Fragments de journal

J'ai allumé un bâtonnet d'encens. Je me suis assis sur un petit
coussin dans la position du lotus. Pendant plus d'une heure j'ai pensé
à quel point je haïssais une de mes ex-épouses.
Il faisait encore sombre quand j'ai commencé à écrire une chanson
métaphysique intitulée "Lettre aux chrétiens", dans laquelle j'ai essayé
d'exagérer la maturité de ma propre expérience religieuse et d'invalider
celle des autres, en particulier ceux qui affirmaient une vitalité
spirituelle renouvelée.
Plusieurs jours plus tard, j'avais quatre strophes de huit vers chacune,
qui certifiaient que j'avais reçu le Saint-Esprit, atteint une profonde
illumination, circoncis mon âme avec le Vin de l'Amour, et que je m'étais
"accoutumé à la clémence du Seigneur".
Cet après-midi, j'ai lu le texte de cette chanson à Anthony alors que
nous étions agenouillés dans la mer Egée. Nous avons bien ri.
Il a particulièrement aimé cette strophe :

Les imitations de Son amour
Il les soutient patiemment
Jusqu'à ce que tu naisses avec Lui
une nuit de détresse en Galilée
jusqu'à ce que tu perdes tout orgueil en lui
jusqu'à ce que l'objectif de sa foi échoue
jusqu'à ce que tu étendes tant les bras
que tu n'as plus besoin des clous des Romains

Quelques minutes plus tard, Anthony m'a fourni une réponse :
J'espère bien que tu seras l'homme
De la Grande Putain de Babylone
La Grâce oublie-la
La dentelle oublie-la
Amusons-nous faisons les fous

Il réagit très vite. La plage était pleine de jolies jeunes femmes
que je désirais uniformément à une intensité très basse. J'ai vu
une chrétienne sur un rocher, qui contemplait la beauté de Son oeuvre
et je me suis précipité pour lui faire savoir que j'avais été touché
par la Grâce. Ma chanson l'a presque fait pleurer. Elle ne savait pas
"que je connaissais le Seigneur".

Hydra, 1983

Home    Home