Copyright © 1967 Leonard Cohen
and Sony/ATV Music Publishing Canada Company


Master Song


I believe that you heard your master sing
when I was sick in bed.
I suppose that he told you everything
that I keep locked away in my head.
Your master took you travelling,
well at least that's what you said.
And now do you come back to bring
your prisoner wine and bread?

You met him at some temple, where
they take your clothes at the door.
He was just a numberless man in a chair
who'd just come back from the war.
And you wrap up his tired face in your hair
and he hands you the apple core.
Then he touches your lips now so suddenly bare
of all the kisses we put on some time before.

And he gave you a German Shepherd to walk
with a collar of leather and nails,
and he never once made you explain or talk
about all of the little details,
such as who had a word and who had a rock,
and who had you through the mails.
Now your love is a secret all over the block,
and it never stops not even when your master fails.

And he took you up in his aeroplane,
which he flew without any hands,
and you cruised above the ribbons of rain
that drove the crowd from the stands.
Then he killed the lights in a lonely Lane
and, an ape with angel glands,
erased the final wisps of pain
with the music of rubber bands.

And now I hear your master sing,
you kneel for him to come.
His body is a golden string
that your body is hanging from.
His body is a golden string,
my body has grown numb.
Oh now you hear your master sing,
your shirt is all undone.

And will you kneel beside this bed
that we polished so long ago,
before your master chose instead
to make my bed of snow?
Your eyes are wild and your knuckles are red
and you're speaking far too low.
No I can't make out what your master said
before he made you go.

Then I think you're playing far too rough
for a lady who's been to the moon;
I've lain by this window long enough
to get used to an empty room.
And your love is some dust in an old man's cough
who is tapping his foot to a tune,
and your thighs are a ruin, you want too much,
let's say you came back some time too soon.

I loved your master perfectly
I taught him all that he knew.
He was starving in some deep mystery
like a man who is sure what is true.
And I sent you to him with my guarantee
I could teach him something new,
and I taught him how you would long for me
no matter what he said no matter what you'd do.

I believe that you heard your master sing
while I was sick in bed,
I'm sure that he told you everything
I must keep locked away in my head.
Your master took you travelling,
well at least that's what you said,
And now do you come back to bring
your prisoner wine and bread?


Traduction de Jean Guiloineau :

La chanson du maître

Je crois que tu as entendu chanter ton maître
Quand j'étais cloué au lit
Je crois qu'il t'a tout raconté
Ce que je garde dans la tête
Ton maître t'a emmenée en voyage
Au moins c'est ce que tu as dit
Et maintenant reviens-tu apporter
du vin et du pain à ton prisonnier ?

Tu l'as rencontré dans un temple
Où l'on prend vos vêtements à la porte
il n'étais qu'un parmi d'autres sur une chaise
qui rentrait juste de la guerre
Et tu enveloppes son visage fatigué dans tes cheveux
et il te tend un trognon de pomme
Puis il touche tes lèvres, brusquement si nues
de tous les baisers que nous y avions déposés

Et il t'a donné un berger allemand pour te promener
avec un collier de cuir et de clous
et pas une fois il ne t'a fait expliquer
ou commenter tous les petits détails
comme de savoir qui avait un ver et qui un rocher
et qui t'avait eu par les mailles
Ton amour est un secret dans tout le quartier
jamais il ne s'arrête même quand ton maître est absent

Et il t'a emmenée dans son aéroplane
qu'il pilotait sans équipage
vous avez survolé les rubans de la pluie
qui chassaient la foule des tribunes
Puis il a tué les lumières d'une ruelle solitaire
où un singe aux glandes d'ange
a effacé les dernières traînées de douleur
avec une musique de fanfares élastiques

Et maintenant j'entends ton maître chanter
Tu t'agenouilles pour qu'il vienne
Son corps est une corde d'or
A laquelle ton corps est pendu
Son corps est une corde d'or
Mon corps s'est engourdi
Maintenant tu entends ton maître chanter
Ta chemise est toute défaite

T'agenouilleras-tu à côté de ce lit
que nous avons ciré il y a si longtemps
Avant que ton maître ait choisi
d'y faire mon lit de neige
Tes yeux sont fous tes articulations rouges
et tu parles beaucoup trop bas
Non, je n'ai pas compris ce que ton maître a dit
avant de te renvoyer

Je pense que tu joues trop durement
pour une dame qui est allée sur la lune
J'ai couché trop longtemps près de la fenêtre
On s'habitue à une chambre vide
Ton amour une poussière sur la manchette d'un vieillard
qui bat la mesure du pied
tes cuisses sont des ruines et tu en veux trop
disons que tu es revenue trop tôt

J'ai aimé ton maître à la perfection
Je lui ai appris tout ce qu'il savait
Il mourait de faim dans un mystère
Comme un homme sûr de la vérité
Je t'ai envoyée près de lui avec l'assurance
que je lui apprendrais quelque chose de nouveau
et je lui ai appris que tu t'ennuierais de moi
quoi qu'il dise et quoi que tu fasses

Je crois que tu as entendu ton maître chanter
quand j'étais cloué au lit
je crois qu'il t'a tout raconté
ce que je garde dans la tête
Ton maître t'a emmenée en voyage
(au moins c'est ce que tu as dit)
Et maintenant reviens-tu apporter
du vin et du pain à ton prisonnier ?