Leonard Cohen Forum
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Auteur Fil de discussion: Les références bibliques de LC  (Lu 26560 fois)
Bernard
Invité
« le: 20 Mars 2003, 22:01:32 »

 Roll Eyes
Bonsoir,

Ayant découvert Léonard Cohen avec "Suzanne" en 1969, puis grâce à son albul "Songs From A Room", je suis depuis ce temps (je ne compte plus les années!) un fan inconditionnel de LC.
Je suis très frappé par les allusions et les références à la Bible dans les chansons de Léonard (J.Vassal y fait allusion dans la bio parue il y a quelques années chez Albin Michel):  une étude d'ensemble a-t-elle déjà paru sur ce thème?
Merci pour votre aide,

Cordialement,

Bernard
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Patrice
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If it be your will...


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« Répondre #1 le: 21 Mars 2003, 01:42:38 »

Bonjour Bernard,

> une étude d'ensemble a-t-elle déjà paru sur ce thème?

Pour autant que je sache, non... Sad

En tout cas, pas en France, puisque le bouquin de Vassal est le seul "made in France", en attendant celui de Séchan.
Hervé Müller y a fait aussi allusion dans bon nombres d'interviews assez anciens, mais rien de plus...

Amicalement,
Patrice.
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Il est vrai que le clown est triste quand le rideau tombe enfin (Reinhard Mey)
Jean-François
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« Répondre #2 le: 22 Mars 2003, 02:43:12 »

Bonjour Bernard,

je ne connais pas non plus d'étude approfondie sur la chose. Cependant, quelques articles et interviews traitent sommairement du sujet; je ne saurais me rappeller lesquels exactement mais je me souviens qu'ils étaient disponible sur internet, sur le site de Marie Mazur, il s'agit de fouiller un peu: http://members.aol.com/megan2c2b/

amicalement,
JF
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Bernardt
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If I forget Thee


« Répondre #3 le: 23 Mars 2003, 21:01:05 »

Bonsoir,

Merci pour ces pistes: j'essaye de faire une inventaire dans les paroles des chansons, voire des poèmes. Il me semble, du moins pour les chansons, que ces références à l'Ancien Célineament vaianert disparu quelques temps. mais "By The Rivers Dark" est une allusion directe, ou plutôt un contrepoint, au psaume 137 ("Au bord du fleuve de Babylone") dans lequel le thème juif récurrent de la mémoire et de l'oublie ("Si je t'oublie Jérusalem" dans le psaume, "If I forget my Babylon" dans la chanson) est très présent.

Cordialement,

Bernard
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Cordialement,

Bernard
Franck
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I'm a llama!


« Répondre #4 le: 24 Mars 2003, 10:13:37 »


Les références bibliques sont très présentes chez Cohen, bien sûr, et en ces moments troublés c'est encore plus important de réaliser combien c'est important pour les nord-américains. Quand on a eu une éducation religieuse en France, elle est généralement catholique et centrée sur les Evangiles. en Amérique du Nord elle insiste beaucoup plus sur l'Ancien Célineament, que l'on soit Juif ou WASP.
Rien que sur Babylon, plus connue aujourd'hui sous le nom de Bagdad, à part By the Rivers Dark, on trouve vite deux autres références. (Il y en a peut- être d'autres). Babylon, la Ville, lieu du Mal dans l'Ancien Célineament, lieu de l'Exode puis de la persécution des Juifs.
Çà m'étonnerait fort que Cohen lui même y trouve une justification pour attaquer l'Irak. Mais d'autres... certainement.

Dance me to the end of love
Let me feel you moving like they do in Babylon
(voir aussi la "homeward dove" de Noé)

Last year's Man
I came upon a wedding that old families had contrived;
Bethlehem the bridegroom,
Babylon the bride.
Great Babylon was naked, oh she stood there trembling for me,
and Bethlehem inflamed us both
like the shy one at some orgy.
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Bernardt
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If I forget Thee


« Répondre #5 le: 28 Mars 2003, 17:09:22 »

Bien que Français, je ne suis pas catholique  Wink mais protestant (réformé)... mais je ne dois pas avoir la même théologie que celle de G.W.B!
Cela dit, je pensais bien sûr aux références à l'Ancien Célineament, voire même au Talmud, et à tous les commentaires hébraiques, car LC est très imprégné de cette culture.
Toutefois, la présence, dans sa géographie montréaliase de familles bourgeoises anglaises épisacopaliennes (=anglicanes) ou québécoises catholiques, nous vaut aussi quelques références à Jésus.
Mais tout cela n'est que culturel et propre à l'Amérique du Nord...
Journalisée

Cordialement,

Bernard
Céline
Invité
« Répondre #6 le: 27 Mai 2003, 19:40:36 »

Bonjour Bernardt, Bonjour à tous,

Il y aurait tant à dire sur ce sujet. Je ne connais pas d'oeuvre exhaustive sur cette intéressante question, mais voici tout de même un texte de Laurent Susini.  Il  s'est penché sur quelques chansons de Leonard Cohen qui, pour lui, faisaient  référence à la religion et la spiritualité, et en a fait une interprétation personnelle dans un cadre catholique.

Pour ceux que la question n'intéresse pas particulièrement, à lire, pour les traductions qu'il a faites.  (J'adore lire toutes les traductions françaises de LC, même si j'en aime certaines plus que d'autres).

Jean-François, dans le dernier message contenant l'article de Susini, tu trouveras ce qui semble une suite à notre conversation sur Jeanne d'Arc commencée dans un autre T.  Et Eric, je crois que ce passage fait echo à l'intérêt flamboyant que tu portais régulièrement à cette chanson -  s'il n'est pas encore tout à faire consumé, réduit en cendres.

Je souligne que je partage entièrement sa vision de la chose pour cette chanson (du point de vue du yoga, il y aurait des choses à rajouter, mais bon, une autre fois) et aussi que dans Suzanne, c'est l'union abordée par le biais de l'Amour (et non de la Peur), c'est tout à fait ce que je ressens et j'aime beaucoup ce qu'il dit concernant la sagesse et la folie à propos de cette chanson.  Un vision des choses que je retrouve ailleurs dans son article, exprimée en terme de discernement, de capacité de voir la vérité au delà des apparences trompeuses des vérités toutes faites (ce qui rejoint la maya de la philosophie du yoga).

Perso, je crois qu'on a tous à choisir entre vivre dans l'amour ou vivre dans la peur.  C'est là notre libre-arbitre.

Amitié,

C.



***********
JE POSTE EN PLUSIEURS TEMPS -  l'article n'entre pas dans un seul message.[/color]

Le problème de l'alliance chez Leonard Cohen
Laurent Susini


Story of Isaac
La porte s'ouvrit lentement. Mon père entra. J'avais neuf ans, et lui debout si haut devant moi, ses yeux bleus rayonnaient, et sa voix était très froide. "Dieu m'est paru, dit-il, et tu sais ma force et ma foi. Je dois suivre la Parole.Ý" Lors, nous gravîmes la montagne, je courais, lui marchait, et sa hache était toute d'or.

Les arbres bien plus petits. Le lac, un miroir de dame. On s'arrêta boire du vin. Puis il lança loin la bouteille -elle se brisa une minute après -, et sa main posée sur la mienne, il me sembla voir un aigle mais peut-être était-ce un vautour, je n'ai jamais très bien su. Puis mon père dressa un autel, par une fois regarda derrière son épaule, sûr que je ne me cacherai pas.

Toi qui dresses en ce jour, les autels où sacrifier ces enfants, tu ne dois plus le faire. Intrigue n'est pas vision, et dieu ni diable ne t'ont jamais tenté. Toi qui me soumets en ce jour, la hachette émoussée, sanglante, où étais-tu alors que je gisais sur une montagne, et que la main de mon père tremblait devant la beauté du Verbe?

Et toi qui m'appelles en ce jour: "frère", pardonne-moi de m'enquérir: mais selon les plans de qui? Quand tout retournera poussière, je te tuerai si le dois, je t'aiderai si le puis. Quand tout retournera poussière, je t'aiderai si le dois, je te tuerai si le puis. Et pitié pour nos uniformes: hommes de paix, hommes de guerre, tous les paons font la roue.


The Butcher
Je tombai sur un boucher. Il égorgeait un agneau et je lui fis procès de torturer l'agneau. Il me dit: "Ecoute-moi, fils. Je suis ce que je suis, et toi, tu es mon seul enfant."

Et j'ai trouvé une aiguille d'argent, que j'ai plantée dans mon bras. Elle m'a fait du bien, du mal, mais les nuits étaient froides et elle m'a presque tenu chaud. Mais que la nuit est longue!

Je vis des fleurs s'élever là où l'agneau tomba. Etais-je censé prier mon Dieu dans un joyeux tintamarre? Il m'a dit: "Ecoute, écoute à présent. Je n'en finis pas de tourner, et toi, tu es mon seul enfant."

Ne me quitte pas maintenant! Ne me quitte pas maintenant, brisé d'une récente chute. Mon corps en sang -et l'âme dans les glaces-, va, mon enfant, ce monde est tien!


Lover Lover Lover
J'implorais mon père: "Oh père, débaptise-moi! Le nom que je porte en cette heure est entaché de peur et d'ordure, de lâcheté, de honte." Oui, et reviens-moi, mon amour.
«Je t'ai verrouillé dans ce corps à seul titre d'expérience, dit-il. Tu peux l'utiliser en arme de séduction ou de combat.»
«Lors, un nouveau départ ! Accorde-moi un nouveau départ ! Et cette fois, criai-je, par prière, visage juste ! âme sereine !»
«Me suis-je jamais détourné, jamais éloigné ? dit-il. C'était toi le bâtisseur de temples, toi qui recouvrais mon visage.»
«Puisse l'esprit de ce chant s'élever libre et pur. Puisse-t-il t'être bouclier, défense contre l'ennemi .»


Joan of Arc
Et les flammes suivaient Jeanne d'Arc en sa chevauchée dans le noir. Nul guide par cette nuit de brume, ni lune d'où son armure brille. « Cette guerre m'épuise, dit-elle. Je veux reprendre mon ancien ouvrage : robe de mariée, blanche étoffe qui revête mon désir en crue!
- J'aime t'entendre ainsi parler. Sais-tu, chaque jour témoin de ta course, je brûlais confusément de conquérir, à ce point froide et seule, cette héroïne. -Et qui es-tu ?, interrogea-t-elle, sévère, la voix sous la fumée. -Eh bien, je suis le feu et l'amant de ta solitude orgueilleuse.
- Lors, ô feu, le froid gagne ton corps, car je t'offre le mien à étreindre.» Elle s'engouffra sur ces paroles, sa seule et unique fiancée ; et au plus intime de son coeur en flammes, il prit la poussière de Jeanne d'Arc, et lança haut par dessus la noce, sa robe de mariée en cendres.
Et au plus intime de son coeur en flammes, il prit la poussière de Jeanne d'Arc. Elle comprit clairement alors, que lui feu, elle, oh, elle, devait être bois. Je la vis grimacer, et pleurer, je vis la gloire dans son regard; moi-même aspirant à l'amour et la lumière -mais la cruelle, ô l'éclatante Epiphanie !


Suzanne
Suzanne t'emmène en bas chez elle, aux environs du fleuve. Rumeur, les navires s'éloignent et ta nuit s'écoule auprès d'elle que tu sais à demi folle -mais c'est là pourquoi tu demeures. Elle te nourrit de thés, d'oranges venus droit de Chine, et à l'instant de lui avouer que tu viens sans vraiment l'aimer, te voilà sur sa longueur d'ondes, à laisser le fleuve répondre que tu fus toujours son amant. Et tu veux voyager avec elle, et tu veux voyager aveugle, et tu la sais confiante en toi qui sus toucher son corps parfait de ta seule âme.
Et Jésus fut ce marin qui allait marchant sur les flots. Il s'arma de longue patience, retranché dans sa tour de guet, et dit lorsqu'il sut en conscience n'être vu que par les noyés : «l'homme ira donc par les flots et des flots viendra sa délivrance». Mais il n'en pouvait plus lui même -le ciel était loin de s'ouvrir ; délaissé, presque humain, il s'abÓmait dans ta sagesse comme une pierre. Et tu veux voyager avec lui, et tu veux voyager aveugle, et pourquoi n'avoir pas confiance ? Il sut toucher ton corps parfait de sa seule âme.
Voilà. Suzanne prend ta main et te conduit vers le fleuve, vêtue de hardes et de plumes fournies par l'Armée du Salut. Et sur Notre Dame du Port s'écoule un miel ensoleillé, et elle t'indique où regarder parmi les ordures, les fleurs. Il y a des héros dans les algues et des enfants dans le matin. L'amour les pousse vers le large et les y poussera toujours, le miroir aux mains de Suzanne. Et tu veux voyager avec elle, et tu veux voyager aveugle, et tu lui fais pleine confiance : elle a touché ton corps parfait de sa seule âme.



(suite dans les messages suivants)
« Dernière édition: 28 Mai 2003, 14:03:10 par Céline » Journalisée
Céline
Invité
« Répondre #7 le: 27 Mai 2003, 19:42:33 »

(suite)

Quelques commentaires

Plus de poème après Auschwitz ? A quoi bon, du reste, des poètes en temps de misère ? Mais ils sont, nous le rappelle Hölderlin, «pareils aux saints prêtres du dieu des vignes, vaguant de terre en terre au long de la nuit sainte». Ses premiers textes publiés, Leonard Cohen les consacre à la seule question qui vaille encore aujourd'hui : en quels termes penser après l'holocauste, l'alliance entre les hommes et l'Alliance entre l'homme et Dieu. «Je ne veux pas tout transformer en poésie, écrit-il alors. Je sais le rôle qu'elle a joué mais cela ne me concerne plus maintenant. C'est entre toi et moi -that is between you and me.» Si le chanteur que devient Cohen par la suite, n'aborde plus de front le thème de la Shoah, le problème qu'il pose reste inchangé. Il y a le Mal sur terre, les enfants qu'on sacrifie, la honte d'être un homme qu'évoquait Primo Levi. Que faire au milieu d'une pareille débâcle, de la notion d'Alliance ? Dieu lui-même avait demandé à Abraham de lui offrir son fils. Alors ? J'ai choisi cinq textes considérant la question sous des angles différents. Le premier, Histoire d'Isaac, réécriture radicale de l'épisode de la Genèse (22) à l'adresse du temps présent ( la guerre du Vietnam en l'occurrence ), en est le plus pessimiste. Il évoque le temps du lien défait. Mais tout ce qui arrive sur terre est le seul fait des hommes et leur responsabilité y est seule engagée. Il n'y a pas de guerre sainte. Comment l'alliance d'un Dieu d'amour et de justice avec les hommes saurait-elle se sceller dans le sang ? Comment pourrait-elle seulement s'accommoder de Sa demande, fût-ce pour mettre Abraham à l'épreuve, de sacrifier l'innocence ( «Parce que tu as fait cela et n'as pas épargné ton fils unique, je m'engage à te bénir ...») ? Comment Dieu serait-il enfin cet ogre jamais rassasié, et réclamant sans trêve la chair de toujours nouvelles victimes ? C'est bien que cette conception de l'Alliance, impudemment détournée de sa signification originelle (car Dieu avait réclamé à son père la vie, non la mort d'Isaac -et ce n'est pas ici jouer sur les mots...) n'est qu'une vue de l'esprit humain, autant dire un prétexte par lui tout trouvé pour satisfaire en toute bonne conscience, en toute hypocrisie, à l'expression de sa volonté de puissance. Significativement, l'image, la parole de Dieu sont très vite supplantées par celle de propitiatoires érigés au service d'intérêts strictement privés. Méfiance, dès lors, envers qui parle de fraternité. Car quelle fraternité ? Celle fondée par Dieu ? ou celle revendiquée par de simples imposteurs, prêts à toutes les falsifications de l'Ecriture? S'il ne s'agit que de ceux-là, nulle inquiétude à avoir, leur conception de la fraternité est claire, on en voit les signes partout : imposition de la loi du plus fort et guerre de tous contre tous, règne cruel d'une parodie pour le moins apocalyptique et musclée de la loi du Talion. A ce stade tout se vaut (la force est sans dispute), l'homme de paix porte un uniforme comme l'homme de guerre, et pitié pour eux : tous les paons font la roue.


(A suivre)
« Dernière édition: 28 Mai 2003, 13:51:26 par Céline » Journalisée
Céline
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« Répondre #8 le: 27 Mai 2003, 19:43:03 »

(suite)

Ainsi récupérée, pervertie, la notion, en tous points décisive, de sang de l'alliance, savère irrecevable. Cependant, l'imposture levée, le paradoxe demeure, et l'obstacle, la forme de scandale qu'il représente pour la raison mais que peut la raison de l'homme devant l'infini mystère de Dieu? Tel est le sujet des strophes parfois mystérieuses du Boucher. Le point de départ en est le même que celui du texte précédent, mais la perspective est immédiatement renversée: au sang d'Isaac, finalement épargné, répond celui du Christ, le sang de l'Alliance nouvelle versé pour la multitude en rémission des péchés (cf. Mat 26.26-29). La parole divine est en effet associée ici, et la métaphore est transparente, à celle d'un boucher égorgeant un agneau (cf. Ex 12,3-6; Es 53,7). Geste dont le narrateur s'indigne en premier lieu pour s'y résigner plus ou moins par la suite, au vu des conséquences positives de ce qu'il n'avait de prime abord interprété que comme un acte de barbarie (cf. Ap 5,12 ; 7,14): il faut en définitive prendre les choses comme elles viennent et comme elles sont , et ne pas interrompre pour autant sa marche dans le monde. Nous sommes fils de Dieu, dont les voies sont impénétrables. L'Alliance est à l'oeuvre partout, mais les formes qu'elle emprunte nous dépassent. La révolte initiale a ainsi fait place à une abdication douloureuse en disant long sur le désarroi, la détresse de l'homme livré seul à lui-même s'il ne se met dans le giron du Dieu son père en lequel il voit simultanément un bourreau. Mais qui assume les paroles de la dernière strophe? De l'homme et de Dieu, qui supplie qui de ne pas le quitter? C'est justement à n'en pas douter dans cette troublante ambiguïté que se fonde aussi le sens du texte.

(A suivre)
« Dernière édition: 28 Mai 2003, 13:52:07 par Céline » Journalisée
Céline
Invité
« Répondre #9 le: 27 Mai 2003, 19:44:11 »

(suite)

Lover lover lover, combinant les formes du psaume et du dialogue, change alors sensiblement les données du problème. On passe en effet de la mise en question du comportement de Dieu avec l'homme à celle du comportement de l'homme avec Dieu. Il s'agit ici d'une variation sur le thème du retour de l'enfant prodigue (Luc 15,11-32): si l'alliance entre les hommes est bel et bien brisée, celle unissant Dieu à son peuple elle, n'a jamais cessé, et c'est bien lui, son peuple, qui s'est détaché de Dieu, faute de le voir lutter dans son camp: que Dieu ne lui donne-t-il au moins bonne conscience, ne le justifie-t-il dans les choix qu'il a effectués, plutôt que de lui faire endurer toutes ces misères physiques et morales, de ne lui accorder jamais le repos de l'esprit, la paix intérieure de la certitude? Mais Dieu n'est simplement pas de mais à son côté. L'homme peut utiliser comme il l'entend ce dont lui a fait don son Dieu, il est libre. Mais Dieu ne lui fournira pas d'autres armes: uniquement un bouclier. C'est que la lutte véritable est lutte spirituelle: opposant non tant l'homme à ses semblables que l'homme à lui-même et à ses démons intérieurs. Ainsi en va-t-il du reste, du combat de la foi: pour finir, armez vous de force dans le Seigneur, de sa force toute-puissante. Revêtez l'armure de Dieu pour être en état de tenir face aux manoeuvres du diable. Ce n'est pas à l'homme que nous sommes affrontés, mais aux Autorités, aux Pouvoirs, aux dominateurs de ce monde des ténèbres, aux esprits du mal qui sont dans les cieux. Saisissez donc l'armure de Dieu, afin qu'au jour mauvais vous puissiez résister et demeurer debout, ayant tout mis en oeuvre( Eph 6,10-13).

(A suivre)
« Dernière édition: 28 Mai 2003, 13:52:36 par Céline » Journalisée
Céline
Invité
« Répondre #10 le: 27 Mai 2003, 19:45:03 »

(suite et fin de l'article)

L'Alliance entre l'homme et Dieu était jusque là vécue dans l'ordre du conflit et significativement envisagée sous l'angle des relations père-fils. Tous les malentendus levés, elle devrait pouvoir enfin se vivre dans l'harmonie. S'impose alors l'image du couple et des fiancés cheminant vers leurs noces. Ainsi la Bible présente-t-elle Dieu comme l'époux d'Israel (cf. Es 54.1-8;Os 2.16-18), le Christ comme celui de l'Eglise (cf. Mt 22.2; 25.1-13 ; Ep 5.23, 25, 32; Ap 21.2, 9) et célèbre-t-elle dans l'Apocalypse les noces de l'Agneau (19.7-8). Reste la peur de l'homme de se perdre dans l'Alliance, et de devoir renoncer à tout ce qu'il est pour s'unir à Dieu. Crainte dont Joan of Arc se fait l'écho: lasse de combattre sans trêve, et se souvenant d'une époque où elle menait une toute autre vie, la fiancée renonce enfin à la solitude de la bataille et décide de céder au désir d'union qui la taraudait depuis longtemps dans sa nuit ; mais elle se consume alors dans l'amour de son promis et il ne restera d'elle que poussière et que cendres. Cette scène d'anéantissement, de réduction de l'un par l'autre, échaude pour le moins son témoin et narrateur: certes, tout le monde désire entrer dans l'amour et la lumière éternels mais cela doit-il se payer à ce prix?

Là encore, erreur de perspective. L'Alliance n'est pas affaire de consomption mais de fusion. Elle n'est pas nivellement mais réconciliation, et de tous les niveaux. C'est ce que révèle la lecture de Suzanne. Homme est certes celui qui croit l'Alliance rompue , et s'imagine perpètuellement abandonné par Dieu; la détresse du Christ en croix réclamant à son Père les raisons de son abandon en est le plus puissant symbole (dans le texte original de la deuxième strophe, ce que n'a pu rendre la traduction, "forsaken" rime ostensiblement avec "almost human "). Mais les portes des cieux finissent toujours par s'ouvrir. L'exemple du Christ est ainsi notre meilleure raison d'espérer, comme notre meilleure raison de garder confiance en lui, aveuglément. Et sans doute se fait-il jour ici un élément irrationnel, insaisissable, irréductible à toute logique; mais n'est il pas aussi à l'oeuvre dans l'amour? Suzanne, la femme aimée est dite "à demi folle"; cette folie a pourtant plus de prix, se trouve davantage valorisée par le poète, et lui apparaît plus sage en définitive, que la prétendue "sagesse" des hommes, dans laquelle coule à pic un Christ au comble de ses souffrances terrestres. Car cette Sagesse, cette Folie comme on voudra, propre à la Femme et à la Parole divine, s'avère profondément réconciliatrice. En ce qu'elle révèle aux hommes qu'ils sont eux aussi capables d'aimer, la femme leur offre la possibilité de se réconcilier avec leur environnement et leurs semblables; en ce qu'il donne de même aux hommes l'occasion de voir en Lui l'image de leur Père comme de leur Salut, le Christ leur offre la possibilité de se réconcilier avec Dieu. L'alliance amoureuse ainsi mise en parallèle avec l'alliance mystique, il n'y a dès lors plus d'obstacle pour que se réunissent de la même manière, les ordres charnel et spirituel et que communiquent enfin les âmes et les corps. Confiance aveugle de chacun en chacun, volonté de suivre le Christ, et le monde décloisonné prenant les dimensions infinies de l'amour.
De proche en proche, la venue du Royaume.

L.S.




http://www.eleves.ens.fr/aumonerie/seneve/toussaint98/laurent.html
« Dernière édition: 28 Mai 2003, 13:52:56 par Céline » Journalisée
l gransec
Invité
« Répondre #11 le: 04 Juin 2003, 20:28:35 »

salut Miss

Faut que je me plonge dans tous tes textes calmement un soir devant le feu, mais:

L'article sur jeanne par LS (lucy in the sky ?), je suis pas trop d'accord, il n'y a pas combustion réciproque et réduction en cendre, moi j'interprète plus jeanne (comme toi) à la eckard/aurobindo/chardin et tu le sais bien, un saut de conscience, et le mal en résidu nécessaire de ce feu.

Pour LPM, là je suis en plein dans ce que tu dit (c'est pas une référence, mais si ça peut t'encourager !) en lisant, je te l'avais dit, j'ai eu cette impression de plongée dans le glauque et puis toutes les trois pages d'émergence en pleine lumière. j'avais pas saisi la dimension chamanique à l'époque, mais c'était bien ça ...plongées et retours...donc je ne peux que t'encourager à poursuivre le développement, tu auras au moins moi comme lecteur. faudra penser à créer une nouvelle revue, ou à publier ton essai dans Diogène.

adios
l gransec
Journalisée
Céline
Invité
« Répondre #12 le: 07 Juin 2003, 13:10:11 »

Code:
faudra penser à créer une nouvelle revue, ou à publier ton essai dans Diogène.

Oui.  Et même si ça ne sert qu'à alimenter ton feu au lieu d'une réflexion, ce sera déjà ça de bon pour toi - d'où, morale  Huh de cette histoire  Grin, une bonne action est tjrs récompensée. Grin

Si ça fait mal, c'est parce qu'on a peur et qu'il y a des résistances.  Autrement ça irait sans mal.  Facile à dire pas facile à vivre.  Par exemple, tu vois, moi, là, j'ai peur que ton message soit de la gentillesse/politesse plutôt qu'un intérêt véritable, et cette peur me fait mal.   Si je me réfère - de mémoire - à un livre Zen que j'ai donné ou jetté, ma mémoire ne retient que ce qui est important, finalement - je ne devrais pas offrir de résistance à ça, mais accueillir la réalité telle qu'elle est.

Exercice.  

Ca marche, ma peur est partie, reste que ça a fait quand même un peu mal, comme un résidu, et là, je suis obligée de te donner - encore - raison.  


Amitié et A+

C.

P.S. :  "Tu auras au moins moi comme lecteur"  Tout de même ça fait chaud au coeur.  Merci.
« Dernière édition: 07 Juin 2003, 14:15:40 par Céline » Journalisée
Patrice
Administrator
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If it be your will...


WWW
« Répondre #13 le: 11 Juin 2003, 16:36:04 »

Tu auras au moins moi comme lecteur, a dit Le Grand Sec. Mais, nous serons (au moins!) deux, chère Céline!.
Car, même si je ne vois pas bien le besoin de répondre systématiquement à chaque message posté, je lis tout avec la plus grande attention.

Alors, je voudrais dire une fois de plus à nos amis visiteurs que ceci est un espace de discussion totalement ouvert (l'inscription n'est pas obligatoire comme on peut le voir ailleurs Grin). J'ai pu lire une fois dans le passé une phrase ridicule disant quelque chose comme c'est le forum de Patrice... Non, c'est votre forum!. Et je l'ai voulu comme un outil, un outil pour tous, sans la moindre distinction, quelque chose de complèmentaire au site.
Et si les sujets ne vous conviennent pas, ouvrez votre propre sujet, lancez votre débat, chacun tentera d'y répondre dans la mesure du possible.

Amicalement,
Patrice (lecteur assidu).
Journalisée

Il est vrai que le clown est triste quand le rideau tombe enfin (Reinhard Mey)
Céline
Invité
« Répondre #14 le: 20 Juin 2003, 04:49:52 »

Bin on est (au moins) trois, alors, parce que je me relie (la plupart du temps).  Alors trois, c'est une foule à ce qu'il paraît, du moins c'est ce que disent les Anglais (three is a crowd).  Mon honneur est sauf Cool

Moi, non plus je ne vois pas bien le besoin de répondre systématiquement à chaque message posté, simplement pour le principe, mais, ce serait dommage - pour ne pas dire plus - de retenir des informations ou réflexions intéressantes (je ne parle pas des miennes.  Enfin pas spécifiquement) ou amusantes.

Amitié et A+

C.
« Dernière édition: 20 Juin 2003, 04:50:22 par Céline » Journalisée
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