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Leonard Cohen : Tournée 2008
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Leonard Cohen, l’argent et le rêve

par Samuel Dixneuf - Journaliste, professeur de littérature.

   

A l’affût de l’information.
Début avril, les organisateurs du Montreux jazz dévoilent leur programmation et le retour de Leo, après 25 ans d’absence en Chablais, 15 des scènes internationales, une expérience de larbin bouddhiste auprès d’un certain Roshi et quelques aléas financiers.
Une aubaine.
Le jour de la mise en vente des places sur Internet, j’étais prêt. Quand je ne travaille pas, je n’abuse pas des accréditations, comme (une minorité) de mes confrères… Les journalistes paient aussi leur place. 30 mn d’acharnement sur un serveur saturé : j’avais mon sésame- une place debout obtenue contre une obole de 140 francs suisses. Une bricole. Le prix de mon pass’ trois jours aux Eurocks…
D’ailleurs les places assises étaient à CHF 350, soit 220 euros à peu près, et elles sont parties en quelques heures...
Les artistes veulent certes se refaire une santé à cause de la baisse des ventes de disques («les organisateurs de festivals se plaignent d’une augmentation annuelle des cachets de l’ordre de 30 à 50% au cours des trois dernières années» (Libération du 5 juillet), mais tout de même…
Les spectateurs lyonnais voyaient le vieux sage le lendemain –9 juillet- pour 45 euros, dans une salle de capacité presque identique à celle du Strav montreusien (3000 contre 2800 places).
Alors quand on demande des explications, quand des festivaliers parlent de boycotter Montreux –car le concert de Cohen est loin d’être un cas isolé-, voici ce que répond le responsable de la Comm’ du festival, Olivier Graz, propos recueillis par le journal suisse 24 heures :

« Ce n’est pas à nous de nous prononcer sur la manière dont les autres déterminent leurs prix. Le festival lyonnais est subventionné et les cachets peuvent varier d’un pays à l’autre. Il ne faut pas comparer. Notre but n’est pas de faire de l’argent, mais d’offrir une belle programmation et d’être pérenne, tout en gardant nos standards de qualité.»
La qualité de la programmation ne fait pas de doute. Mais quant au refus du profit, vous avez dit bizarre… Sur mon bracelet -doré comme le public montreusien-  me donnant accès au concert de Leo il y a tellement de griffes de sponsors que Montreux Jazz festival n’apparaît même plus, faute de place… J’ai l’impression d’avoir eu un passe-droit pour une foire internationale… Et en entrant dans le bâtiment principal du festival, on fait face au restaurant VIP, à la boutique et aux Bancomats (bornes de retrait automatiques) si jamais le chaland n’a plus d’argent.

Et à l’avenir, pas de doute, les prix resteront élevés. «La tendance se poursuivra jusqu’à ce que le public, tributaire des pressions liées aux augmentations des cachets, ne suive plus».

Un bel aplomb cynique le Graz…

Le Montreux jazz s’embourgeoise, fait fuir les jeunes, perd son âme et son ambiance, pardon… D’ambiance il n’y en a plus depuis belle lurette… Qu’un public propret à un concert d’un soir comme un autre.

Et le Graz de pérorer sur « l’indéniable confort d’écoute offert à Montreux… » et le « refus du profit »…

Du confort d’écoute, parlons-en : j’arrive malheureusement au concert de Cohen avec 10 mn de retard. Evidemment, il n’y a pas de première partie, vu le prix des places... J’enrage. Le maître a déjà commencé son récital.
La salle est bondée et je n’aperçois qu’une petite partie de l’un des écrans géants. Je suis près des portes qui ne cessent de s’ouvrir et de se refermer pour laisser passer les retardataires mais aussi trop souvent des énergumènes vêtus d’un polo estampillé Staff qui brassent beaucoup d’air pour rien et dérangent l’écoute. Le téléphone d’une spectatrice sonne 3 fois de suite. Je fais quelques pas de côté pour me laisser caresser par la voix qui ronronne au loin et je me retrouve derrière des échafaudages sur lesquels sont juchés les spectateurs ayant déboursé un peu plus que 140 fr.
Paria à presque 100 euros la place, je me résigne et m’assois, avec des dizaines d’autres spectateurs, derrière les structures métalliques pour écouter le concert à l’aveugle.
Heureusement, Leo n’est pas avare de chansons, et à l’annonce d’un entracte, je parviens à me faufiler pour suivre la fin du concert.

Leonard Cohen chantera trois heures durant, avec une joie simple et profonde.
Sa voix est encore plus grave, plus chaude, plus caressante qu’avant.
Souvent après chaque chanson, il ôte son chapeau et le place près de son cœur, salue ses musiciens, ses choristes-envoûtantes, la salle.
Il enchaîne les tubes comme autant de perles noires. La déclamation crépusculaire de A thousand kisses deep porte l’émotion à son comble.

J’ai toujours imaginé que Cohen devait s’écouter chez soi, dans la tranquille obscurité, en sirotant un verre de vin rouge ou un whisky. Après ce concert, que je ne regrette pas, je le pense toujours.
Si le rêve doit être payé au prix fort, refusons-le, il ne nous appartient plus.

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