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Auteur Fil de discussion: Leonard Cohen : Québec / France  (Lu 9509 fois)
Jean-Philippe
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« le: 31 Décembre 2008, 18:37:50 »

Bonjour, je suis nouveau sur ce forum. Je suis du Québec et je suis un immense fan de Mr Cohen. J'étudie la littérature et me passionne aussi pour la traduction. J'ai pensé qu'il serait intéressant de comparer les diverses traductions des textes de Cohen. Ici, la plupart des ouvrages de Cohen traduits en France ne sont pas disponibles. Cependant, son ami de longue date, Michel Garneau, a fait un travail formidable en traduisant "Stranger Music" et "Book of Longing".

J'ai moi-même traduit quelques textes aussi (sans prétention) et me ferait plaisir de les partager.

On se tient au courant.
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Jean-Philippe
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« Répondre #1 le: 31 Décembre 2008, 19:14:47 »


Voici un poème tiré de "Spice-box of Earth" traduit par Garneau. Quelqu'un possède-t-il la version traduite en France ?


   V O Y A G E



   En t’aimant, chair contre chair, j’ai souvent pensé
   Voyager sans le sou vers quelque trône rustique
   Où un maître m’enseignerait à me faire une vie
   Loin de la douleur, à aimer seul
   Dans l’étreinte heureuse de la pierre et du lac.

   Perdu dans les champs de ta chevelure je ne l’étais
   Jamais assez pour oublier un chemin que je devais prendre ;
   À bout de souffle auprès de ton corps je ne pouvais épuiser
   La volonté qui m’interdit contrat, serment ou promesse,
   Et souvent, pendant que tu dormais je regardais avec terreur
   Plus loin que ta beauté.

                     À présent
   Je sais pourquoi beaucoup d’hommes se sont arrêtés
   Pour pleurer à mi-chemin entre les amours qu’ils quittent
   Et les amours qu’ils cherchent, et me suis demandé
   Si le voyage les mène quelque part –
   Les horizons gardent la ligne douce de ta joue,
   Le ciel venteux est un écrin pour tes cheveux.
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Jean-Philippe
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« Répondre #2 le: 04 Janvier 2009, 16:38:23 »

La version de M. Guiloineau est bien, mais je trouve certains passages pas clairs. Par exemple, "Perdu dans les champs de tes cheveux je n'étais jamais
Assez égaré pour perdre le chemin que je devais prendre;" est un peu redondant, non ? Et pourquoi, à la toute fin "boucle de cheveux" ? Le texte original dit seulement "hair" et non "lock of hair" comme dans "Famous Bleu Raincoat". Et puis, dans l'"étreinte innocente" ou l"'étreinte heureuse", ça je ne saurais trancher. En anglais, il dit "bruiseless" = littéralement "sans meurtrissure".  Voilà, je semble un peu extrême et pointilleux peut-être, mais les paroles de Leonard Cohen sont comme des textes sacrés pour moi, j'aime bien peser chaque mot.
Et vous qu'en pensez-vous ?

J'ajoute un autre poème version québécoise :

I S A Ï E


pour G. C. S.


Entre les montagnes d’épices
les cités brandissent la perle des dômes et la dentelle des clochers.
Jamais auparavant Jérusalem ne fut plus belle.
      Dans les temples sculptés combien de pèlerins
perdus dans les mesures du tambourin et de la lyre
se sont agenouillés devant la gloire du rite? 
      Bachelières en grâces les filles de Sion dansent,
splendides ainsi que la statuaire d’or,
de braves ornements à leurs chevilles parfumées.
      Gouverner se faisait en des palais.
Les juges, faisant leurs fortunes aux lois,
couchés et cosmopolites, célébraient la raison.
Le commerce florissait dans les rues
      tel un luxuriant jardin sauvage.
La monnaie brillait, gravée précise,
les sous neufs semblaient mouillés.

Alors pourquoi cette rage d’Isaïe et ces cris,
Jérusalem est en ruine,
      vos villes périssent par le feu?

Les odorantes collines de Gilboa
les bergers allaient-ils plus calmes,
les moutons plus gras, la laine blanche plus blanche ?
      Il y avait les figuiers, les cèdres, les vergers
où les hommes travaillaient tout le long du jour parfumé.
De neuves mines fraîches comme des chairs de grenade.
      Les voleurs avaient quitté les chemins,
      les grandes routes allaient droites.
Des années de blé étaient amassées contre la famine.
Les ennemis ? Qui sait un pays juste
      qui n’a pas d’ennemis,
mais les jeunes étaient forts, les archers rusés,
   leurs flèches exactes.

Alors pourquoi ce fou d’Isaïe,
dont l’odeur personnelle était assez sauvage,
pourquoi hurlait-il,
   Votre pays est ravagé ?

Maintenant je chante à ma bien-aimée
une chanson venue d’elle, de mon aimée 
touchant ses cheveux
d’un noir métal pur
   qu’aucun prince ne pourrait faire limaille,
de mon aimée touchant son corps
   qu’aucun parjure ne pourrait corrompre,
de mon aimée touchant son intelligence
   qu’aucun conseiller mécréant ne saurait enflammer,
de mon aimée touchant les montagnes d’épices
les faisant, au lieu que combustion, beauté.

Maintenant plongé en un amour indicible
Isaïe erre, choisi, titubant le long des murs de sculptures
achevant leur âge entier sous sa caresse
et tombant en poussière à son passage.
Il tournoie au-delà des nuages des clochers et des dômes
cachant à jamais le rite : le Saint Nom, murmuré,
se perd sur la langue du cantor ; toutes pages désertes,
les fidèles se frottent les yeux en leur agonie silencieuse.
Au cours de son voyage
les arbres lourds aux pieds desquels il dort
mûrissent jusqu’à la cendre et s’écroulent :
   de pleins vergers rejoignent le vent
en envols de corbeaux.
   Les rochers retournent à la mer, l’eau se gâte.
Et comme Isaïe doucement fredonne un son
qui rendrait son innocence au pays coupable,
   tous les hommes, en vérité dévastés, esseulés,
comme s’ils étaient témoins d’un miracle,
voient en la seule beauté leurs vrais visages.

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Jean-Philippe
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« Répondre #3 le: 07 Mars 2009, 21:54:07 »

Bonjour à tous, désolé de cette longue absence.

Voici un poème tiré de "Flowers for Hitler" traduit par Garneau. Quelqu'un pourrait-il me faire part de la traduction de la France ?

Aussi, je me demandais, je sais qu'il existe quelques livres de Cohen publiés à l'époque chez 10/18 qui s'appellaient "Poèmes et Chansons" en édition billingue.. je me demandais si les traductions parues dans "Stranger Music" sont les mêmes ou si elles ont été retravaillées. Même chose pour les poèmes tirés du livre "Mort d'un séducteur" (traduit par Serge Grunberg), sont-ce les mêmes que dans "Stranger Music" ? 

Merci à l'avance,
Sincèrement,
- Jean-Philippe       







C E    Q U E    J E    F A I S    I C I



   Je ne sais pas si le monde a menti
   j’ai menti
   Ne sais pas si le monde a conspiré contre l’amour
   j’ai conspiré contre l’amour
   L’atmosphère de la torture ne réconforte pas
   j’ai torturé
   Même sans le nuage en champignon
   j’aurais quand même haï
   Écoutez
   j’aurais fait les mêmes choses
   même s’il n’y avait pas de mort
   On ne me tiendra pas comme un ivrogne
   sous le robinet froid des faits
   Je refuse l’alibi universel

   Comme une boîte téléphonique vide vue de nuit
   et dont on se souvient
   comme les miroirs dans les halls des grands cinémas
   que l’on ne consulte qu’en sortant
   comme une nymphomane qui lie mille hommes
   en une étrange fraternité
   j’attends
   que chacun de vous avoue
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« Répondre #4 le: 08 Mars 2009, 23:48:44 »

Bonjour Jean-Philippe Smiley,

Je n'ai pas sous la main le tome I de "Stranger music" (paru en France chez 10/18 sous le titre "Musique d'ailleurs"), donc je te livre la traduction parue dans "Poèmes et chansons", tome I, qui est de Anne Rives et Allan Kosko et non de Jean Guiloineau, ce qui répond par la même occasion à ta question (plus précisément, les traductions du tome I de "Poèmes et chansons" sont soit de Rives et Kosko, soit de Jacques Vassal et Dominique Brierre, celles du tome II de J.C. Icart).

Personnellement, je préfère les traductions de "Poèmes et chansons", je trouve celles de Jean Guiloineau trop "littérales" et peu poétiques, un peu "froides", mais ce n'est que mon opinion !

En tous cas, j'aime beaucoup celle-là, qui en revanche est très "travaillée" :

CE QUE JE FAIS ICI BAS

Je ne sais si le monde a menti
moi j'ai menti
Je ne sais si le monde a conspiré contre l'amour
moi j'ai conspiré contre l'amour
L'ambiance des tortures n'est d'aucun réconfort
moi j'ai torturé
Le nuage-champignon n'eût-il jamais jailli
je l'aurais haï quand même
Ecoutez
tout ce que j'ai fait je l'aurais fait
quand même la mort ne serait pas
Je ne veux pas qu'on me tienne comme un ivrogne
sous le robinet glacé des faits
je refuse l'alibi universel

Comme une cabine téléphonique vide
qu'on se souvient avoir croisé la nuit
comme les miroirs d'un hall de cinéma
où l'on ne se regarde qu'à la sortie
comme une nymphomane qui réunit ses amants
en une étrange fraternité
j'attends
que chacun de vous
avoue

(Trad. Rives-Kosko)

Qu'en penses-tu ?
« Dernière édition: 09 Mars 2009, 00:15:37 par ladymidnight » Journalisée

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« Répondre #5 le: 09 Mars 2009, 00:34:35 »

Je ne me risquerai pas ici à une "guerre" des langues, Leonard ayant tranché pour moi à propos de "Book of Longing"... Grin

Voici un extrait traduit de ce qu'il m'a écrit :
"oui, mon ami Michel a fait une version en français, mais c'est une version québécoise et je voudrais que mon ami Jacques [Vassal, ndrl] fasse une traduction pour la France"
(fin de citation)
A noter que le mot québécoise était tél quel dans son mail écrit en anglais... Wink

Ensuite, il est intervenu personnellement à plusieurs reprises, c'est moi qui servait d'intermédiaire, il n'a pas souhaité donné son adresse mail à Jacques Vassal.

Sur le travail de Jean Guiloineau... j'aurais beaucoup de choses à dire... Grin je suis d'accord avec toi, LadyMidnight... les traductions sont sur le site simplement parce qu'elles sont officielles, non pas par goût personnel....
Disons qu'il a fait son job de traducteur, mais sans plus. Grin

Patrice
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« Répondre #6 le: 09 Mars 2009, 23:16:44 »


Sur le travail de Jean Guiloineau... j'aurais beaucoup de choses à dire... Grin je suis d'accord avec toi, LadyMidnight... les traductions sont sur le site simplement parce qu'elles sont officielles, non pas par goût personnel....
Disons qu'il a fait son job de traducteur, mais sans plus. Grin

Patrice


oui, c'est tout à fait ça...
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« Répondre #7 le: 09 Mars 2009, 23:26:04 »

rebonjour Jean-Philippe  Smiley,

en complément à ma réponse d'hier, voici la traduction du même texte par Jean Guiloineau, extraite du volume I de "Musique d'ailleurs" :


CE QUE JE FAIS ICI

Je ne sais si le monde a menti
Moi j'ai menti
Je ne sais pas si le monde a conspiré contre l'amour
Moi j'ai conspiré contre l'amour
L'atmosphère de la torture n'est pas agréable
Moi j'ai torturé
Même sans le nuage champignon
J'aurais quand même haï
Ecoutez
J'aurais fait les mêmes choses
même si la mort n'avait pas existé
Je ne veux pas qu'on me tienne
comme un ivrogne
sous le robinet glacé des faits
Je refuse l'alibi universel

Comme une cabine téléphonique vide
qu'on a vue la nuit et dont on se souvient
Comme les miroirs d'un hall de cinéma
qu'on ne regarde qu'à la sortie
Comme une nymphomane qui réunit
des milliers d'amants
dans une étrange fraternité
j'attends
De chacun de vous un aveu


elle est plus proche du texte mais moins poétique aussi, et clairement moins travaillée, cf. par exemple certaines redondances un peu lourdes et non voulues par le texte d'origine : "même sans le nuage champignon j'aurais quand même haï", et certains affaiblissements de sens : "l'atmosphère de la torture n'est pas agréable" (certes Grin !)

mais bon ! encore une fois ça n'engage que moi !


et voici les références exactes des diverses traductions des poèmes de LC (avec une précision importante : dans Poèmes et chansons I, ce ne sont pas des traductions, mais des adaptations, ce qui explique peut-être la différence de qualité... ensuite, ça dépend ce qu'on attend d'une traduction, simplement une aide à la compréhension ou la création d'une nouvelle oeuvre littéraire... pour moi l'un n'empêche pas l'autre...)


Poèmes et chansons édition 10/18 originale française de 1972 (n° 683)
adaptés par Anne Rives / Allan Kosko
et Jacques Vassal / Jean-Dominique Brierre.

Poèmes et chansons 2 édition 10/18 originale française de 1978 (n° 1195)
traduit de l'américain par J.C. Icart.

Musique d'ailleurs * édition 10/18 française de 1996 (n° 2769)
traduit de l'anglais par Jean Guiloineau.

Musique d'ailleurs ** édition 10/18 française de 1997 (n° 2819)
traduit de l'anglais par Jean Guiloineau.

Musique d'ailleurs édition française Christian Bourgois Editeur
numéro d'édition 1219, novembre 1994
traduit de l'anglais par Jean Guiloineau
(superbe et épais livre regroupant les 1 & 2 dans un même volume=.

Musique d'ailleurs 1 édition 10/18 française de 2002 (n° 2769)
traduit de l'anglais par Jean Guiloineau.

Musique d'ailleurs 2 édition 10/18 française de 2002 (n° 2819)
traduit de l'anglais par Jean Guiloineau.

Mort d'un séducteur édition française Christian Bourgois Editeur
numéro d'édition 531, 1er trimestre 1981
traduit de l'américain par Serge Grunberg


merci à Dominique qui a établi cette liste avec sa précision et sa rigueur coutumières et a attiré mon attention sur la différence entre traductions et adaptations (par contre les commentaires sont de moi, vous l'aurez reconnu  Grin!)
« Dernière édition: 09 Mars 2009, 23:47:51 par ladymidnight » Journalisée

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