Style

Je ne crois pas aux radios
de Russie et d'Amérique
mais j'aime la musique et les voix
solennelles des Européens
annonçant du jazz
Je ne crois pas à l'opium et à l'argent
bien qu'ils soient difficiles à avoir
et punis de longues peines
Je ne crois pas à l'amour
au milieu de mon esclavage je
ne crois pas
Je suis un homme dans une maison
sur une île dénudée d'Argolide
j'oublierai l'herbe du jardin de ma mère
je le sais
j'oublierai l'ancien numéro de téléphone
Fitzroy sept huit deux zéro
j'oublierai mon style
je n'aurai pas de style
j'entends des milliers de kilomètres de parasites
et l'antique eau claire qui ronge les pierres
j'entends les cloches des mules qui broutent
j'entends les fleurs qui mangent la nuit
sous leurs plis
Puis un coq avec un rasoir
ouvre l'entaille hémophile
dans le ciel doux et noir
et maintenant je le sais avec certitude
j'oublierai mon style
un esprit s'ouvrira peut-être dans ce monde
un coeur attrapera peut-être la pluie
Rien ne guérira et rien ne gèlera
mais un coeur attrapera peut-être la pluie
l'Amérique n'aura pas de style
la Russie n'aura pas de style
ceci se passe en l'an vingt-huit
de mon attention
je ne sais pas ce qu'il adviendra
des mules aux yeux de femmes
ou de l'antique eau claire
ou du coq géant
Les radios affamées du petit matin mangent
les gouvernements un par un les langues
les champs de coquelicots un à un
Au-delà de la bande numérotée
un silence s'établit pour chaque style
pour le style sur lequel j'ai tant peiné
un silence extérieur comme l'espace
entre les insectes d'un essaim
oubli électrique
et il est dirigé vers nous
(j'ai sommeil et j'ai peur)
il vient vers nous mes frères

 

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