Analyses - A poet aknowledges another poet
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Analyses

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The Partisan Sève et subtile essence d'une plénitude Two poets in a room  
A poet aknowledges another poet img Leonard Cohen et la spiritualité    

A poet aknowledges another poet

Ni pour, ni contre. Just the facts. Par Sylvain Thuret



On note une fois de plus la stature du bonhomme. Face à l'institution factice et inutile qu'est le Rock N' Roll Hall of Fame, qu'il nomme à son endroit "an unlikely event" (un événement peu crédible),  il cite par deux fois son propre rapport à la maison de la chanson, Tower of song et sa hiérarchie personnelle dans laquelle il inclut Lou Reed qui lui sert ici d'hôte. Il est donné au monde de voir ici deux hommes qui ont beaucoup fait pour le verbe au 20e siècle se déclarer leur reconnaissance mutuelle.

On sait cela dit la capacité à s'émerveiller comme un gosse des louanges qui lui sont faites. Et si l'assistance, qui ce soir là a vu défiler Madonna et John Mellencamp, de gentils pti gars à côté du commandeur, garde ! On ne sait jamais vraiment de quel côté de la balance verse sa constante ironie. En citant Tower of song il répète encore et toujours qu'il n'est rien à côté d' un Hank Williams...

Pour un homme dont certains primates ont pu dire qu'il ne faisait pas vraiment partie de l'histoire du rock, son introduction est un indice de son poids et de sa mesure sur celui ci. Il est le temps de la réflexion, du souvenir et du mot, quand le rock est par essence l'expression d'un geste pur, immédiat, sans passé ni avenir, célébration de l'instant et de l'émotion directe, brute, déliée de toute contingence syntaxique, grammaticale qui norme l'habitude et la normalité du quotidien. Encore plus qu'un Dylan,  il est celui qui a clairement apporté, de façon intentionnelle et réfléchie, le verbe aux jambes. Si Dylan est le sticker officiel de la culture hobo 60's, Cohen est la véritable histoire. Plus intime, il a vu plus loin que les "simples" conflits et changements sociaux politiques, les "grands sujets". Il n'est pas devenu comme lui l'emblême marketable et funky, utilisable à l'envie, de cette époque. Pourquoi ? En conjuguant les rapports homme femme avec la grande Histoire, il annonçait, avec une clairvoyance qui m'a toujours laissé pantois, les fleurs brisées d'une révolution dont nous connaissons encore aujourd'hui, bon an mal an, les restes. Dans sa présente allocution, il dit encore que rien ne tient. Ici aujourd'hui, poussière demain. "Je ne suis qu'un simple locataire de la maison de la chanson". Ce faux humble, ce vrai faux rigolo est à mes yeux un grand Monsieur. Je suis déjà navré de sa mort et de l'adoubement total et opportuniste qui en découlera.
 

                                                                                              Sylvain Thuret
sthuret@yahoo.fr

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