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Leonard Cohen : Tournée 2008
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Still working for your smile

par Gunther Reinhardt pour Rolling Stone Allemagne, édition de septembre 2008
Article partiellement paru dans le Stuttgarter Nachrichten du 28 juillet 2008,


Un bonjour de la tour des chansons : Leonard Cohen à Lörrach.

L'hôtel Binoth a connu des jours meilleurs. La façade, jadis blanche, est devenu grise, à travers des vitres laiteuses une lumière trouble émerge à l'extérieur. A côté, des vendeurs de glaces font la vente de leur vie, et au loin un centre commercial éclairé d'une lumière verte. C'est l'heure des adieux : « Good night my darling, j'espère que vous êtes satisfaite » dit l'homme à la voix grave. Comme si souvent au cours de cette soirée, il tire son chapeau, écarte les bras et semble regarder chaque fan directement dans les yeux sur la place du marché de Lörrach, quand il entame au final « I tried to leave you ».

Alors que le blues s'enfonce de plus en plus dans la nuit, Leonard Cohen reconnaît qu'il est un homme qui revient chaque fois. Et même s'il est sacrément difficile de ne pas laisser se refroidir un amour après de nombreuses années, il promet de faire son possible à l'avenir: « Here's a man and he's still working for your smile », chante-t-il et apprécie souriant les applaudissements.

Leonard Cohen n'était plus en tournée de puis 14 ans, et pourtant il est remonté sur scène, et donne à Lörrach un avant-goût de ce qui nous attend lors de sa petite tournée allemande en automne.

Les adieux ne conviennent pas  vraiment au poète chanteur canadien. Pas davantage ce soir. Le spectacle a duré 3 heures pour ce solitaire. Que ce soit « Suzanne » ou « I'm your man », peu de classiques que Cohen a écrit depuis la fin des années 60 ne sont omises avec son équipe de 9 musiciens. Seul manque « Lover, Lover, Lover » la seule chanson, qui a réellement été classée parmi le Top Ten il y a 24 ans en Allemagne.

Ces « songs of love and hate » continuent toujours d'ensorceler avec une poésie saisissante qui relie entre eux, la mélancolie et le désir, la spiritualité et l'amertume – même si l'érotisme dans les chansons de Cohen finit progressivement par passer au second plan derrière la perfection de l'interprétation.

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Avec habileté Rosco Beck, le directeur musical de Cohen, met en scène le répertoire du show, laisse jaillir le sombre «The Future » ou la mélancolique « Gypsy's wife » d'un entrelac filigrané issu de l'orge électrique de Neil Larson et de la guitare (Bandurria) de Javier Mas. L'équipe se transforme soit en pop des années 80, « Ain't no cure for love », soit en petit orchestre viennois « Take this waltz », flirtant avec un style soul-groove « Boogie Street » ou façon country « Closing Time ».

Certes la mise en scène se perd de temps en temps dans l'ambiance. « So long Marianne » devient presque un numéro de balancement pour le public, et avec le recueillement spirituel de « Halleluja » la fragilité de cette oeuvre magistrale disparaît un peu. Mais la plupart du temps résonnent des versions très touchantes des classiques de Cohen. L'étonnante version accélérée de « Bird on the Wire » par exemple, que le 2e guitariste Bob Metzger orne d'un blues raffiné. Ou un « Who by fire » à la mode flamenco.

Cohen savoure apparemment la prestation en faisant en sorte que chacun de ses musiciens soit applaudi après un numéro en solo, plaisante avec les choristes, joue de son âge de façon charmante, et présente ses chansons avec self-ironie. Comme pour le « Tower of song » où il mime une fois de plus le solo entertainer auto-compatissant « Well my friends are gone and my hair is grey/I ache in the place where I used to play » et commentant les applaudissements après son solo à un doigt sur le synthétiseur d'un sarcastique « Thank you music lover ».

Alors qu'il force ses choristes à entonner un interminable da du dam-dam, Cohen affirme qu'il connaît enfin le sens de l'existence. Après quelques hésitations, il révèle que la réponse au grand mystère de l'existence c'est simplement « Du dam-dam-dam-dam, du dam-dam ». Et pendant que les marchands de glace font l'affaire de leur vie, et qu'au loin brille la lumière verte du centre commercial, l'Hotel Binoth se transforme devant nos yeux en « Chelsea Hotel ».

 

Copyrights : Gunther Reinhardt pour Rolling Stone Deutschland (édition de septembre 2008)
Voir l'article du même auteur dans le Stuttgarter Nachrichten du 28 juilet 2008, traduit sur ce site.

Crédit photo : United Promoters
Plus dans Rolling Stone Allemagne : L'automne du Partisan (interview traduit en français).

Traduction par Marcelle Dielenseger, alias Calypso.
Un grand merci à Franck Brunel pour son aide précieuse.

Scan photo et article fourni par Christof Graf.

 

Cette section est réalisée par l'équipe du site www.leonardcohensite.com avec la collaboration des membres du forum. Plus d'infos dans la page des crédits.

Production et Management : Patrice Clos.

 
 

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