Mannequins de Paris

Les mannequins se changeaient
pour une autre photo.
J'ai vu le sexe de l'une
et les seins d'une autre.
On colla un ballon
au doigt d'une femme
et on mit en route
la soufflerie.
Les robes devinrent vivantes
et des accidents resplendissants
de cheveux et d'ombres
encadrèrent leurs visages solennels.
Le miracle du ballon
qui grignotait le bout d'un doigt,
pendant que la tempête
emportait leurs corps,
était très convaicant.
Puis on apporta le repas chinois,
et les mannequins s'attroupèrent
enroulés dans des serviettes,
et portant des assiettes en carton.
Chacun était heureux
que la magie de la féminité
ait de nouveau marché.
ELles pouvaient se reposer un peu
sur la grande vague,
sur la crête même
de la confiance et de l'aisance.
J'étais heureux moi aussi.
Je me sentais privilégié
d'avoir assisté à une cérémonie
généralement réservée aux professionnels.

Paris, 1987

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