de façon frénétique et parfois désespérée à  l'extérieur de soi.  Et évidemment, cette quête jamais satisfaite dans le processus d'amour romantique (ou peut être pour le temps des roses, comme on s'enivre), est sans fin et toujours à recommencer.  

La rercherche et la découverte de son amima (ou animus) fait partie du processus d'individuation et l'union de l'homme avec son anima (et de la femme avec son animus) crée l'être réalisé (sans doute - rectifie si je me trompe - ce que tu appelles "l'enfant"), celui qui est un avec l'univers (ou avec Dieu, si on veut).

Dans ce sens, la renaissance passe effectivement par l'union des contraires.

Dans le yoga, c'est encore plus près de ce que tu exprimes lorsque tu dis "seul Dieu engrosse".  Mais un peu long à expliquer.  Surtout c'est très technique, ça risque d'être ennuyeux.

Très heureuse d'avoir lu ta fabuleuse réflexion sur ces deux poètes que j'aime tant, qui enrichit la mienne .

Amitiés

C.
« Dernière édition: 08 Février 2003, 16:31:11 par Celine » Journalisée
lgransec
Invité
« Répondre #3 le: 09 Janvier 2003, 10:47:19 »

Citation
l'être réalisé (sans doute - rectifie si je me trompe - ce que tu appelles "l'enfant"), celui qui est un avec l'univers (ou avec Dieu, si on veut).
c'est exact. comme ça que je le pensais, I agree

Citation
la femme, pour se relier avec le divin, doit s'unir avec son animus (son côté masculin) et l'homme avec son anima son côté féminin.  (...) "seul Dieu engrosse". 

selon les kabbalistes: l'Homme a été crée homme ET femme. Dieu entre en relation uniquement avec cet être combiné, et il le féconde physiquement. Dieu épouse les couples. L'Homme est créé androgyne par l'âme.
"et il est écrit homme et femme il les créa, il les bénit et les appela du nom d'Adam. mais rappelle toi et garde le secret"

(les chrétiens mettent une virgule qui change tout: homme, et femme, il les créa. Or il n'y avait ni ponctuations ni espaces dans le texte de la Genèse)

Ces infos sont de Mr le Pr Tobie Nathan, Paris XII. merci à lui.

et dans le yoga ça dit quoi sur "Dieu seul engrosse" ?
Journalisée
Céline
Invité
« Répondre #4 le: 10 Janvier 2003, 01:50:51 »

Tobie Nathan, fait des choses super intéressantes, tu as le texte complet de ce que tu me dis là?

Pour le yoga, je vais faire le texte ailleurs et apporter ici ensuite un "produit fini", sinon, ça risque d'être un fouillis-bouillis incompréhensible trop compliqué ou au contraire trop simplifié.  Embarrassed

Alors à +

C.


« Dernière édition: 08 Février 2003, 16:31:51 par Celine » Journalisée
lgransec
Invité
« Répondre #5 le: 10 Janvier 2003, 12:11:22 »

Citation
"seul Dieu engrosse".  l'Homme a été crée homme ET femme. Dieu entre en relation uniquement avec cet être combiné, et il le féconde.

Tobie Nathan développe ça, entre autres choses passionnantes, dans "Pragmatique de la cohabitation des Dieux", un article qu'il a publié récemment dans la revue française "la croix", que je n'ai pas. Peut-être sur internet ?
J'ai des notes prises à une conférence, je les mettrai au propre et te les enverrai, Miss. Un jour....
Journalisée
Céline
Invité
« Répondre #6 le: 10 Janvier 2003, 18:37:33 »

Rien trouvé sur le net avec le titre, trouvé la revue, chercher dans archives, article pas repéré.  Echangerais bien tes notes contre les yoguiques explications (qui arrivent, qui arrivent!).

Ciao!
 Grin
C.
« Dernière édition: 08 Février 2003, 16:32:59 par Celine » Journalisée
Céline
Invité
« Répondre #7 le: 12 Janvier 2003, 20:40:45 »

Citation
et dans le yoga ça dit quoi sur "Dieu seul engrosse" ?

Grand Sec,

Mais j'ai bien l'impression que ta demande d'explication pour le yoga serait complètement hors contexte ici, et si tu es toujours aussi certain que tu la veux, je vais te la poster en courriel perso.  (Mais je t'avertis encore, c'est très ennuyant, que de la technique, genre monter un meuble Ikéa).

Ceci dit.  Je relis ton texte et j'apprécie encore.  Et aussi Tobie Nathan que je ne connaissais pas et qui est vraiment impressionant, une fenêtre sur un monde fantastique.  Merci encore.

La perception que tu sembles avoir de la quête du divin m'intringue.

Tu as vu la quête du divin à travers l'enfant dans la poésie de Fernando Pessoa, et dans celle de Federico Garcia Lorca, mais tu as été incapable de retrouver ça chez Cohen, parce que pour lui, ça passe par la femme.

Et tu dis que c'est à cause, du temps, de l'époque, le mercantilisme, l'"embabylonnement" que l'enfant s'est changé en femme.

J'ai l'impression -  et dis moi si je me trompe - que tu perçois la femme comme quelque chose d'impur et l'enfant, à l'opposé comme étant pur pureté (on ne peut pas faire plus pur que ça).  Est-ce parce que dans ton concept, il est asexué?  Je repense aussi à notre discussion sur la traduction par GA de Danse moi, vers la fin de l'amour.  "Danse moi vers les enfants demandant à naître en paix" où tu disais que ces deux mots "en paix" changeait toute la dimension.  Et moi j'ai répondu que la traduction "touche moi avec ta main nue ou avec ton gant de velours" aurait aussi changé toute la dimension de la chanson.

L'anima en l'homme a un côté sombre, certes, mais aussi un côté lumineux.  Le côté sombre étant la sorcière, Lilith, la maudite insoumise qui conduit l'homme à sa perte.  Le côté lumineux étant la vierge, la douceur, l'imagination, la créativité, etc. dont l'union avec l'homme conduit au divin.

Chez Leonard Cohen j'ai l'impression que la quête de l'amour romantique passant par la femme exprime plutôt le côté lumineux (bien que tenant compte aussi  du côté sombre - je pense spontanément à, et je fredonne ; "where, where is my gypsie wife tonight) de la femme, comme dans cet extrait de poème de Savitri qui est un autre bon exemple de l'homme en quête du divin se reliant avec son amima positive.

Une Femme était assise dans une lumière de cristal limpide :

Les Cieux avaient dévoilé leur splendeur dans ses yeux,

Ses pieds étaient de rayons de lune, sa face un soleil brillant,

Son sourire pouvait persuader un coeur mort et déchiré

De vivre encore et de sentir ses mains de calme.



Ensuite tu dis que, oui, pour toi "l'enfant",  est ce qui est pour moi, le côté lumineux de l'enfant,  l'être réalisé, neuf, celui qui a uni toutes ses contradictions, et renait au monde non pas parfait, mais unifié, un avec le grand tout.  On a tous du chemin à faire, en tout cas, moi.  Mais avant de renaître, il faut avoir affronté la vie, la vieillesse, la mort, son côté sombre et son côté lumineux et les avoir harmonisé, et non pas être resté indéfiniment d'un seul côté de la vérité, immature, ce qui peut être selon moi, le côté sombre de l'enfant.


Voilà.  Et j'achève de réfléchir à ma notion de Cohen le chaman et pourquoi je crois qu'il l'est, et ça s'en vient ça aussi, sauf que - à mon humble avis, ça risque d'être très très intéressant, contrairement aux explications yoguiques très techniques.  

Amitié, Grand Sec, et à tous,

Céline
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« Dernière édition: 08 Février 2003, 16:33:35 par Celine » Journalisée
Patrice
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If it be your will...


WWW
« Répondre #8 le: 13 Janvier 2003, 00:16:52 »

Impressionnant échange, les amis !. Smiley Je me sens tout petit...

Oui, Eric, certaines des phrases citées pourraient bien être du Cocagnac, du Porquet, du Allwright, c'est très bien vu. Et cette similitude est troublante à plus d'un titre.

Mais je voudrais surtout répondre à Céline. Déjà la quête, rien que ce mot, ça me fait penser au grand Jacques. Smiley
L'enfant dénué de sexe ?. Cool Pas trop d'accord, là.... Grin

Enfin, bon, l'écho (le retour) nous vient de Graeme Allwright lui-même dans "Pacific Blues":
Mais parlons d'autre chose. De l'amour et de la joie, et de l'enfant à naître,
l'espoir de toute l'Humanité, enfin un seul être...


Bon... j'aurais pu aussi mentionner directement Leonard qui dit (dans ses notes) "j'aime les enfants dans cette version" à propos de "Last Year's Man...
...une dernière fois, tous, tous ses enfants...
une chanson qu'un seul artiste a repris, c'est bien entendu notre Graeme national Smiley.

Autre similitude qui n'a rien à voir avec votre échange mais que j'aime bien.
Allwright traduit :
La pluie tombe sur l'homme de l'an passé.
Cohen dit en 1992 :
Un pessimiste, c'est quelqu'un qui attend la pluie et moi, je suis déjà tout mouillé.
J'adore cette phrase !!!.

Amicalement,
Patrice.
Journalisée

Il est vrai que le clown est triste quand le rideau tombe enfin (Reinhard Mey)
lgransec
Invité
« Répondre #9 le: 13 Janvier 2003, 10:07:29 »

Citation
J'ai l'impression -  et dis moi si je me trompe - que tu perçois la femme comme quelque chose d'impur et l'enfant, à l'opposé comme étant pur pureté (on ne peut pas faire plus pur que ça).

erreur, Miss. L'adulte comme "impur" ou disons plutot corrompu, soumis. Je suis pas si macho que ça quand même... et la femme ayant l'avantage sur l'homme d'être une déesse...

Citation
et moi, je suis déjà tout mouillé.
c'est exactement ce que je ressents, Patrice. L'homme (adulte, male ou femelle !) est dejà tout mouillé.

Citation
De l'amour et de la joie, et de l'enfant à naître, l'espoir

oui, c'est tout-à-fait dans cette veine là je pense...
Journalisée
Céline
Invité
« Répondre #10 le: 13 Janvier 2003, 19:02:03 »

Bonjour à vous deux, le Grand Sec et le Grand Tout Mouillé,

Je ne ferai pas un débat sur le sexe des Anges ou autres personnages célestes, tout le monde sait que les anges n'ont pas de sexe ou plutôt qu'il sont les deux. Huh  Enfin bref.

Citation
la femme ayant l'avantage sur l'homme d'être une déesse.

Tiens, c'est ce que certaines féministes ont reproché à Cohen, de ne voir que le côté déesse des femmes et pas du tout la femme elle-même.

Et pourtant moi, c'est ce que j'aime tellement de Cohen, il reconnait l'importance du féminin dans la vie de tous les jours.

L'accord parfait du yin et du yang.

Alors que notre monde était déséquilibré très fort du côté yang, il est, en bon insoumis qu'il est,  revenu encore et encore sur la puissance et l'importance du féminin.

Alors que le mouvement féministe bien amorcé, s'est tiré dans le pied en partie, en faisant des femmes surtout des clones des hommes.

Alors que la plupart des mâles chantaient l'amour-universel-mon-frère en ignorant la moitié du monde.

Ce que j'aime aussi de Cohen c'est que tout est vivant en lui, ce principe il n'a pas fait que le chanter, et l'écrire, il l'a fait vivre sur toutes les scènes du monde.

Je sais que je n'aurai jamais assez de mots pour exprimer ce que je ressens à ce sujet.

Pour le reste, le côté enfant, le côté adulte corrompu et tout ça, j'en discuterai dans mon opinion sur Cohen le chaman.  

A+, donc!

 Grin

c.
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« Dernière édition: 08 Février 2003, 16:34:27 par Celine » Journalisée
Céline
Invité
« Répondre #11 le: 13 Janvier 2003, 22:50:29 »



Citation
seul Dieu engrosse".  l'Homme a été crée homme ET femme. Dieu entre en relation uniquement avec cet être combiné, et il le féconde.                    

Pour cette phrase, j'ai encore ces idées qui m'arrivent et que je vous jette un peu en vrac, rapidement.

Pour une image cohenienne de ça, la chanson Suzanne, d'après moi en fait état tout de suite après la partie "documentaire" la première partie qui relate une vraie rencontre avec Suzanne.

Donc, ça commence avec "Jesus was a sailor".  Ensuite vient ce qui pourrait être la quête de Brel dont Patrice parle plus haut (si belle chanson).

Ensuite, vient la reconnaissance de la connaissance apporté par l'anima de l'homme unifié, donc, né de nouveau au monde (un enfant) un avec le tout.


There are heroes in the seaweed

There are children in the morning

They are leaning out for love

They will lean this way forever

While Suzanne holds the mirror



Ce n'est pas étonnant, d'ailleurs que plusieurs poètes et/ou mystiques disent la même chose dans des mots différents, et si semblables, puisque c'est le même voyage pour tous.

Amitiés,

c.


P.S. :  Il y a plus, dans cette chansons, pour "seulement les hommes perdus le voyaient" ça se rapporte avec la notion d'"impureté"  des adultes, mais ça, ce sont des idées que je vais développer - je le dis encore, je sais  - dans Cohen le chaman.
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« Dernière édition: 08 Février 2003, 16:34:51 par Celine » Journalisée
Céline
Invité
« Répondre #12 le: 14 Janvier 2003, 00:35:17 »

Encore moi!!   Grin

En cherchant pour l'explication technique yoguique, je suis tombée là-dessus, qui me semble pertinent dans cette discussion.

"Toute la vie est un yoga" et c'est de Sri Aurobindo (et de moi)


"Nous sommes à un âge plein des douleurs de l'enfantement, où toutes les formes de pensée et d'activité qui recèlent quelque fort pouvoir d'utilité ou quelque secrète vertu de persistance sont mises à une épreuve suprême et ont l'occasion de renaître.  Le monde d'aujourd'hui est comme un énorme chaudron de Médée où tout est coulé, mis en pièces, expérimenté, combiné et recombiné, soit pour périr et servir de matériaux épars à des formes nouvelles, soit pour émerger rajeuni et changé, prêt à un nouveau terme d'existence."

C'était tellement vrai à son époque et ce l'est encore plus à notre âge (give me back the Berlin Wall, give me Staline and St-Paul).

"Se dérober à la vie qui nous est donnée pour réaliser cette possibilité transfiguratrice, ne peut en aucun cas être la condition indispensable ni le but complet et ultime de notre suprême effort, ni le moyen le plus puissant de notre accomplissement.  Ce ne peut être qu'une nécessité temporaire, dans certaines conditions, ou un effort spécialisé très avancé qui peut s'imposer à certains individus afin de préparer l'espèces à une possibilité collective plus grande.  L'utilité véritable du yoga, son objet complet, ne peuvent être atteints que quand le yoga conscient dans l'homme, de même que le yoga subconscient dans la Nature, coincide extérieurement avec la vie, et que, une fois de plus, regardant à la fois le chemin et la réalisation, nous pouvons dire d,une façon plus parfaite et plus lumineuse :  "En vérité, la vie tout entière est un yoga".

Et Auroville est partout.

"La généralisation du yoga dans l'humanité sera la dernière victoire de la Nature sur ses propres lenteurs et ses propres déguisements.  De même que maintenant, par le mental progressif scientifique, elle cherche à préparer l'humanité entière au plein développement de la vie mentale, de même, par le yoga, elle cherche inévitablement à préparer l'humanité entière à l'évolution supérieure, la seconde naissance, l'existence spirituelle.  Et de même que la vie mentale utilise et perfectionne la vie matérielle, de même la vie spirituelle utilisera et perfectionnera l'existence matérielle et mentale afin d'en faire les instruments d'une expression divine.  L'âge de cet accomplissement est le Syta youga ou Krita youga légendaire, l'âge de la Vérité manifeste dans le symbole et du grand Oeuvre achevé quand la Nature dans l'humanité, illuminée, satisfaite et bienheureuse, repose au sommet de son entreprise.  C'est à l'homme de connaître les intentions de la Mère universelle sans plus longemps la mal comprendre et la mépriser ou en mal user ; à lui d'aspirer toujours à son idéal en se servant des très puissants moyens qu'elle recèle."



Voilà.  C'est tout.  Pour l'instant. Roll Eyes

c.

« Dernière édition: 08 Février 2003, 16:35:17 par Celine » Journalisée
Céline
Invité
« Répondre #13 le: 19 Janvier 2003, 20:06:52 »

Suite de mes élucubrations perso. sur Cohen-le-chaman.  Difficile de faire un texte avec tout le matériel que j'ai parce que ça devient une montagne à force,  mais voici, sous forme d'une citation de CG Jung,  un petit morceau de ce que je ressens quand je dis que ses incursions dans l'ombre et ses prestations artistiques sont transcendantes :


"Imaginez un homme qui soit assez courageux pour retirer, sans exception, toutes ses projections et vous aurez un individu qui aura pris conscience d'une ombre étonnamment épaisse. Un tel homme s'est chargé de nouveaux problèmes et de nouveaux conflits. Pour lui-même il est devenu une grande tâche, car désormais il ne saurait plus dire que "eux" font ceci ou cela, que "les autres" sont dans l'erreur et qu'il faut "les" combattre. Il vit dans la "maison de la réflexion sur soi-même", du recueillement intérieur. Un tel homme sait que tout ce qui va de travers dans le monde agit aussi en lui-même; si seulement il apprend à traiter avec sa propre ombre, il aura accompli quelque chose de réel pour le monde. Il aura alors réussi à résoudre au moins une partie, ne fût-elle qu'infinitésimale, des gigantesques problèmes irrésolus de notre époque."  - C.G. Jung.


A+

 Grin

c.
« Dernière édition: 08 Février 2003, 16:35:40 par Celine » Journalisée
lgransec
Invité
« Répondre #14 le: 31 Janvier 2003, 22:20:04 »

Citation
Dieu seul engrosse et fait rejaillir le mystère, l’enfant

Encore trouvé quelqu'un champion de l'assemblage des contraires (comme Cohen) et qui ne croit qu'en la vérité nue de l'enfant (comme FGL):
Monsieur Héraclite, -545, celui qui a dit "on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve" (tout change) ou aussi "le même chemin monte et descend" (belle image de l'union des opposés) et aussi:

"Vous devriez vous pendre et abandonner votre Cité aux enfants".
Qu'on pourrait traduire en allwrightien: "Gomme petit Bonhomme".

Et aussi  l'importance du Feu, élément premier et principe régulateur du tout, dans l'oeuvre d'Héraclite. On est en plein dans la gnose cohénienne, non? "Pour qu'elle brille il fallait qu'elle devienne fagot". Et une fois n'est pas coutume, regardez absolument la télé, dimanche soir sur la première chaîne (on aurait dû garder ce nom de chaînes pour notre boîte à images d'ailleurs): "oui, tu seras bientôt délivrée". Jeanne fut brûlée le lendemain. Mgr Cauchon avait peut être, comme nous en écoutant Cohen,  perçu un peu de sa lumière.

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