Joshu Sasaki Roshi
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Roshi

Roshi (1907 - ) est le meilleur ami de Leonard, qui veille attentivement sur lui au Mount Baldy Zen Center (Californie).

 
Joshu Sasaki Roshi
 
Joshu Sasaki Roshi est né en avril 1907 à Miyagi au Japon. Novice à l'âge de 14 ans, il étudie sous la direction de Joten Soko Miura Roshi, qui est à cet époque le maître en charge du temple Myoshin-ji, l'un des deux temples Rinzai les plus importants. Entre 21 et 40 ans, Joshu Roshi exerce comme prêtre à Myoshin-ji à Kyoto. En 1947, il acquiert le titre de Roshi et fonde son propre monastère.
 
C'est 15 ans plus tard, alors qu'il est âgé de 55 ans, que l'abbé de Myoshin-ji lui demande de s'expatrier au Etats-Unis pour y apporter l'esprit du zen. Il arrive donc à Los Angeles en 1962, avec pour tout bagage quelques mots d'anglais et (selon la légende) deux dictionnaires : Japonais-Anglais et Anglais-Japonais.
Il fonde successivement le Cimarron Zen Center (1968), le Mont-Baldy Zen Center (1971), et le Bodhi Manda Zen Center (1974), et ordonne quantité de moines et de nonnes qui ont eux-mêmes pris en charge des centres zen dans tous les Etats-Unis.
Il s'est forgé une réputation de rigueur et de strict respect de la tradition du zen Rinzai.

Reproduit avec l'aimable autorisation du site Zen d'Alain Caradot.
 

Deux poèmes dédiés à Roshi :

 

Roshi m'a versé un verre de Courvoisier. Nous étions dans la cabane du Mont
Baldy, été 1977. Nous écoutions les criquets.
-Kone, a dit Roshi, tu devrais écrire un poème criquet.
-J'ai déjà écrit un poème criquet. Dans cette cabane, il y a deux ans.
-Ah bon.
Roshi a fait frire des côtes de porc dans de l'huile de tournesol et a fait
cuire une soupe instantanée au vermicelle. Nous avons fini la bouteille de
Courvoisier et nous en avons ouvert une autre.
- Ouais, Kone, tu devrais écrire un poème criquet.
-C'est une idée très japonaise, Roshi.
-Oui.
Nous avons écouté les criquets. Puis nous avons éteint la lumière afin de
pouvoir ouvrir la porte et profiter de la brise sans laisser entrer les
moustiques.
-Ouais. criquet.
-Roshi, donne ton idée de poème criquet.
-ha,ha. D'accord.

nuit sombre (a dit Roshi)
le criquet chante
la criquette écoute

-C'est très bien, Roshi.

-nuit sombre (Roshi a recommencé)
je marche sur le sentier
Soudain le criquet chante
où est celle que j'aime

-Celui-là, je ne l'aime pas.

- Criquet! criquet! (s'est écrié Roshi)
tu es celle que j'aime
je marche seul sur le sentier
mais avec toi je ne suis pas seul

- ça ne va pas, Roshi, j'en ai peur. C'est le premier qui était bon.

Puis les criquets se sont tus un petit moment et Roshi a rempli nos verres
de Courvoisier. C'était une nuit paisible.
-Ouais, Kone, a dit Roshi, très doucement. tu devrais écrire plus triste.

Leonard Cohen
Musique d'ailleurs p. 523-525
traduction Jean Guiloineau
édition Christian Bourgois

J'ai vu Roshi de bonne heure ce matin. Sa chambre était chaude et parfumée.
Bientôt, il se suspendit à la branche d'un arbre en se tenant par les
dents. ça m'a fait rire. mais je ne voulais pas rire. puis il s'est mis à
jouer sur ma guitare. Vu d'au-dessus, il avait l'air vieux et fatigué. Vu
d'en dessous, il avait l'air jeune et fort. Une fois détruit le moi
particulier, l'absolu apparaît. Il me parlait doucement. J'attendais le
reproche. Il ne venait pas. J'attendais parce qu'il y a un reproche dans
toutes les voix sauf la sienne. Il a fait sonner sa cloche. je me suis
incliné et je suis parti.
Je lui ai de nouveau rendu visite après plusieurs heures désagréables
passées devant le miroir. Il était de nouveau suspendu à sa branche. Il
jetait des regards effrayés en bas. Il avait peur de tomber. Il avait peur
de mourir. Il dépendait de la branche et de ses dents. C'est le moi
particulier. C'est l'extase particulière. Il jouait sur ma guitare. Il
imitait mon doigté. Il a inventé quelqu'un pour l'interrompre. Il a fait
une démonstration de l'extase particuliière interrompue par la question
suivante: Quelle est l'origine de ce monde? Il m'a demandé de répondre. Il
avait une voix calme et grave. J'avais très envie de sa gravité après les
frivolités débiles et les heures de désespoir passées devant le miroir. Je
n'ai pas su répondre. Difficile, a-t-il dit, en prenant sa cloche. je me
suis incliné et je suis parti.

Leonard Cohen.
Musique d'ailleurs p. 545
traduction Jean Guiloineau
édition Christian Bourgois
 

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