Copyright © 1977 Leonard Cohen
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Death Of A Ladies' Man


The man she wanted all her life was hanging by a thread
"I never even knew how much I wanted you," she said
His muscles, they were numbered, and his style was obsolete
"Oh bay, I have come too late."
She knelt beside his feet

"I'll never see a face like yours in years of men to come
I'll never see such arms again in wrestling or love."
And all his virtues burning in the smokey holocaust
She took unto herself most everything her lover lost

Now the master of this landscape, he was standing at the view
With a sparrow of St. Francis that he was preaching to
She beckoned to the sentry of his high religious mood
She said, "I'll make a place between my legs, I'll teach you solitude."

He offered her an orgy in a many mirrored room
He promiised her protection for the issue of her womb
She moved her body hard against a sharpened metal spoon
She stopped the bloody rituals of passage to the moon

She took his much admired Oriental frame of mind
And the heart-of-darkness alibi his money hides behind
She took his blonde madonna and his monastery wine
"This mental space is occupied and everything is mine."

He tried to make a final stand beside the railway track
She said, "The art of longing's over and it's never coming back."
She took his tavern parliament, his cap, his cocky dance
She mocked his female fashions and his working-class moustache

The last time that I saw him he was trying hard to get
A woman's education, but he's not a woman yet
And the last time that I saw her she was living with a boy
Who gives her soul an empty room and gives her body joy

So the great affair is over, but whoever would have guessed
It would leave us all so vacant and so deeply unimpressed
It's like our visit to the moon or to that other star
I guess you go for nothing if you really want to go that far


Traduction de Serge Grunberg :

 

MORT D'UN HOMME A FEMMES

L'homme qu'elle avait désiré toute sa vie
ne tenait qu'à un fil.
"Je n'ai jamais su à quel point
je te voulais", dit-elle.
Ses muscles étaient comptés,
son style démodé.
"Je suis venue trop tard!"
Elle se mit à ses pieds.

"Je ne verrai plus jamais un visage comme le tien
chez les autres hommes
Je ne verrai plus jamais des bras comme les tiens
dans la lutte ou dans l'amour."

Et comme toutes les vertus se consumaient
dans cet holocauste fumeux,
elle reprit à son compte
presque tout ce que son amant avait perdu.

Le maître du paysage
se tenait à présent devant elle
prêchant la bonne parole
à un moineau de Saint François.
Elle fit signe à la sentinelle
de son élévation religieuse
Elle dit: "Je vais te faire une place entre mes jambes
et t'apprendre la solitude."

Il lui offrit une orgie
dans une chanmbre aux multiples mirroirs;
il jura qu'il protégeait
la descendance de son ventre.
Elle pressait fortement son corps
contre une cuillere de métal aiguisé
elle mit fin aux sanglants rituels
de passage à la lune.

Elle lui déroba son attitude spirituelle
orientale qui faisait l'admiration de tous
et l'alibi du coeur-des-ténèbres
que son argent recelait.
Elle lui prit la madone blonde
et son vin de monastère.
"J'occuppe ton espace mental et tout est à moi."

Il tenta de résister à l'assaut final
près de la ligne de chemin de fer
Elle lui dit: "L'art du désir est mort
et il ne reviendra jamais."
Elle lui prit son bistro parlementaire
sa casquette, sa danse outrecuidante;
elle se moqua de ses manières éfféminées
et de sa moustache de prolétaire.

La dernière fois que je l'ai vu
il faisait de son mieux pour
apprendre ce qu'une femme doit savoir,
mais femme, il ne l'était pas encore.
Et la dernière fois que je la vis
elle vivait avec un jeune garçon
qui offrait à son âme une chambre vide
et lui mettait le corps en joie.

C'est ainsi que s'est conclue cette grande histoire
mais qui aurait pu deviner
qu'elle nous laisserait tous si vides,
si profondément froids.
C'est comme votre voyage vers la lune
ou vers une autre étoile:
Je crois que quand on veut aller si loin
on y va pour rien.

 

Copyrights : Traduction Serge Grunberg
parue dans "Mort d'un séducteur" Leonard Cohen.
Christian Bourgois éditeur 1980.

Merci à Albert Labbouz !.