Il déboule en gambadant, le regard vif et tranchant. Se recueille, genou à terre, devant son guitariste Javier Mas. Et glisse son chapeau sur le cœur en écoutant religieusement ses deux choristes, les angéliques sœurs Webb. Un vent chaud, une caresse, un baume. Leonard Cohen détient le monopole de la classe. Humble et troublant, sage et habité, pacifiste et poignant, il a le pouvoir de tout transcender sur son passage.
C'est un ensorceleur, un magicien touché par la grâce, un génie de l'élégance. La voix, qui semble avoir déjà connu mille vies, surprend encore : limpide, profonde, juste. Ça chante et ça vit.
Dès l'inaugural « Dance me to the end of love », Leonard Cohen ouvre en grand la fenêtre vers des étendues panoramiques. Il étire l'espace-temps, donne le vertige et en même temps un refuge. Une expérience multi-sensorielle fulgurante qui nous amène à croiser un saxophoniste-flûtiste-clarinettiste virtuose, un guitariste envoûtant...
Des chansons à la fragilité redoutable et à la musicalité éblouissante, uniques, inépuisables et bouleversantes. Elles sont taillées dans de soyeuses étoffes de piano, cordes ou cuivres. Des diamants bruts.
Ain't no cure for love reste intact dans son émouvante prescience, « Who by fire » vole sur une pluie de pétales de roses, « Hallelujah » nous propulse au septième ciel, « So long Marianne » emballe dans sa version scintillante, « Suzanne » nous cueille par sa splendeur grave et nue. Et le déchirant « The Partisan » foudroie sur place. Un concert inoubliable où on retrouve une forme de sérénité dans un monde de désolation et d'obscurité.
Surtout, que personne ne s'avise de nous rappeler à la réalité. Seulement nous laisser en prise avec cette étincelle d'or.
Copyrights : Nord Eclair
Texte et photo : Patrice Demailly
Article d'origine
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